Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

Benjamin Bradu

Ingénieur au CERN
ben.jpg
Spécialités : Cryogénie, automatique
et systèmes de contrôle
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 17:45
Depuis la fin des années 60, les lasers ont envahi notre quotidien et notre industrie. Que ce soit dans les procédés de découpe ou de soudure, les méthodes de lecture de l'information, les méthodes de guidage, les moyens de communication, les systèmes de mesure, les techniques de sondage de la matière, la médecine, les films de science-fiction: ils sont omniprésents, mais qu'est-ce qu'un laser exactement? Comment fonctionnent t-ils ? Y a-t-il plusieurs sortes de laser? Où sont-ils utilisés? C'est ce que je vais essayer de détailler dans ce billet.

Pour l'étymologie, le mot « laser » est un acronyme anglais. Un laser est un dispositif permettant une amplification de la lumière par émission stimulée de rayonnement, soit en anglais, Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation: L.A.S.E.R. La définition courte qui revient souvent est la suivante : Dispositif émettant de la lumière très cohérente, grâce au processus d'émission induite. L'acronyme et cette définition sont quelque peu absconses à première vue, essayons de détailler les différents mots et concepts...
La première apparition du LASER au cinéma en 1964 dans le James Bond GoldFinger.

Le principe de base
Le principe physique utilisé dans les lasers est l'émission stimulée (on parle aussi d'émission induite). Ce principe est issu de la physique quantique et a été décrit la première fois par un certain Albert Einstein en 1917 dans un article intitulé « sur la théorie quantique du rayonnement ».  L'émission stimulée est apparentée à deux autres phénomènes quantiques: l'absorption et l'émission spontanée.

Pour introduire ces concepts, un petit rappel de l'atome est nécessaire: il existe un modèle de l'atome appelé le modèle de Bohr dans lequel l'atome est composé d'un noyau contenant des nucléons (protons+neutrons) et les électrons gravitent autour sur des orbites bien définies (ce n'est qu'un modèle car les électrons ne possèdent pas vraiment de trajectoire dans la théorie quantique).

Les électrons se trouvent obligatoirement sur une de ces orbites prédéfinies. Chaque orbite possède une énergie propre qui est quantifiée (on parle alors de niveaux d'énergie). Si on considère 2 niveaux d'énergie (2 orbites) ayant respectivement des énergies E1 et E2 avec E1 < E2 et que l'on apporte une énergie dE = E2-E1 à un électron qui se trouve dans le niveau E1, il peut « sauter » au niveau E2. La réciproque est également vraie.

Voici une brève illustration en BD. Le "bonhomme" jaune est un photon, le ""bonhomme" bleu est un électron, et les 2 étages représentent 2 niveaux d'énergie (2 orbites) d'un atome.

 L'absorption (stimulée). Un photon est envoyé sur l'électron d'un atome (1), ce dernier absorbe le photon (2) et emmagasine ainsi son énergie, ce qui lui permet de « sauter » au niveau supérieur. L'électron est alors excité (3).

L'émission spontanée. Un électron excité (1) peut perdre spontanément son état d'excitation en émettant un photon (2) pour retrouver son état d'énergie inférieur (3). Dans ce cas, le photon est émis dans une direction aléatoire.

L'émission stimulée. Un photon est émis vers un électron excité (1). L'électron, « bousculé » par le photon incident, libère un deuxième photon exactement égal au premier (2) et retombe dans son état d'énergie inférieur (3). Le photon émis possède la même fréquence, la même direction, la même phase et la même polarité que le photon incident: on dit qu'ils sont dans le même état.

L'effet laser
Imaginez maintenant qu'on se serve des 2 photons identiques issus de l'émission stimulée pour exciter 2 autres atomes, on obtiendra alors 4 photons dans le même état et ainsi de suite par effet cascade: c'est l'effet laser. Les photons émis constituent une onde électromagnétique ayant une fréquence propre. On peut donc obtenir un rayon laser lumineux (dans le spectre visible) mais également  des rayons micro-ondes, infra-rouges, ultraviolets ou X. Voir un précédent billet intitulé « la nature de la lumière ou l'électromagnétisme » pour plus de détails sur la lumière, les ondes et les photons. On comprend aisément que dans l'effet laser, il y a eu amplification de l'intensité lumineuse et tous les photons sont dans le même état, on parle alors de lumière cohérente. La caractéristique même du laser est cette cohérence de la lumière où tous les photons sont dans le même état (direction, fréquence, polarisation, phase). Comme la fréquence de l'onde lumineuse correspond à une couleur (dans le spectre visible), on obtient un rayon très directionnel d'une couleur unique très pure. La couleur en question dépend de l'atome de base que l'on a utilisé car la fréquence de la lumière émise est fonction de la distance entre les 2 niveaux d'énergie entre lesquels les électrons « sautent ».

