Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

Benjamin Bradu

Ingénieur au CERN
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Spécialités : Cryogénie, automatique
et systèmes de contrôle
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Mardi 22 février 2011 2 22 /02 /Fév /2011 20:22

C’est en écoutant le discours de Rolf Heuer, le Directeur Général du CERN, au forum économique mondial de Davos que j’ai voulu aborder ce sujet ici.


Rolf nous explique que ce n’est pas en persévérant dans la recherche appliquée sur la bougie que l’homme a découvert l’ampoule électrique à incandescence ! C’est bien en faisant de la science fondamentale, en voulant comprendre l’essence même de la nature, que l’homme a mis en évidence la nature de l’électricité et son fonctionnement, sans vouloir à priori trouver un système d’éclairage pour remplacer la bougie ou trouver une nouvelle source d’énergie.

 

Faraday.jpg

Cette problématique n’est pas nouvelle : Michael Faraday, un des pionniers dans la compréhension de l’électricité, fut à l’époque critiqué au sujet de ses recherches considérées comme « inutiles ». Il aurait répondu à William Gladstone au sujet de l’électricité : « Un jour, on pourra prélever des impôts dessus ». Faraday ne comptait pas si bien dire 50 ans avant la découverte de la lampe à incandescence par Thomas Edison puis de l’utilisation massive de l’électricité dans nos sociétés. Cette petite anecdote  nous permet de nous rendre compte qu’il est extrêmement difficile d’évaluer à un moment donné les retombées futures d’une découverte en recherche fondamentale.

 

Délai entre recherche fondamentale et application

Le délai entre la recherche fondamentale et son application peut être très rapide voire instantané comme la découverte des rayons X et de la radiographie par Wihelm Röntgen en 1895. Cependant, ce laps de temps peut être beaucoup plus long : c’est le cas de la découverte du spin des particules (une propriété quantique fondamentale des particules) en 1925 et de l’augmentation des capacités des disques durs en 1997 (spintronique).


Bien évidemment, avant d’utiliser le spin des particules  dans nos disques durs d’ordinateurs, il fallait d’abord inventer l’ordinateur et le disque dur, qui eux-mêmes dépendent de centaines de découvertes fondamentales et il est donc normal que Samuel Goudsmit et George Uhlenbeck, les découvreurs du spin en 1925, ne puissent pas penser aux disques durs…


Ce raisonnement peut paraitre absurde mais il est pourtant important de le mentionner pour comprendre que le monde évolue vite et que de nombreuses applications de la recherche fondamentale peuvent être inenvisageables avec les connaissances de l’époque. Aujourd’hui, nous vivons de plus en plus dans une société de l’immédiateté où tout le monde (politiques incluses) veut voir des résultats immédiats. Il faut bien comprendre que la Recherche ne marche pas de cette manière et que la Science a besoin de temps!

 

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Les disques durs utilisent aujourd’hui la magnétorésistance géante, un phénomène quantique issu du spin des électrons (recherches issues du Prix Nobel français Albert Fert)

 

L’explosion de l’information du 20ème siècle

Certes la Science d’aujourd’hui va plus vite qu’au 19ème siècle avec les moyens de télécommunications ultrarapides mais la quantité d’information a littéralement explosée et il devient de plus en plus difficile d’appréhender toute la recherche d’un domaine. Aujourd’hui, quand on fait un doctorat, on a besoin d’une année entière (après les 5 ans d’études universitaires réglementaires) pour faire l’état de l’art d’un domaine de la science souvent restreint.


Pour le dire plus simplement: il faut 1 année complète d’étude à un universitaire pour comprendre où en est la science dans un tout petit domaine que seule une poignée de chercheurs comprend vraiment. C’est pourquoi il est important de faire de la recherche dans un environnement pluridisciplinaire car aucun chercheur ne peut maitriser plusieurs domaines, contrairement aux scientifiques d’antan (disons jusqu’à la fin du 19ème siècle) qui cumulaient les fonctions de philosophes, médecins et scientifiques dans tous les domaines (mécanique, optique, thermodynamique…).

