Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

Benjamin Bradu

Ingénieur au CERN
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Spécialités : Cryogénie, automatique
et systèmes de contrôle
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 12:01

Georges Charpak nous a quitté cette semaine et je veux lui rendre hommage, à lui et à sa fameuse chambre à fils inventée au CERN en 1968.

 

charpak cern

Georges Charpak au CERN derrière une chambre proportionnelle multifilaire (© CERN 1973)

 

L’homme

Georges Charpak fut un des symboles d’intégration pour la France. Immigré polonais dans les années 30, il devint résistant pendant la seconde guerre mondiale et fut déporté dans le camp de concentration de Dachau. Il survécut et rentra en France à la libération où il fut naturalisé français en 1946 et intègra l’école des Mines. Il fit ensuite son doctorat de physique avec Frédéric Joliot-Curie, rentra au CNRS puis au CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire à Genève) en 1963. En 1968, il inventa sa fameuse chambre à fils et obtint le prix Nobel de physique en 1992. C’est ce que j’appelle un succès d’intégration pour la France qui devrait rester une terre d’accueil et d’éducation comme l’a si souvent dit Charpak.


Georges Charpak était apprécié de tous et était un homme modeste mais engagé dans la Science et dans la société où il luttait contre les armes nucléaires et supportait de nombreux projets d’éducation avec son projet la main à la pâte. Je ne vais pas vous faire une biographie complète ici mais pour ceux qui veulent mieux connaitre cet homme de science, je vous suggère cette vidéo de 20 minutes faite l’année dernière à l’occasion de son 85ème anniversaire au CERN où Charpak nous raconte rapidement sa vie : http://cdsweb.cern.ch/record/1167500.

 

Avant Charpak : les chambres à bulles

Jusque dans les années 70, la physique des particules se faisait « à la main » dans le sens où les collisions de particules issues des accélérateurs étaient principalement réalisées dans des chambres à bulles.


Une chambre à bulles consiste à remplir de liquide une enceinte close. On utilisait généralement de l’hydrogène liquide qui était maintenu en dessous de -253°C pour rester liquide. On faisait en sorte de réaliser les collisions devant ces chambres où les particules laissaient de petites bulles dans leurs sillages.

 

bulle trajectoireProduction de jets de particules dans la première chambre a bulles a hydrogène liquide du CERN ; elle ne mesurait que 30 cm de diamètre (©CERN 1970).


On prenait alors des photos de ces bulles pour identifier la trajectoire des différentes particules. Par la suite, la courbure des trajectoires et la densité des bulles permettaient d’identifier les différentes particules. Evidemment, toutes ces mesures se faisaient à la main sur des tables de projection où les différentes photos pouvaient défiler rapidement.  La plus grande chambre à bulles du CERN, BEBC (Big European Bubble Chamber) qui mesurait 3,7 m de diamètre et 4 m de haut a fourni durant sa vie 6,3 millions de photographies (3 000 km de film) analysées entre 1973 et 1984 par près de 600 chercheurs dans le monde.

 

analyse bullesA gauche : Installation de BEBC, la plus grande chambre à bulles du CERN (©CERN 1971).

A droite : femmes analysant à la main les trajectoires de particules des chambres à bulles sur des tables de projection (©CERN 1962).

 

Charpak : la chambre à fils

A la fin des années 60, les premiers systèmes électroniques à base de transistors apparaissent et font miroiter des possibilités gigantesques en termes de traitement automatique des données: c’est le balbutiement de l’informatique. Or, les physiciens des hautes énergies réalisent de grandes expériences produisant de très nombreuses données encore difficiles à traiter comme avec les chambres à bulles.


En 1968, Georges Charpak qui était chercheur au CERN invente  alors  un nouveau genre de détecteur de particules qui allait tout simplement révolutionner l’avenir de la physique des particules : la chambre proportionnelle multifilaire, ou plus simplement la chambre à fils, pour laquelle Charpak sera récompensé par le prix Nobel de physique en 1992.


Le principe est en somme relativement simple et facile à concevoir. Une enceinte (chambre) est remplie d’un gaz noble (comme de l’Argon) puis des fils électriques parallèles sont tendus à l’intérieur de manière à faire une sorte de maillage dans un plan. L’extrémité des fils est ensuite connectée à un générateur de tension électrique à une borne positive (anodes) et des plaques conductrices sont intercalées entre les plans des fils et sont reliées à une borne négative (cathodes).