Le fonctionnement d'un laser
Un laser est composé de 4 organes principaux :

1 - Le milieu actif du laser : il est composé des atomes que l'on va venir exciter (ou pomper). Ce milieu peut être solide, liquide ou gazeux.

2 - Une source de pompage : elle permet d'exciter les atomes du milieu actif en injectant de l'énergie. Cette source peut être d'origine électrique ou lumineuse (un autre laser par ex).

3 - Un miroir qui réfléchit tous les photons incidents.

4 - Un miroir semi-réfléchissant qui laisse passer entre 1% et 10% des photons incidents et réfléchit le reste du rayonnement.



Le principe de fonctionnement du laser est le suivant (voir illustration ci-dessous) :

1 - Le milieu actif est au repos.

2 - Le milieu actif est excité par une source de pompage externe. Pour obtenir une amplification, on doit faire en sorte que le maximum d'atomes soient excités pour qu'ils puissent provoquer le maximum d'émissions stimulées car les atomes non-excités sont susceptibles de faire une absorption de photons qui va à l'encontre de l'amplification. On dit qu'il doit y avoir une inversion de population (il doit y avoir plus d'atomes excités qu'au repos).

3 - Une partie des atomes excités se désexcite provoquant un faible rayonnement de photons cohérents.

4 - Grâce aux miroirs, le rayonnement est réfléchi et est amplifié par effet cascade, le rayonnement oscille dans le milieu actif qui constitue alors une cavité. Une faible partie du rayonnement est émis vers l'extérieur par le miroir semi-réfléchissant sous forme de rayon laser exploitable.
Les types de lasers
On peut séparer les lasers selon leur mode de fonctionnement et le type de milieu actif qu'ils utilisent (solide, liquide, gaz, semi-conducteur, ...).

Il existe deux modes de fonctionnement distincts :

- Soit la source de pompage donne de l'énergie au milieu actif en permanence pour réexciter les atomes désexcités par émission stimulée. On obtient alors un rayon laser continu à la sortie.

- Soit la source de pompage fonctionne de manière pulsée. Pendant un pulse, un rayon laser très bref est produit, la durée peu aller de quelques femtosecondes (millionième de milliardième de secondes) à quelques millisecondes. Ce mode de fonctionnement permet la création de rayons laser très brefs et plus puissants.

Les lasers solides (dit cristallins) peuvent fournir des puissances de l'ordre du kW en régime continu et des pics de puissance avoisinant le GW en régime pulsé.

Voici les 2 types de lasers les plus courants :

- Les lasers Nd-YaG. Le milieu actif est un solide, plus précisément un cristal de grenat d'yttrium aluminium dopé au néodyme (neodymium-doped yttrium aluminium garnet). La source de pompage est en général une lampe flash (un stroboscope) fournissant des flashs lumineux puissants au milieu actif pour exciter les atomes. Le rayon obtenu se situe à 1065 nanomètres (infra-rouge), il n'est donc pas visible à l'œil nu (spectre visible entre 400 et 700 nanomètres). La puissance maximale est d'environ 5kW en régime continu et 25kW en régime pulsé. Le gros avantage de ce laser est que le rayon laser produit peut être très facilement transportable dans des fibres optiques à cause de sa longueur d'onde. Il sont utilisés en ophtalmologie, en médecine esthétique,  en gravure, découpe, soudure et perçage. La fréquence de l'onde lumineuse peut également être doublée pour fournir un rayon laser dans le spectre visible de couleur verte (532 nanomètres).