 

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Différences entre un scientifique du 17ème siècle (René Descartes) et du 21ème siècle (John Ellis)

 

Des exemples tout au long de ce blog

Je voulais vous citer une série de liens entre recherche fondamentale et applications qui ont déjà fait l’objet de billets dans ce blog :


ARVA (Appareil de Recherche de Victime d’Avalanches) : Cet appareil permettant de sauver des vies en cas d’avalanches est basé sur l’émission et à la réception des ondes électromagnétiques découvertes à la fin du 19ème siècle et mises en équation par Maxwell en 1865.


Charpak et sa chambre à fils : Georges Charpak inventa un détecteur de particules bien particulier pour le CERN en 1968 et ce type de détecteur est aujourd’hui utilisé en imagerie médicale pour faire de la radiologie 3D.


Comment mesurer la température d’une étoile : On peut mesurer la température d’un objet (comme une étoile) à partir de son spectre électromagnétique via l’équation de Planck expliquant le rayonnement des corps noirs.


L’échographie : Cette technique d’imagerie médicale bien connue des futures mamans est basée sur l’émission et la réception d’ultrasons, ondes sonores découvertes en 1883 par Galton.


La datation radiométrique au Carbone 14 : Cette méthode inventée en 1960 par Libby pour dater des échantillons organiques est directement issue de la découverte de la radioactivité par Becquerel en 1896.


Le LASER : En 1917, Einstein découvre l’émission stimulée des atomes. Plus de 40 ans plus tard en 1960, ce phénomène est utilisé pour produire une source de lumière cohérente par Maiman: le LASER.


Le Microscope Electronique a Balayage : Ce microscope permettant de réaliser des images exceptionnelles depuis les années 60  n’aurait jamais pu voir le jour sans la découverte de la structure de l’atome et des électrons du début du 20ème  siècle.


Sadi Carnot : Toutes les machines thermiques, des machines à vapeurs aux moteurs d’avions à réactions en passant par les réfrigérateurs essayent de se rapprocher de la machine de Carnot, la machine thermique idéale. 


Le web : Il ne faut pas non plus oublier que pour faire de la recherche fondamentale, il faut parfois construire des machines très complexes comme des accélérateurs de particules, et que pour construire de telles machines, il faut faire de la recherche appliquée et développer de nouvelles technologies. Un des meilleurs exemples est peut être le WEB : C’est en voulant échanger des informations issues de la physique des particules que Tim Berners Lee a inventé le WEB au CERN en 1989. Aujourd’hui, presque tous les foyers des pays développés l’utilisent.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Science et société

Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 18:08

LoidePlanck.jpgCet éminent scientifique allemand est à mon avis trop méconnu en France, je voulais donc lui consacrer un billet ici suite à la lecture de son autobiographie scientifique, rédigée à la fin de sa vie en 1945 (il avait alors 87 ans). 

 

Max Planck : ce nom n’évoque peut être pas grand-chose pour la majorité des français mais il est pourtant l’un des plus grands physiciens du 20ème siècle. Prix Nobel de physique en 1918, c’est lui qui posa la première brique de la physique quantique : le quantum élémentaire d’action.

Max Planck nous raconte dans son autobiographie ses études à Munich puis à Berlin et comment il en est arrivé à choisir la physique théorique comme domaine de prédilection (il hésita longtemps entre la musique et la science). La physique théorique était une discipline peu développée à cette époque où l’expérimentation était presque la seule manière de faire de la science. Il s’orienta rapidement lors de son doctorat à Berlin sur la thermodynamique qui le passionnait depuis ses lectures de Rudolf Clausius au sujet du second principe de la thermodynamique et d’une grandeur thermodynamique appelée Entropie. L’entropie est une grandeur physique ne pouvant qu’augmenter dans le temps et représentant le désordre microscopique (voir mon billet précédent sur la thermodynamique). Cet Entropie était en quelque sorte le cheval de bataille de Planck ; il écrit à ce sujet :