 

chambre fil

Principe général d’une chambre à fils (© CERN).

 

 Lorsqu’une particule chargée (c’est-à-dire portant une charge électrique comme un électron ou un muon) traverse la chambre, cette particule ionise le gaz noble (elle « casse » des atomes de gaz en électrons chargés négativement et en ions chargés positivement). Les électrons sont alors attirés par les anodes (reliés à une borne positive) et les ions par les cathodes (reliés à une borne négative). Au bout de l’anode, on place un amplificateur pour permettre la mesure du courant électrique engendré par le déplacement des électrons dans le fil. La mesure de courant sur chaque fil peut être par la suite analysée dans un ordinateur afin de reconstruire la trajectoire de la particule comme avec une chambre à bulles mais de manière automatique.


Ce nouveau type de détecteur a permis de multiplier par un facteur 1000 la vitesse de traitement des données par rapport aux chambres à bulles où il fallait compter « à la main » les particules.

 

 

Les chambres à fil aujourd’hui

Le dernier accélérateur de particules du CERN dénommé Large Hadron Collider, ou LHC, permet de produire pas moins de 40 millions de collisions par seconde pendant plusieurs heures. Ces collisions sont réalisées au centre de 4 gigantesques détecteurs. Les détecteurs du LHC utilisent différentes techniques dont des chambres à fils pour détecter des particules chargées comme les muons.


Toutes les collisions du LHC sont  triées automatiquement par des systèmes électroniques puis analysées et reconstruites en 3 dimensions par des systèmes informatiques mobilisant plus de 100 000 processeurs répartis sur 170 centres de calcul dans 34 pays à travers le monde. A chaque seconde, le LHC fournit ainsi autant de données que la grande chambre à bulles BEBC aurait pu fournir pendant 60 ans d’exploitation.

 

muon-AliceA gauche : Vérification d’une chambre à fils permettant de détecter des muons pour l’expérience ALICE du LHC  (© CERN 2004).

A droite : premiers muons détectés par les chambres à fils de l’expérience ALICE lors des premières collisions dans le LHC (© CERN 2009).

 
 Le principe de la chambre à fils a trouvé d’autres applications en dehors de la physique des particules comme en imagerie médicale. En effet, une méthode très innovante basée sur le principe des chambres à fils permet aujourd’hui de reconstruire en 3D  la colonne vertébrale et le bassin d’un patient avec une précision inégalée (voir ce lien pour plus de détails).

 

rachis-3D

Image en 3D de la colonne vertébrale d’un patient issue du système Radiologique Ultra Basse Dose Eos mis au point à partir des travaux de Charpak sur les chambres à fils (© AP-HP)

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Phys. Particules/Quantique

Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 18:42

Je préfère vous décevoir tout de suite : cet article ne va pas vous permettre de vous transformer en dieu du sexe, je suis désolé…

pointG.jpg

Ce titre quelque peu accrocheur n’est autre que le titre d’un livre de vulgarisation scientifique publié aux éditions de l’Archipel.


L’auteur

David Larousserie est journaliste pour Sciences et Avenir et membre du C@fé des sciences avec son Blog AlaSource. Ce qui est original avec David c’est que c’est un journaliste scientifique avec une formation scientifique et non journalistique (le monsieur est polytechnicien et docteur en physique). Ce profil lui permet donc de parler de certaines choses qu’il connait de l’intérieur et d’apporter son regard affuté de scientifique sur la science moderne qui n’est pas toujours facile à comprendre, il faut bien l’avouer!


Pourquoi ce livre et pour qui ?

La question de savoir si le point G existe n’est jamais qu’une des 59 énigmes de la science qui sont traitées dans ce livre. En effet, le principe du bouquin, c’est de raconter ce que la Science ne sait pas expliquer. Plutôt qu’apporter des explications scientifiques à des phénomènes physiques, biologiques ou géologiques connus, ce livre nous rapporte les interrogations des scientifiques qui travaillent d’arrachent pied dans tous les domaines de la science. En fait, c’est ce que nous appelons communément la Recherche. Eh oui, la recherche, c’est faire la science de demain, et c’est ce que David a voulu transmettre aux lecteurs.