Les lasers CO2. Le milieu actif est en général un mélange de différents gaz (dioxyde de carbone, azote, hydrogène et hélium). Ces lasers peuvent fournir de grosses puissances (plusieurs centaines de kW et jusqu'à 1GW avec des systèmes amplificateurs) et sont très utilisés dans les techniques de marquage et gravure mais également en découpe, en soudure et en chirurgie plastique. Les lasers CO2 fournissent un rayon ayant une longueur d'onde de 10,6 micromètres (milieu infra-rouge): le rayon n'est donc pas visible à l'œil nu.

Les différentes applications
Les applications du laser sont très nombreuses. Le laser a permis de remplacer bon nombre de procédés en améliorant la précision et l'efficacité tout en étant moins invasif. Voici une énumération non exhaustive :
 
Médecine
-Ophtalmologie : découpes
-Dermatologie : épilation
-Dentisterie : nombreuses applications, remplacement de la « fraise »
-Chirurgie plastique : découpe, resurfaçage,...
 
Industrie
-Soudure
-Découpe
-Perçage
-Décapage
-Marquage
-Gravure

Armement
-Anti-missile (au sol ou aérien)
-Désignateur laser : source laser permettant de guider un projectile (missile) ou de faciliter la visée à l'aide d'un pointage laser sur les armes légères.
 
Technologies de l'information
-Télécommunication par fibres optiques
-Lecture/enregistrement sur support optique (CD, DVD, ...)
-Télémétrie : Mesure de longueurs ou de vitesses à distance
 
Matériaux
-Spectroscopie : analyse des spectres lumineux
-Ellipsométrie : analyse de surface de matériaux

Physique quantique
-Refroidissement par pompage laser : permet de refroidir des atomes à des températures très proches du zéro absolu.
-Manipulation de photons pour leur étude et la réalisation d'expériences

Si vous désirez plus d'informations scientifiques sur les lasers, vous pouvez trouver de bons cours niveau Licence, Master ou Doctorat à l'adresse suivante :

http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/ressources-laser.html
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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies

Dimanche 30 novembre 2008 7 30 /11 /Nov /2008 00:00

Alexandre Moatti présentait le mois dernier une nouvelle bibliothèque numérique présentant des textes fondateurs de la science antérieurs à 1940 et analysés par des scientifiques contemporains : BibNum.

Je viens de faire une analyse sur BibNum au sujet de la première liquéfaction de l’hélium réalisée en 1908 par Heike Kamerlingh Onnes au laboratoire de Leyde aux Pays-Bas : voir l’analyse sur Bibnum. L’analyse s’appuie sur le communiqué fait à l’Académie des Sciences où il décrit son expérience et sa découverte de l’hélium liquide. Il atteint alors la température de 1,65 K (-271,5 °C), la plus basse jamais atteinte par l’homme à cette époque. On peut voir sur la photo ci-contre H.K. Onnes (à droite) et G.J. Flim (à gauche), le chef du laboratoire de cryogénie, devant le liquéfacteur d’hélium à l’université de Leyde en 1908.

 

Seulement trois ans plus tard, Onnes découvrira  par hasard la supraconductivité : en dessous d’une certaine température très basse, dite critique, certains matériaux laissent circuler l’électricité sans aucune perte (la résistance devient nulle). Onnes obtiendra le prix Nobel en 1913 pour ses recherches sur les propriétés de la matière aux basses températures, qui conduisirent, entre autres, à la production d’hélium liquide.

Cette découverte pouvant passer inaperçue était une prouesse technologique et scientifique tout en ouvrant la voie à de très nombreuses applications comme la supraconductivité. Les supraconducteurs sont principalement utilisés pour fabriquer des électroaimants peu encombrants et générant de très forts champs magnétiques. Aujourd’hui, la physique des particules et l’imagerie médicale ont recours tous les jours à la cryogénie à l’hélium liquide pour refroidir des aimants supraconducteurs. Le plus grand succès de l’hélium liquide et de la supraconductivité est l’accélérateur de particules LHC (Large Hadron Collider) au CERN qui vient de démarrer cette année, exactement 100 ans après la première liquéfaction de l’hélium par Onnes. Le LHC est composé de 27 km d’aimants supraconducteurs qui baignent dans de l’hélium superfluide à 1,9 K. Au total, 60 tonnes d’hélium liquide (normal et superfluide) sont utilisés pour refroidir les 36 800 tonnes de la machine.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Histoire des Sciences

Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 21:14

Ceci est la suite du billet Cartographie de la physique. Je propose ici une deuxième version en fonction des remarques faites en commentaire dans le billet précédent et des différentes conversations de vive voix que j'ai eues avec collègues et amis au sujet d'un « découpage de la physique ».