« Cependant, j’étais si profondément convaincu de l’importance de la tâche que je m’étais moi-même imposée, que de telles expériences ne pouvaient me détourner de poursuivre mes études sur l’entropie, notion que je regardais à coté de l’énergie comme la propriété la plus importance des systèmes physiques. »

 

A Berlin, il côtoyait les plus grands physiciens allemands de la fin du 19ème siècle comme Helmholtz et Kirchhoff mais ces derniers n’apportaient que peu de crédit à ce que le jeune Max Planck considérait  comme primordial. On sent bien à travers ses écrits que l’incompréhension de ses pairs était douloureuse pour lui : 


« C’est une des plus pénibles expériences de ma vie scientifique tout entière, que j’aie bien rarement -  et en fait, je pourrais dire que je n’aie jamais – réussi à obtenir l’assentiment universel  pour un résultat nouveau, dont je pouvais démontrer la vérité par une décisive, encore que simplement théorique, démonstration. [ …] Tous mes excellents arguments tombaient dans des oreilles sourdes.»


Après quelques années, la théorie de la chaleur au sens de Clausius que Planck défendait (c'est-à-dire différente de la théorie purement mécanique) fut enfin reconnue grâce à Boltzmann. Planck nous confie que :

 

« Une vérité nouvelle en science n’arrive jamais à triompher en convaincant les adversaires et en les amenant à voir la lumière, mais plutôt parce que finalement ces adversaires meurent et qu’une nouvelle génération grandit, à qui cette vérité est familière. »


C’est une réflexion un peu sévère pour la science que Planck mène ici mais l’histoire des sciences ne peut que lui donner raison.

max-planck-1901En cette fin de 19ème siècle, Planck était en quelque sorte le « théoricien » de Berlin qu’on utilisait pour résoudre différents problèmes physiques. Il travailla notamment en acoustique sur l’étude des gammes musicales en essayant de comprendre pourquoi la gamme tempérée est plus plaisante à l’oreille que la gamme naturelle. Il apporta également sa contribution en électricité mais c’est en 1900, alors qu’il essayait depuis plusieurs années de résoudre un problème qui le tenait à cœur sur le spectre thermique des éléments appelé le rayonnement du corps noir, que Planck apporta une importante nouveauté à la Science…  Je ne vais pas vous détailler ici le problème du corps noir (voir ce billet qui explique tout ça) mais simplement vous expliquer la démarche de Planck.

 

Planck umbolt

Statue de Max Planck à l’Université Humboldt de Berlin (photo personnelle)

 

Planck était toujours intimement convaincu que la piste à suivre pour expliquer le rayonnement du corps noir était une explication à travers l’entropie (toujours elle) contrairement à tous les scientifiques de l’époque qui se concentraient sur la température. Après maints efforts et échecs, Planck trouve une formulation mathématique semblant expliquer le rayonnement du corps noir dans toutes les gammes d’énergies et de fréquences (jusqu’à présent, tous les modèles fonctionnaient dans des cas précis mais jamais partout). Pour cela, il introduisit dans son équation une nouvelle constante universelle qu’il appela h et qui représentait une quantité d’action élémentaire indivisible.


« D’autre part, s’agissant de la grandeur W, je trouvais que pour l’interpréter comme une probabilité ainsi qu’il convenait, il était nécessaire d’introduire une constante universelle, que j’appelai h. Comme elle avait les dimensions d’une action (une énergie multiplier par un temps), je lui donnai le nom de quantum élémentaire d’action. »


Au début, Planck qui était plutôt conservateur, tenta de faire disparaitre ce quantum élémentaire d’action qui n’avait alors pas de signification physique dans le cadre de la physique classique et qui se révélait plus encombrant qu’autre chose. Mais en vain. Cette constante était nécessaire pour que les équations restent en accord avec les observations et Max Planck dû se rendre à l’évidence :