Ce livre a donc la même ambition que « Demain la Physique » dont j’ai déjà parlé dans ce blog, mais sans s’arrêter à la physique et en étant plus accessible pour tous grâce au style léger et agréable, le tout saupoudré de petites touches d’humour. Ce livre vraiment grand public intéressera autant les grands que les petits, de formation scientifique ou pas (contrairement à Demain la Physique qui se veut plus précis mais dédié à des lecteurs adultes ayant une formation scientifique).

 

 

Le contenu

L’auteur a réuni 59 énigmes de la Science d’environ 5 pages chacune. On y trouve donc de la physique, de la biologie, de la chimie, de la géologie, des mathématiques, de l’ethnologie, de la linguistique, de l’astronomie, etc. La liste n’est bien évidement pas exhaustive auquel cas il aurait fallu interviewer tous les chercheurs du monde. En tout cas, la sélection m’a plue !


J’ai trouvé très original l’organisation des chapitres : l’ordre alphabétique, sans distinction de domaine. La lecture peut donc se faire dans n’importe quel ordre et pourrait paraitre chaotique mais au final, c’est très divertissant de passer du Boson de Higgs à la Bourse puis au Cerveau.

Certaines énigmes m’ont tout à fait étonnées étant persuadé que les scientifiques connaissaient déjà la réponse comme Dinosaures : Avaient-ils le sang chaud ou froid ? D’autres m’ont interpellées car je ne soupçonnais pas de telles questions comme Anguille : Comment rejoint-elle la mer des Sargasses ? (ou encore : le Yeti existe t-il ?). Il y a ensuite bon nombre de questions de physique relativement classiques mais bien expliquées et de manière concise.


De plus, David s’intéresse pas mal au CERN (l'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire) pour son travail de journaliste scientifique. Je l’ai d’ailleurs rencontré il y a quelques mois au CERN où il était venu interviewer plusieurs scientifiques. J’ai ainsi recensé 5 énigmes (Antimatière, Boson de Higgs, Espace, Matière sombre et Théorie du Tout) citant l’accélérateur de particules LHC comme pouvant apporter des éléments significatifs dans l’avenir pour résoudre en partie ces énigmes.

 

En conclusion, je conseille vivement ce livre à tout le monde.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Livres

Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 19:07

Tout le monde connait les images d’échographie faites chez les femmes enceintes pour voir les futurs bébés. Mais comment ces images sont-elles obtenues ?

echo1trim

Echographie d’un fœtus de 3 mois mesurant 4,5 cm.


L’échographie est une technique d’imagerie médicale non invasive (pas de substance à injecter dans les patients) et complètement inoffensive pour l’organisme, contrairement aux autres techniques d’imageries médicales qui peuvent utiliser des rayons ionisants radioactifs (radiographies), de puissants champs magnétiques (IRM) ou des agents de contraste radioactifs (comme la Tomographie par Emission de Positrons).


Des ultrasons qui rebondissent

L’échographie utilise les ultrasons. Ce sont des ondes acoustiques hautes fréquences qui sont inaudibles par l’homme (les ultrasons ont une fréquence de 20kHz à 1GHz). Voir ce billet de blog sur le son pour plus de détails sur les ondes sonores.


Les ultrasons pénètrent plus ou moins bien dans les différents milieux qu’ils traversent. La résistance à la propagation d’une onde acoustique s’appelle une impédance acoustique (généralement notée Z) et se mesure en Pascale seconde par mètre (Pa.s/m). Cette impédance est en fait égale à la densité du matériau multipliée par la vitesse du son dans ce matériau (Z = D * c). Donc plus un matériau est dense et plus la vitesse du son est importante, plus l’impédance acoustique augmente.



Densité

(kg/m3)

Vitesse du son

(m/s)

Impédance acoustique

(Pa.s/m)

Air

1,204

343

413

Eau

1000

1480

1,48 millions

 

De plus, une partie des ondes sonores (et donc les ultrasons) rebondissent lorsque l’impédance acoustique change, c’est-à-dire aux interfaces entre les différents milieux. C’est pour cette raison que sous l’eau, on entend très peu ce qui se passe à la surface car une grande partie des ondes sonores rebondissent sur l’eau et très peu sont transmises sous l’eau car les impédances de l'eau et de l'air sont très differentes.