Voici les modifications notables :

- Ajout de la Biophysique que je n'avais absolument pas considérée

- Ajout de la physique du globe qui était également absente

- Ajout de la physique mathématique  que j'avais décidé de ne pas mettre au début mais je me suis rendu compte que cette branche ne pouvait pas être délaissée ou rattachée à un autre domaine particulier

- J'ai renommé la « physique théorique » en « théories des unifications » car toutes les théories présentées étaient des théories d'unification

- Ajout de la mécanique quantique relativiste dans les théories d'unification

Pour les versions PDF en meilleure qualité, c'est ici :

- Voir le planisphère V2 en haute définition

- Voir le schéma V2 du début en haute définition

La question des sciences de l'ingénieur

J'insiste encore sur le fait de ne pas détailler les sciences de l'ingénieur ici car ce n'est pas le but. La physique signifie « l'étude de la nature » étymologiquement, ce que font toutes les disciplines de cette carte (électromagnétisme, mécanique, astronomie, etc.). On ne peut donc pas inclure directement dans la physique l'électronique qui résulte de l'étude de circuits construits par l'homme : pour moi, l'électronique fait parti des sciences de l'ingénieur. En revanche, la physique des semi-conducteurs, elle, étudie le comportement physique (de la nature) des composants électroniques comme les transistors. Certes, la physique des semi-conducteurs n'est pas explicitement représentée sur ma carte mais elle est implicitement incluse dans la physique des solides qui appartient à la physique de la matière condensée : eh oui, je ne peux pas détailler toutes les spécialités sur la carte, cela serait trop compliqué, prendrait trop de place et la carte perdrait de la clarté.

Les relations entre les domaines

Beaucoup de personnes m'ont reproché de ne pas représenter les liens entre les domaines pour bien comprendre les dynamiques qui existent entre les différents domaines comme Nina qui disait en commentaire que pour faire de la physique des plasmas il faut faire « de la mécanique quantique, de la physique atomique, de la thermodynamique (classique et statistique)... et j'en passe! ». En réponse, j'ai proposé de faire une matrice évaluant les relations entre les domaines (car la représentation graphique serait trop illisible). J'ai donc réalisé 2 matrices distinctes :

- Une que j'ai nommé matrice de liaison

- Une que j'ai nommé matrice de dépendance

 

Chaque ligne et chaque colonne de ces matrices représente un « grand domaine », i.e. les rectangles bleus dans le schéma ou les continents sur la carte. J'ai simplement écarté la physique mathématique car par définition elle agit avec toutes les disciplines et j'ai également séparé la mécanique classique et relativiste.

Matrice de liaison

Dans la matrice de liaison, on place un '1' à l'intersection de 2 domaines s'il existe un lien (quel qu'il soit) entre les deux et '0' sinon. On voit tout de suite que cette matrice aura une diagonale de '1' et sera symétrique. Le résultat est le suivant :


(Astro :Astronomie / Globe :Physique du gobe / M Cond. : Physique de la Matière Condensée / Thermo : Thermodynamique / EM : Electromagnétisme / Bio : Biophysique / Quant :Physique Quantique / M Cl : Mécanique Classique / M Rel : Mécanique Relativiste / Plas : Physique desPlasmas / Opt :Optique / Unif : Théories d'unification)


Cette matrice contient 55% de '1' ce qui signifie qu'en moyenne, chaque domaine entretient des relations avec 55% des autres domaines (parmi les domaines prédéfinis bien sûr). Dans la dernière colonne, j'ai totalisé le nombre de liens par domaine et on peut voir que c'est l'astronomie, la matière condensée et l'électromagnétisme qui entretiennent le plus de relations. A l'inverse, la biophysique et la les théories d'unifications entretiennent peu de rapports avec les autres domaines.