« L’échec de toutes mes tentatives pour sauter l’obstacle me rendit bientôt évident le rôle fondamental joué par le quantum élémentaire d’action dans la Physique atomique, et que son apparition ouvrait une ère nouvelle dans les sciences de la nature. »


Max-Planck-und-Albert-Einstein.jpg

Max Planck et Albert Einstein en 1929 à Berlin

 

Cette constante deviendra par la suite la fameuse constante de Planck qui donnera naissance quelques années plus tard à la théorie des quanta (la future physique quantique) avec les contributions de Niels Bohr, Erwin Schrödinger et Louis de Broglie. Cinq ans plus tard, un certain Albert Einstein réutilise la théorie des quanta pour expliquer l’effet photoélectrique : la fameuse constante de Planck h multipliée par la fréquence d’une onde électromagnétique représentera alors un « grain de lumière » qui prendra le nom de photon. Planck fut d’ailleurs un des premiers défenseurs de la Relativité d’Einstein et n’hésitera pas à comparer les deux théories :

 

« La vitesse de la lumière est à la théorie de la Relativité ce que le quantum élémentaire d’action est à la théorie des quanta : c’est son centre absolu. »

 

Voilà, j’espère que Max Planck vous est désormais un peu plus familier et je vous recommande vivement la lecture de son autobiographie scientifique. Au passage, Max Planck a laissé son nom non seulement à une constante universelle et à une loi physique mais également à un institut de recherche fondamentale allemand. Aujourd’hui, l’Institut Max Planck est un des plus prestigieux laboratoires de recherche du monde et emploie environ 13000 personnes. De plus, 17 prix Nobel ont été décernés à des chercheurs de cet institut depuis sa création en 1948, juste après la mort de Max Planck (a titre de comparaison, la France a récoltée 7 Nobel en physique depuis 1948).

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Histoire des Sciences

Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 13:25

Tout le monde connait les 3 états de la matière : solide, liquide et gaz. Cependant, peu de personnes sont capables de bien définir ces 3 états et il en existe d’autres que peu de gens connaissent.

états de la matière

Les états « classiques »

Prenez un glaçon (solide), mettez le dans une casserole et chauffez le : le glaçon va fondre en eau (liquide) puis l’eau va se vaporiser en vapeur (gaz). Ca y est, vous venez d’explorer la matière dans tous ses états !


Pour comprendre les différents états de la matière, on peut dessiner un diagramme de phases qui représentent les 3 états (ou phases) d’un élément en fonction de sa température et de sa pression. Dans le cas de l’eau à pression atmosphérique (1 bar), la phase est solide en dessous de 0°C, liquide entre 0°C et 100°C et gazeuse au dessus de 100°C. Le passage d’une phase à une autre porte un nom précis et se réalise à pression et à température constante, il y a donc des points (en fait des lignes) où 2 états de la matière coexistent lors du changement de phase.

 

diagramme etats

Diagramme de phases de l’eau


Il faut bien comprendre que pour connaitre l’état d’un élément, il ne suffit pas de connaitre sa température: sa pression est également indispensable! Par exemple, on peut obtenir de la vapeur d’eau à -10°C à très basse pression et de l’eau liquide à 300°C sous haute pression, ce qui peut s’avérer très pratique. L’eau liquide pressurisée à environ 300 °C est par exemple utilisée dans certains réacteurs nucléaires pour refroidir le cœur de la centrale (centrales de type EPR), voir ce billet sur le blog d’Alexandre Moatti.


Il existe également 2 points particuliers :

-  Le point triple où les 3 états coexistent ensemble (0,006 bar et 0,01°C pour l’eau).

-  Le point critique : au-delà de ce point, liquide et gaz ne sont plus distinguables et on parle alors de fluide supercritique (218 bar et 374 °C pour l’eau).  C’est en quelque sorte un état indéfini, car au-delà de ce point, les transitions de phase sont impossibles et donc il n’est plus possible de distinguer gaz et liquide.