Le principe de l’échographie revient à balayer à l’aide d’ultrasons une zone à étudier (par exemple l’utérus d’une future maman) et de mesurer et d’analyser les ondes ayant rebondi aux différentes interfaces (l’écho des ultrasons) de manière à reconstituer une image des différents milieux traversés.


Les liquides vont renvoyer très peu d’écho et apparaitront alors en noir à l’écran, les tissus mous renverront un peu d’écho et apparaitront en gris selon l’impédance de ces derniers, et les os ayant une impédance très forte (entre 3,6 et 7 millions Pa.s/m) formeront une image bien blanche.

 

ultrasons foetus

Réflexions des ultrasons aux interfaces des milieux traversés (dessin de Noémie).

 

 

L’échographe

Pour une échographie, le médecin utilise une sonde qui remplit 2 fonctions :


- Emission : La sonde balaye une zone à l’aide d’ultrasons. Ces derniers sont générés à l’aide de matériaux piézoélectriques comme des céramiques qui se déforment lorsqu’ils sont soumis à un champ électrique. Cette déformation entrainent des ondes ultrasonores et la fréquence réglable permet de pénétrer plus ou moins profondément dans le corps selon le type d’échographie réalisée (on augmente la fréquence pour pénétrer plus en profondeur). Le balayage est ensuite assuré soit par un système mécanique, soit par un dispositif électronique de manière à balayer un secteur. C’est pour cette raison que les échographies se présentent généralement sous forme d’une image dans un cône correspondant à la région balayée par la sonde.

 

- Réception : La sonde capte les échos des ultrasons réfléchis aux interfaces. L’écart de temps entre l’émission et la réception permet de connaitre précisément la profondeur où l’onde a rebondi. De plus, la sonde mesure l’amplitude de l’écho permettant de savoir si une partie importante a été réfléchie ou pas.

 

Le signal reçu par la sonde est ensuite amplifié par un système électronique puis chaque ligne de tir est reconstituée pour former une image en 2 dimensions. Un point variant entre le noir et le blanc est alors créé en fonction de l’intensité de l’écho. L’espace entre les lignes de tirs est alors complété par interpolation entre les différentes données obtenues de manière à créer une image continue.

 

matrice echo

Formation d’une image d’échographie ( Source: ENSTA)

 

On applique également un gel échographique sur la zone à analyser. Ce gel possède une impédance acoustique proche de celle de la peau de manière à ce qu’il n’y ait pas d’air entre la peau et la sonde car l’air ayant une impédance très faible fausserait les mesures. C’est également pour cette raison que l’échographie ne peut pas être utilisée comme méthode d’imagerie médicale pour les poumons ou la trachée qui contiennent de l’air.


Echographie 3D

 Une nouvelle technique d’échographie dite « 3D » a vu le jour durant la dernière décennie et est désormais monnaie courante dans les examens gynécologiques pour voir les fœtus en 3D ! La technique de balayage diffère de l’échographie 2D classique car 3 plans de balayages perpendiculaires sont réalisés pour obtenir des informations volumiques. Des techniques perfectionnées de traitement des données et de rendu surfacique permettent ensuite de reconstituer une image en 3 dimensions.

 

echographie-3D

Echographie 3D d’un fœtus de 3 mois (Source : Le journal des Femmes)


Cette « échographie en relief » permet de diagnostiquer plusieurs malformations du fœtus qui sont extrêmement difficiles à diagnostiquer en échographie 2D, particulièrement les malformations de la face, de la colonne vertébrale et des membres.


En conclusion

L’échographie utilise la réflexion des ultrasons aux interfaces des différents milieux pour reconstituer une image interne de notre corps en noir et blanc. Cette méthode est donc entièrement inoffensive et convient particulièrement bien aux femmes enceintes pour voir le fœtus dans l’utérus (échographie gynécologique). De plus, l’échographie est facile à mettre en œuvre et peu chère pour une imagerie médicale.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies

Samedi 28 août 2010 6 28 /08 /Août /2010 21:00

Après les panneaux solaires et les éoliennes, les hydroliennes (ou turbines sous-marines) entrent dans la course aux énergies alternatives renouvelables.


atlantis_AK.jpg

Le nouveau prototype AK-1000 de 1MW © ATLANTIS


Il y quelques semaines, la société ATLANTIS, un des leaders mondiaux en matière d’hydroliennes, dévoilait en Ecosse son nouveau prototype de 1 MW: AK-1000 (voir cet article). La course aux grosses hydroliennes à l’image des grandes éoliennes qui commence à faire partie de certains de nos paysages est désormais ouverte.