Matrice de dépendance

Pour affiner la matrice de liaison, j'ai décidé de représenter les dépendances entre les domaines. Je m'explique : à l'intersection d'un domaine X en abscisse et d'un domaine Y en ordonnée, on place un '1' si X dépend de Y. En gros, si le domaine X est nécessaire pour travailler dans le domaine Y, on place un '1'. On voit tout de suite que dans ce cas, on aura toujours une diagonale de '1' mais la matrice ne sera plus symétrique car les relations de dépendance ne sont pas réciproques.  Voici le résultat :

J'ai également totalisé le nombre de '1' (hors diagonale) dans les lignes et les colonnes. On peut alors dire que les totaux des lignes correspondent à la nécessité d'un domaine car beaucoup d'autres domaines font appel à lui alors que les totaux des colonnes représentent la dépendance d'un domaine, à savoir le nombre de domaines dont il a besoin pour exister.


On s'aperçoit que l'astronomie, la physique du globe, la biophysique et les théories d'unifications ne sont pas nécessaires aux autres domaines alors que l'électromagnétisme et la physique quantique sont nécessaires dans beaucoup de domaines, on peut alors dire que se sont des domaines plus « fondamentaux » au sein de la physique.

Concernant la dépendance des domaines, l'astronomie est de loin le domaine le plus dépendant car il utilise presque tous les autres (seul la biophysique et la physique du globe ne sont pas nécessaires à l'astronomie). A l'opposé, l'électromagnétisme, la physique quantique et la mécanique classique sont entièrement indépendants dans le sens où il ne font pas appel aux autres domaines de la physique.


Finalement, si vous voulez une vision graphique, c'est possible et on obtient le schéma ci dessous. Ce sont les relations de dépendances qui sont représentées : une flèche de X vers Y signifie «X dépend de Y» :


Une méthode pertinente ?

Je ne pense pas que l'on puisse faire des jugements de valeurs pertinents en se reposant sur ces matrices uniquement pour deux principales raisons. Premièrement, les résultats dépendent très fortement du choix des domaines qui a été fait à la base. Pour avoir une vision plus juste il faudrait inclure tous les sous-domaines et cela ferait une matrice gigantesque très compliquée à remplir. Deuxièmement, j'ai rempli moi-même ces cases sans être forcément spécialiste d'un domaine donc certaines dépendances ne sont peut être pas forcement justifiées (je compte d'ailleurs sur vous pour me corriger). Cependant, ces matrices sont intéressantes pour apprécier qualitativement les relations entre les domaines de la physique.


Une méthode qui serait plus juste serait de faire des pondérations sur les dépendances car dans ma méthode, il n'y a pas de « mesure » d'une dépendance. Pour reprendre l'exemple de la physique des plasmas, la dépendance à l'électromagnétisme est sans doute plus « forte » que la dépendance avec la thermodynamique. Quoique ce soit très difficile à évaluer. Une méthode serait de regarder le nombre d'articles de journaux qui font référence à des articles de domaines différents, ce serait ainsi une manière de quantifier les dépendances entre les domaines mais ça demande pas mal de travail... D'autant plus que je me suis cantonné à la physique exclusivement. Il est évident que les relations avec des sciences « externes » existent. Par exemple, la biophysique est fortement liée à la biologie qui ne fait pas partie de la physique.


Bref, le découpage de la physique est à méditer et les relations entre les domaines sont très difficiles à évaluer.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Science et société

Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 17:30
C'est un constat que peu de personnes peuvent réfuter : depuis le début du 20ième siècle, les scientifiques se spécialisent de plus en plus. Même les physiciens ont du mal à s'y retrouver dans toutes les disciplines d'aujourd'hui !

Le temps des scientifiques philosophes

Depuis l'antiquité grecque jusqu'au 18ième siècle, les scientifiques étaient philosophes, mathématiciens, physiciens, biologistes, astronomes, voire médecin. Certes, il y avait des petites préférences, mais ils touchaient un peu à tout et ils avaient une assez bonne vue d'ensemble de la science de leur époque, bien que les moyens de communications étaient très loin de ceux d'aujourd'hui. Prenons par exemple Descartes (1596-1650), il est étudié par de nombreux étudiants:


- Les étudiants en philosophie l'étudient en détail

Il est présent dans les cours de mathématiques en algèbre et en géométrie

- En mécanique, il est mentionné pour la loi des chocs

Il est omniprésent dans les cours d'optique géométrique

 

Le début des spécialisations

Durant le 18ième jusqu'au début du 20ième siècle, les scientifiques commencèrent à se spécialiser, par exemple en physique ou en mathématiques, mais les champs d'applications restaient relativement vastes et il y avait d'importantes passerelles entre les disciplines. Carl Friedrich Gauss (1777-1855), l'un des plus fameux mathématiciens de tous les temps, a par exemple apporté de nombreux résultats en astronomie et il est également à la base du magnétisme avec Weber.