Caractéristiques microscopiques et propriétés

Les solides sont caractérisés par un agencement des atomes très ordonnés et rapprochés. Il est donc très difficile de les comprimer car il y a peu d’espace entre les atomes. De plus, tous les atomes sont liés fortement les uns aux autres, ce qui confère aux solides une forme propre bien délimitée dans l’espace.


Les liquides sont caractérisés quant à eux par un agencement désordonnés des atomes mais toujours assez rapprochés, ils sont donc également difficilement compressibles. En revanche, les atomes sont peu liés les uns aux autres et les liquides ne possèdent donc pas de forme propre et peuvent d’évaporer facilement.


Les gaz sont caractérisés par un agencement des atomes désordonnés et espacés et peuvent ainsi être comprimé facilement. Les atomes ne sont pas liés les uns aux autres et sont très agités. Pour ces raisons, les gaz se répandent librement et n’ont pas de forme propre sans pouvoir être délimités.


Le verre

verre fusionLe verre est-il solide ou liquide ? La réponse parait évidente: solide ! Malheureusement, la réalité n’est pas aussi évidente. En effet, le verre serait plutôt un liquide extrêmement visqueux mais là encore, les avis divergent. Du point de vue microscopique, le verre ressemble vraiment à un liquide car il possède des atomes très désordonnés sans aucun schéma répétitif contrairement à un cristal qui lui est bien ordonné et appartient donc à la famille des solides. Du point de vue thermodynamique, là encore il est difficile de trancher, le verre est fabriqué à partir d’une phase liquide très chaude qui quand on la refroidit et ne subit pas la transition de phase normale vers le solide (cristal) mais une transition dite « vitreuse » et caractéristique du verre.

 

Mais attention tout de même, contrairement à certaines croyances, le verre ne coule pas et si les vitres de Versailles sont plus épaisses en bas qu’en haut ce n’est pas parce que le verre a coulé mais à cause du procédé de fabrication de l’époque.


La matière molle

tomate cubeLe problème est que les 3 états que je qualifie de « classiques » ne suffisent parfois pas à bien caractériser un état de la matière. Même des choses communes posent parfois problème. Par exemple, comment qualifieriez-vous la mousse à raser, du dentifrice, un gel douche ou bien de la gelée alimentaire ? La réponse n’est pas si aisée, surtout si on y regarde de plus près au microscope. En fait, on qualifie ces matières de « molles ».

 

La matière molle est une appellation qui regroupe les colloïdes (substances ayant 2 phases dont les particules d’une phase sont très petites et diffusées dans l’autre phase comme une mousse au chocolat), les cristaux liquides (les écrans de vos montres électroniques) et les polymères (ensemble de macromolécules comme les plastiques). Cette physique de la matière molle est très récente et a émergée il y a une quarantaine d’années, particulièrement avec le prix Nobel de physique français Pierre-Gilles De Gennes. L’étude de la matière molle constitue toujours un intérêt majeur pour la recherche qui ne cesse de progresser dans la compréhension de ces états de la matière qui intriguent.


Le plasma

Le plasma est un quatrième état de la matière bien à part qui est caractérisé par le fait que les électrons peuvent se mouvoir librement alors que dans les trois autres phases classiques (solide, liquide et gaz), les électrons sont liés aux noyaux des atomes en gravitant autour. Les plasmas sont obtenus en portant à très haute température un gaz ou en appliquant un important champ électrique, on parle alors de gaz ionisé.


Les plasmas sont très répandus dans l’univers (étoiles, quasars, pulsars)  mais sont également présents dans des phénomènes naturels terrestres comme les aurores boréales ou plus simplement les éclairs. Dans les applications domestiques, certains téléviseurs plats (écrans plasmas) utilisent cet état de la matière ainsi que dans ces fameuses « boules à plasma » qu’on trouve dans certains magasins de gadgets.

 

Lampe Plasma

 

Superfluide

Il existe également d’autres états bien distincts des autres par leurs propriétés exceptionnelles. C’est le cas des superfluides qui ne présentent pas de viscosité (ils s’écoulent parfaitement) à très basse température. Ce phénomène est observé uniquement en laboratoire et se produit avec de l’hélium refroidi en dessous de -271°C (2,2 K). Voir un de mes billets précédents sur les supers états.