Le principe de fonctionnement

Le principe de l’hydrolienne est d’utiliser les courants sous-marins naturels horizontaux sans avoir recours à de la rétention d’eau, contrairement aux usines marée-motrices qui stockent de l’eau à marée montante pour ensuite réutiliser cette eau à marée descendante. Il faut également les différencier des machines utilisant l’énergie des vagues (soit les mouvements verticaux de la mer). De ce fait, les hydroliennes doivent être situées offshore, posées à environ 30 m de fond de manière à capturer les courants sous-marins là où ils sont maximaux, soit à environ 5 m sous la surface (idéalement entre 2,5 et 4 m/s).


Le principe de fonctionnement est le même que celui des éoliennes, à savoir transformer l’énergie cinétique d’un courant en énergie mécanique en faisant tourner des pâles qui entrainent un alternateur produisant de l’électricité. La différence réside dans le fait que les hydroliennes utilisent les courants de marée  alors que les éoliennes utilisent les vents.


Le fait d’utiliser l’énergie cinétique de l’eau plutôt que celle de l’air est un avantage indéniable car l’eau est 800 fois plus dense que l’air et l’énergie cinétique d’un courant est proportionnelle à cette densité. Ceci implique que les hydroliennes soient beaucoup plus compactes que les éoliennes pour extraire une même puissance. A titre d’exemple, une éolienne de 1 MW mesure environ 120 m de diamètre contre seulement 18m de diamètre pour une hydrolienne !!

 

atlantis_AS.jpgTurbine sous-marine © ATLANTIS

 

Hydrolien contre éolien offshore

Si on compare l’éolien offshore et une hydrolienne fonctionnant grâce aux forces de la marée, la partie concernant le raccord au réseau électrique est la même mais la turbine sous-marine est 10 fois plus petite et plus légère pour une puissance équivalente.


Une des principales critiques des éoliennes est la nuisance visuelle et sonore ainsi que le danger que peut représenter ces immenses pales pour les oiseaux. De ce côté, pas de problème pour les hydroliennes qui sont sous l’eau. Les pales des hydroliennes tournent « seulement » entre 8 et 20 tours par minute, mais il faut néanmoins étudier en détail si cela ne peut pas perturber la vie sous-marine, ce qui est aujourd’hui loin d’être évident à cause des trop peu nombreuses études indépendantes à ce sujet. En effet, les turbulences engendrées par les hydroliennes pourraient empêcher le dépôt de sédiments sur les fonds marins et ainsi affecter la faune et la flore marine avoisinante. Il faut également avoir à l’esprit que si une vitesse de rotation de 8 tours par minute parait faible, cela représente une vitesse de 30 km/h au bout d’une pale de 10 m (et 80 km/h pour 20 tr/min).

 

tidal_steam.jpg

Projet de Plateforme hydrolienne Triton ©TidalStream


La force de la marée est facilement prévisible et anticipable contrairement au vent. De ce fait, les estimations de productions peuvent être beaucoup plus fiables dans le cas des hydroliennes et comme les marées sont distribuées différemment le long des côtes, un agencement intelligent permettrait de fournir une quantité d’énergie assez constante contrairement aux éoliennes qui sont soumises aux fluctuations du vent, même si ce dernier est assez régulier offshore.


Un autre point sensible est l’entretien de ces machines. Les hydroliennes sont immergées dans l’océan, ce qui entraine une difficulté d’accès car il faut généralement sortir de l’eau les différentes pièces à entretenir. De plus, l’eau, le sel, les algues et l’environnement marin sont très corrosifs et demandent un entretien très régulier des machines. La maintenance des hydroliennes est donc en conséquence beaucoup plus difficile, fréquente et coûteuse que sur une installation en plein air comme les éoliennes.