 

L'apogée du scientifique ultra spécialiste 

La physique du début du 20ième siècle va voir deux grandes révolutions :

- La naissance de la physique quantique avec la théorie des quanta de Planck (1900)

- La relativité restreinte (1905) et générale (1915) d'Einstein

 

A partir de cet instant, les théories vont se complexifier, les artifices mathématiques vont être de plus en plus sophistiqués et l'accès à la connaissance d'un domaine va être de plus en plus ardu.

Non seulement les scientifiques du 20ième siècle vont se cantonner à la physique ou aux mathématiques pures mais ils vont se spécialiser encore et encore. Un chercheur au CNRS travaille en général sur un sujet précis relatif à un domaine faisant lui-même parti d'une discipline. Je prends comme exemple mon directeur de thèse qui est au CNRS : il travail dans les Sciences et Technologies de l'Information et de l'Ingénierie (ST2I), son domaine est l'automatique et son sujet d'étude porte sur les systèmes à retard. C'est évidemment très obscur pour une personne étrangère au domaine !

 

 Les avancées dans tous les domaines ont été telles, que la connaissance complète d'un domaine de la physique moderne demande plusieurs dizaines d'années de travail. Aujourd'hui, personne ne peut être à la pointe dans plusieurs domaines disjoints. Cependant, toutes les disciplines entretiennent des relations plus ou moins fortes. Je prends un exemple que je connais bien : la cryogénie (science qui a pour objectif l'étude des basses températures et de ses effets sur la matière), il faut faire de la thermodynamique, de la mécanique des fluides, voire de la physique quantique, d'où la difficulté d'établir une carte des domaines de la physique !

 

Une carte de la physique moderne

Je me suis donc dit, comment élaborer une « carte de la physique » pour que monsieur tout le monde puisse y voir un peu plus clair? Il faut avant tout essayer de différencier les disciplines, les domaines, les théories et les spécialisations. Le découpage est loin d'être trivial, une hiérarchie entre les différentes entités est impossible car tout se recoupe plus ou moins. Après plusieurs tentatives sur des feuilles A3 avec presque une centaine d'entités et des flèches dans tous les sens, j'ai compris que c'était impossible et que ma belle idée n'était pas réalisable : l'architecture de la physique est complexe !

 

Je me suis donc résolu à donner mon interprétation personnelle de l'organisation de la physique, faute de mieux. Cette représentation est entièrement subjective, il manque sans doute des entités et j'ai sans doute mis des choses insignifiantes. J'ai décidé volontairement de ne pas détailler les sciences de l'ingénieur pour des raisons de clarté. C'est pour cette raison que l'informatique, l'automatique, la robotique, l'électronique, la micro électronique, etc. sont absents de cette carte.

 

Voilà le résultat après quelques heures de réflexion : 


J'ai ensuite transposé ce schéma sur un planisphère terrestre (l'image du début de l'article). Je précise d'avance que l'attribution des domaines aux continents et aux pays n'a rien à voir avec l'endroit géographique en question, la répartition a été faite selon la « place » disponible dans les continents. Pour voir les images en meilleure qualité :

  - Voir le planisphère du début en haute définition (PDF-115ko)

- Voir le schéma ci-dessus en haute définition (PDF-80ko)

 

Vous constaterez que le découpage peut être refait de nombreuses manières différentes. J'ai par exemple créé une section « optique » contenant « l'optique ondulatoire » et « l'optique quantique » alors que ces dernières pourraient être respectivement rattachées à « l'électromagnétisme » et à la « physique quantique », mais dans ce cas je ne savais plus où mettre « l'optique géométrique ». Eh oui, c'est un vrai casse-tête ! Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres. Vous constaterez également que la « physique des plasmas » est toute seule car je n'ai pas su où la classer. Concernant ma section « physique théorique », c'est principalement de la « physique quantique » mais ce découpage permet de séparer la physique expérimentale et la physique théorique pure, ce qui me paraît plus élégant...