 

Il existerait également un phénomène analogue sur les solides (supersolides) mais les observations sont encore controversées… Affaire à suivre.


Tout cela pour vous faire comprendre que la matière est parfois plus complexe qu’il n’y parait et que même les physiciens ont du mal à classer et comprendre toutes ces formes de matière parfois étranges.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique

Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 19:50

La semaine dernière, l’expérience ALPHA du CERN annonçait avoir pour la première fois « piégé » de l’antimatière, mais au fait, c’est quoi l’antimatière ?

alpha antimatter

Atomes d’anti-hydrogènes non capturés s’annihilant sur la surface interne du piège ALPHA au CERN le 10 Novembre 2010. © CERN.


Un peu d’histoire

Jusqu’en 1930, le monde des physiciens était exclusivement fait de matière. Cette matière était composée de petites « briques élémentaires » appelées particules et portant des noms étranges comme électrons, photons ou protons (voir mon billet sur le bestiaire des particules pour plus de détails).


C’est alors que le physicien Paul Dirac, pour résoudre une équation de physique, postulat qu’il devait exister une autre particule, identique à l’électron, mais ayant une charge électrique opposée. En effet, l’électron a une charge électrique négative, alors que l’équation de Dirac possède une solution supplémentaire correspondant à une « particule jumelle » positive. Cette nouvelle particule hypothétique fut baptisée positron (plus tard renommée antiélectron) et fut découverte rapidement en 1932 en analysant les rayons cosmiques venant de l’univers.

 

Dirac

Paul Dirac en 1933, « inventeur » du positron, la première antiparticule


Cette théorie fut ensuite généralisée à toutes les particules que nous connaissons et l’ensemble de ces nouvelles particules furent nommée antimatière. Cependant, il faudra attendre 1955 pour découvrir l’antiproton et 1995 pour créer le premier antiatome au CERN.


Je tiens à préciser à ce sujet que la paternité du positron revient toujours à Paul Dirac alors que Jean Becquerel, le fil d’Henri Becquerel, avait déjà postulé l’existence d’électrons positifs en 1908 dans un article (Jean Becquerel. «Sur les électrons positifs», Radium (Paris) 5, 1908, pp. 193-200).


Matière Vs Antimatière

Ca ressemble à de la matière, ça a le gout de la matière mais ce n’est pas de la matière : c’est de l’antimatière !


Comme on l’a vu, la différence qui caractérise l’antimatière est la charge électrique opposée, ce qui veut dire que si on fait passer une particule et son antiparticule dans un champ magnétique, les 2 particules sont déviées dans des directions opposées. Outre cette propriété, les antiparticules ont la même masse et le même comportement physique que leur homologue de matière.

 

positron-electron

Electrons et positrons sont déviés dans des directions opposées dans un champ magnétique. © Noémie.


Comme les charges sont opposées, matière et antimatière s’attirent mutuellement (les particules positives attirent les particules négatives et vice-versa). Lorsque matière et antimatière se rencontrent, elles se désintègrent pour se transformer en énergie pure selon la célèbre formule d’Einstein E=mc² : la matière est convertie intégralement en énergie sous forme de photons (rayonnement gamma).

 

 

Fabriquer de l’antimatière

Pour fabriquer des antiparticules en labo, il « suffit » d’avoir un accélérateur de particules assez puissant. Le fait de projeter des particules accélérées à grande énergie sur des cibles métalliques permet de transformer l’énergie cinétique des particules en couple particule/antiparticule : encore E=mc² mais ici l’énergie se transforme en masse (ce processus est ainsi réversible).

Le problème des physiciens n’est pas de « fabriquer » de l’antimatière mais de la « conserver » pour la manipuler et l’observer. A cause des grandes énergies mise en jeu, les antiparticules créées vont pratiquement à la vitesse de la lumière et si elles rencontrent une particule de matière, elles s’annihilent !