L’énergie hydrolienne disponible en France

Les hydroliennes sont efficaces pour des courants dépassant les 1,5 m/s. Dans le cas de la France, les seuls sites possibles seraient donc le Cotentin et la côte nord bretonne, ce qui est relativement peu au vu de la grande zone littorale disponible en France. Ce sont les Ecossais les mieux servis de ce point de vue avec de nombreux sites offrant des conditions favorables aux forts courants marins, ce pour quoi de nombreux essais sont effectués dans cette région actuellement. Au sujet de l’énergie utilisable en France, Jean-Luc Achard, directeur de recherche au CNRS à Grenoble dit la chose suivante : « Les chiffres cités sur la seule base de l'énergie cinétique théoriquement disponible ne sont pas sérieux. Le potentiel des courants de marée est probablement supérieur à celui des éoliennes, mais il reste comparable. Au mieux, cela se rapprochera ­ à l'horizon 2050 ­ du grand secteur hydraulique, qui représente 13 % de l'énergie en France par exemple».

 

 SeaGen_pale.jpg

Pale d’hydrolienne SeaGen

 

Pour résumé, l’hydrolien est encore dans sa phase expérimentale et doit faire ses preuves lors de la mise en place de premiers prototypes à travers le monde, principalement en mer du Nord où les courants marins sont importants. L’énergie hydrolienne disponible en France est relativement modeste mais permettrait tout de même une production significative de l’ordre d’un dixième de notre production actuelle. Le prix du kWh est encore très difficile à estimer mais pourrait à terme être de l’ordre de celui de l’éolien, soit environ 5 c€/kWh, ce qui est compétitif face au prix de l’électricité nucléaire.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Science et société

Samedi 14 août 2010 6 14 /08 /Août /2010 16:35

Une nouvelle exposition permanente intitulée « Univers de Particules » vient d’ouvrir ses portes au public dans le Globe du CERN. Je viens d’en faire la visite pour vous…

expo_interieur1.jpg

Depuis maintenant 6 ans, la Confédération Helvétique (ou la Suisse si vous préférez) a fait don du « Palais de l’équilibre », ancien pavillon de l’Expo’02 de Neuchâtel, au CERN (l’Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire située à Genève). Ce globe entièrement construit en bois et mesurant près de 27m de haut et 40m de diamètre a alors été renommé « Globe de la Science et de l’Innovation ». Le Globe constitue à présent un des symboles du CERN par son imposante présence le long de la route et visible la nuit à plusieurs kilomètres grâce à son éclairage nocturne.

 

univ_particules.jpgLe Globe de La Science et de l’Innovation du CERN


Le Globe accueillait jusqu’à présent des expositions temporaires au rez-de-chaussée et une salle était disponible à l’étage pour toutes sortes d’évènements scientifiques comme des conférences, des rencontres, des débats et des animations scientifiques autour de la physique des particules et des accélérateurs.


Depuis le 1er juillet, l’exposition « Univers de Particules » est désormais permanente au rez-de-chaussée, exposition bien évidemment gratuite, comme toutes les activités de vulgarisation scientifique du CERN. Cette nouvelle exposition plonge le visiteur dans une atmosphère féérique ou des sphères changeant de couleurs apparaissent dans l’obscurité du Globe. J’ai commencé par m’assoir dans des « fauteuil-œufs » et écouter des physiciens m'expliquer ce qu’est la masse et l’antimatière ou comment notre Univers évolue et fonctionne.

expo_interieur3.jpg

 

En continuant mon itinéraire j’ai vu des « morceaux » de détecteurs de particules avec des explications sur leur fonctionnement et comment le CERN a construit et assemblé ces véritables cathédrales High-Tech.


Un peu plus loin, on découvre une table interactive sur le LHC, le plus grand accélérateur de particules du monde qui constitue le dernier projet du CERN. Cette table permet de comprendre son fonctionnement et ses étonnantes caractéristiques qui en font la machine la plus complexe jamais construite par l’homme. On peut ouvrir et fermer différents panneaux explicatifs et les faire défiler ou se les « envoyer » à travers la table à la manière d’un écran de i-phone géant !!


expo interieur2La Table interactive du LHC permet de découvrir le plus grand accélérateur de particules du monde

 

On trouve également une chambre à étincelles qui produit des étincelles rouges à chaque fois que certains rayons cosmiques passent à travers et différentes autres sphères interactives au sujet du LHC et de ses objectifs de recherche.


En résumé, je vous conseille d’y aller faire un tour si vous passer dans le coin de Genève, à savoir que cette exposition est bien complémentaire à l’autre exposition permanente du CERN « Microscosm » située juste en face du Globe.


Références


Le site du Globe 

Exposition Univers de Particules

Le site du CERN

Un billet de mon blog sur le LHC

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Phys. Particules/Quantique

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