 

Vos réactions sont les bienvenues

J'attends vos commentaires au sujet de cette carte. Que voudriez-vous voir apparaître (ou disparaître), pensez-vous que certains liens sont justifiés ? Si je récolte suffisamment de propositions (constructives), j'essayerai, en me basant sur vos remarques, de faire une deuxième version de cette carte qui n'est encore qu'une ébauche...


La deuxième version se trouve ici : Cartographie de la physique V2

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Science et société

Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 13:37

J'étais presque étonné de voir que je n'avais jamais publié de billet sur les unités physiques en presque trois ans de blog ! Voici chose réparée !

Les unités sont essentielles en physique, c'est même une caractéristique. En y réfléchissant bien, les mathématiques permettent l'élaboration de théories abstraites en formant des relations logiques entre des nombres et des lettres. S'il vous vient l'idée saugrenue de rajouter des unités appropriées derrière ces nombres et ces lettres, vous ne faites plus des mathématiques, c'est de la physique !!

 

Je rappelle qu’il n’y a jamais de majuscule aux unités écrites en toutes lettres, même quand c’est un nom propre comme pour le newton. En revanche, l’abréviation comporte une majuscule si c’est un nom propre comme le « N » pour le newton.

Historique

Une des premières unités physiques au sens moderne a sans doute été la coudée de Nippour en Mésopotamie, vieille de plus de 5000 ans, permettant la mesure des longueurs. Elle représente la distance entre le coude et l’extrémité de la main (elle est évaluée à 51,8cm, +/- 1mm). Cette unité était largement utilisée dans tout le monde antique. La coudée était divisée en pieds et en doigts mais les valeurs et les divisions pouvaient changer selon les différentes civilisations. Ainsi, le pied de Nippour était de 27,65cm, le pied romain mesurait 29,5cm et le pied français environ 33,34cm. Oui, Charlemagne devait avoir de grands pieds, cela correspond à une pointure de 53, ce qui est étonnant car il était tout petit, et même sa mère « Berthe au grand pied » était surnommée de la sorte car elle avait un pied plus grand que l’autre...

Si la longueur a été la première quantification physique, il a ensuite fallu quantifier beaucoup d’autres grandeurs. La mécanique est une des premières « vraies » disciplines de la physique. Pour faire de la mécanique, il faut avant tout quantifier des longueurs, des temps et des masses. On peut ensuite déduire des vitesses, des accélérations et des forces. On comprend bien ici l’importance des unités et des mesures, d’une part pour faire des calculs cohérents et d’autre part pour vérifier expérimentalement les différentes théories.

Lorsqu'un nouveau concept physique est découvert, il faut parfois créer de nouvelles unités. L’électricité a ainsi nécessité la création de nouvelles unités comme l’Ampère qui quantifie un courant électrique et le volt qui a été défini en fonction d’autres unités (1 V = 1 (m².kg) / (s3.A)).

Unités, équations

La première règle pour vérifier une équation physique est de vérifier son homogénéité : en effet, chaque côté d’une égalité (ou d’une inégalité) doit avoir la même unité sous peine de non sens. 3 bananes ne peuvent pas être comparées à 3 pommes ! Le meilleur exemple est le calcul d’une vitesse : Une vitesse (V, en mètre par seconde) doit être égale à d’autres vitesses ou à des longueurs (L, en mètre) divisées pas des temps (T, en seconde). De cette manière on obtient bien des m/s de chaque coté du signe égal. Ex : V1 = V2 + L / T est homogène. Cette vérification de base apparemment triviale peut devenir très compliquée à vérifier dans des équations comportant plusieurs dizaines d’unités différentes dépendantes les unes des autres.

Etalon et métrologie

Pour valider une théorie physique, il faut faire des mesures et plus l’on veut « tester » une théorie, plus il faut réaliser une « bonne » mesure. Un étalon est essentiel pour que tout le monde ait la même référence. Un étalon est un objet (fabriqué par l’homme ou non) qui joue le rôle de référence. Le premier étalon d’origine humaine date de 2650 av JC pour définir la coudée de Nippour (voir le lien ici). Je ferai dans l’avenir un billet dédicacé à la métrologie que l’on peut considérer comme une science à part entière : la science de la mesure.