Pour contrer ce problème, il faut littéralement freiner l’antimatière pour pouvoir l’étudier, ce n’est donc plus accélérateur qu’il faut mais un décélérateur ! Le décélérateur du CERN s’appelle AD (antiproton decelerator) et mesure 188 m de circonférence. AD permet de diminuer l’énergie d’antiprotons de 3000 MeV à 5 MeV (leur énergie est divisée par 600), ce qui veut dire que les antiprotons sont ralentit au tiers de la vitesse de la lumière.


Fabriquer des antiatomes

Fabriquer des antiparticules est une chose mais les physiciens veulent aller plus loin pour comprendre l’antimatière et pour cela, il faut fabriquer des antiatomes, c’est-à-dire un antinoyau formé d’antiprotons et d’antineutrons avec des positrons qui tournent autour.

En 1995, le CERN a ainsi créé les premiers atomes d’antihydrogènes (le plus simple des antiatomes, composé d’un antiproton et d’un positron qui tourne autour). Neuf antiatomes ont été créés pendant 40 milliardièmes de seconde avant de se désintégrer. L’exploit a été réitéré par la suite aux USA plusieurs centaines de fois mais ces antiatomes étaient toujours trop volatiles, se désintégrant quasi instantanément et ne permettant aucune étude approfondie.

 

 LEAR

Le décélérateur LEAR (Low Energy Antiproton Ring) au CERN ayant fabriqué les premiers antihydrogènes en 1995. © CERN


Pour stabiliser cette antimatière et l’étudier à la loupe, l’idéal serait de la ralentir jusqu’à l’immobiliser (la piéger). Il faut comprendre que plus une particule est énergétique, plus elle est agitée et donc « chaude ». Les physiciens doivent alors refroidir l’antimatière le plus possible. Pour cela, les antiprotons sont envoyés à travers de fines feuilles de métal et à travers des pièges électromagnétiques appelés pièges de Penning. Ainsi, on arrive à refroidir les antiprotons à environs -269°C (4 kelvins). On procède de même avec des positrons et on met l’ensemble (antiprotons + positrons) dans une espèce de bouteille électromagnétique jusqu’à ce que le positron (positif) se mette à tourner autour de l’antiproton (négatif) pour former un antihydrogène. C’est ce que vient de réussir l’expérience ALPHA du CERN. Voir une animation comment attraper un antihydrogène (en anglais).

 

alpha trap

Piège de l’expérience ALPHA au CERN ayant capturé un antihydrogène. © CERN


Pourquoi étudier l’antimatière ?

Pour étudier l’antimatière, les physiciens étudient de près ce qu’ils appellent la symétrie CPT (Charge-Parité-Temps). Lors d’une réaction particulière sur une particule, cette même réaction doit être observée sur son antiparticule mais de manière symétrique. Dans le théorème CPT, tout est inversé : la charge (positif Vs négatif), la parité (droite Vs gauche) et le temps (le temps doit s’écouler à l’envers). Un monde composé d’antimatière serait l’image de notre monde à travers un miroir.


Le problème, c’est que l’univers n’est pas aussi symétrique qu’il n’y parait. En effet, si matière et antimatière étaient strictement identiques (en dehors de la charge électrique), nous ne serions pas là selon la théorie du Big-bang qui stipule qu’à l’origine, matière et antimatière ont du être créées en même temps et en quantité égale (toujours le E=mc², la matière est toujours créée en quantité égale avec de l’antimatière). Un raisonnement simple aboutit donc sur la non-existence de notre Univers car matière et antimatière auraient du s’attirer juste après le Big-bang pour s’annihiler et fin de l’histoire… La réalité semble tout autre : nous sommes bien là et notre univers semble être composé quasi exclusivement de matière, seuls quelques phénomènes physiques dans le cosmos génèrent de l’antimatière mais en quantité infime et cette antimatière est rapidement annihilée en touchant de la matière ordinaire. Conclusion : les astronomes et les cosmologistes ont perdu la moitié de l’Univers !!