Les Systèmes d'unités

Un système d'unités est un ensemble d'unités indépendantes entre elles permettant de définir toutes les autres.  Le Système International d'unités (SI), également appelé système métrique, a été adopté en 1960 par la Conférence Générales des Poids et Mesures par pratiquement tous les pays du monde. Il définit les 7 unités suivantes comme indépendantes:

- Le mètre (m) définit la longueur.  Nicolas Sarkozy mesure 1,65 m.

- La seconde (s)  définit la durée. Le record du monde du 100m est 9,69 s.

- Le kilogramme (kg)  définit la masse. Mon dictionnaire de physique a une masse de 1 kg.

- Le kelvin (K)  définit la température. La température moyenne à la surface de la Terre est de 288 K.

- L'ampère (A)  définit l'intensité électrique. Une ampoule classique est traversée par un courant de 0,3 A.

- La mole (mol)  définit une quantité de matière. Un verre d'eau contient environ 11 mol.

- Le candela (cd)  définit une intensité lumineuse. Une bougie classique émet environ 1 cd.

Les scientifiques essayent autant que possible de définir ces unités à partir de constantes physiques invariantes dans le temps et dans l’espace, évitant au maximum de se baser sur un étalon d’origine humaine ayant des imperfections et pouvant être altéré dans le temps. Ainsi, le mètre a été redéfini en 1983. Il était auparavant défini à partir d’une barre étalon fabriquée dans un alliage de platine et d’iridium conservée précieusement au pavillon de Breteuil à Sèvres (Hauts-de-Seine). Désormais, un mètre est défini comme la distance parcourue par la lumière pendant 1/299 792 458 secondes dans le vide, cette dernière étant considérée constante selon la théorie de la relativité. Dans toutes les unités du Système International, seul le kilogramme est toujours défini à partir d’un étalon, un cylindre en platine iridié conçu en 1889 par le Bureau des poids et mesures. La seconde est basée sur la période de radiation des atomes de césium 133, le kelvin sur le point triple de l’eau, la mole sur le nombre d’atomes dans 12g de carbone 12, le candela selon un rayonnement lumineux très précis. L ‘ampère, quant à lui, est un peu plus compliqué car défini dans un cadre théorique et aucune autre définition satisfaisante n’a été trouvée.

 

Le cylindre de platine iridié faisant officie de kilogramme-étalon 

Autres unités

Ces 7 unités permettent de définir les autres grandeurs physiques, appelées unités dérivées. Ces unités dérivées peuvent encore être reconverties en d'autres unités arbitraires. Il en existe ainsi une quantité impressionnante. Dans mon dictionnaire de physique récemment acheté, il y a environ 150 unités physiques définies à la fin. Prenons par exemple, la pression, qui s'exprime en de nombreuses unités « parlantes ». Une pression s'exprime à partir du système SI en pascal. 1 pascal est équivalent à 1 Newton par mètre carré : 1 Pa = 1N/m².

Néanmoins, on exprime souvent les pressions à l'aide d'autres unités par commodité ou pour des raisons historiques. En hydraulique, on utilise souvent comme unité de pression le bar (1 bar = 100 000 Pa),  les météorologues parlent en hecto pascal (100 Pa), ce qui est équivalent à 1 mbar (0,001 bar) mais on emploie également l'atmosphère normale (atm) qui est égale à 102 325 Pa ou encore l'atmosphère technique (at) égale à 98066,5 Pa. En revanche, les médecins utilisent le torr comme unité de pression dans le corps (1 Torr = 133,322 Pa), ce qui correspond à la pression exercée par une colonne de 1 mm de mercure. Cependant, votre médecin vous parlera plutôt en centimètres de mercure (cmHg). Quand le médecin vous dit que vous avez une tension de 12/8, cela signifie que vous avez une pression systolique de 12 cmHg et une pression diastolique de 8 cmHg, soit respectivement 15986 Pa et 10658 Pa.

Tout cela pour dire qu'il est parfois difficile de se retrouver dans toutes ces unités et qu'il est fort utile d'utiliser les unités du système SI pour une meilleure compréhension de tous. De plus en plus, les Etats-Unis passent au système métrique mais ce n'est pas toujours le cas. Je lis régulièrement des articles ou des livres scientifiques américains et dans certains, tout est en degré fahrenheit, foot, gallon, pound, pound per square inch (psi), et autres délires du système anglo-saxon. En fait, tous les pays du monde utilisent officiellement le système SI sauf le Libéria, la Birmanie et les Etats-Unis !

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique

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