 

proton nono

Un proton et un antiproton. © Noémie.


Ce qui peut expliquer cette observation étrange est que matière et antimatière ne sont pas si symétriques que cela : on parle alors de violation de symétrie. Les symétries entre matière et antimatière sont parfois non respectées et pourraient expliquer pourquoi toute l’antimatière a disparue aujourd’hui au profit de la matière. Les accélérateurs de particules ont déjà mis en évidence certaines de ces violations de symétries et ces recherches sont toujours très actives aujourd’hui car il est très difficile d’étudier l’antimatière qui est très volatile.


Applications de l’antimatière ?

La réaction d’annihilation entre matière et antimatière est la plus puissante que la physique connaisse mais il faut relativiser (sans mauvais jeu de mot): c’est inexploitable actuellement pour fabriquer une bombe à antimatière comme le laisse suggérer le roman de Dan Brown Anges et Démons. Si vous prenez  10 milliards de protons et 10 milliards antiprotons, l’énergie équivalente qu’ils pourraient dégager serait d’environ 1 Joule… soit assez d’énergie pour soulever une pomme de 1 mètre… Pour faire une bombe, il faudrait fabriquer beaucoup plus d’antimatière que la science est capable de produire et il faudrait dépenser une énergie supérieure à la consommation d’énergie mondiale.


De toute manière, l’énergie mise en jeu pour « fabriquer » de l’antimatière sera toujours nettement supérieure à ce que l’annihilation matière/antimatière peut dégager donc aucune source énergétique de ce côté-là…


Cependant, l’antimatière a déjà trouvée une application dont vous avez peut être déjà entendu parler en imagerie médicale : La Tomographie par Emission de Positons (TEP). En Effet, les positrons sont utilisés en imagerie médicale pour obtenir des images d’organes en 3 dimensions en cancérologie, neurologie et cardiologie.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Phys. Particules/Quantique

Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 15:58

La semaine dernière, le CERN annonçait fièrement que le LHC avait atteint ses objectifs pour 2010 : la machine a délivré 2 inverse picobarns aux différents détecteurs, or, la plupart des gens n’ont jamais entendu le mot « picobarn » de leur vie… La raison est simple: peu de gens sont physiciens des particules !

 

CMS eventCollision proton-proton dans le détecteur CMS du LHC le 9 Juillet 2010. © CERN.

 

Je n’appartiens pas non plus à la catégorie des physiciens des particules, néanmoins j’entends souvent ces mots au CERN lors de communiqués officiels comme celui-ci.  J’ai donc cherché à savoir ce que se cachait derrière ces mots abscons pour nous autres, les personnes « normales ».

 

Le Barn

Le barn est tout simplement une unité de surface étant de l’ordre de la section géométrique du noyau d’un atome. En gros, vous prenez le noyau d’un atome (ayant un rayon d’environ 10-12 cm), vous le coupez en deux et la surface de cette coupe est environ égale à 1 barn, soit 0,00000000000000000000001cm², ou plus simplement 10-24 cm². Par exemple, le noyau d’un atome d’uranium (un des plus gros noyaux) possède une section géométrique de 1,5 barn.

 

Section efficace et géométrique

Le problème c’est que lorsqu’on observe des réactions nucléaires (interactions entre les noyaux des atomes), ou des collisions de particules entres elles ou contre des cibles, les atomes paraissent avoir une section plus grande ou plus faible selon les phénomènes observés. Pour rendre compte de ce problème, les physiciens ont alors introduit une section dite efficace, plus significative que la section géométrique réelle des noyaux des atomes. La section efficace d’un noyau, représentée par la lettre grecque sigma, n’est pas constante pour une particule donnée et est finalement assez peu dépendante de la taille réelle du noyau mais varie significativement selon sa vitesse et le type de réaction ou collision.


Cette section efficace rend compte de la probabilité d’interaction d’une particule pour une réaction précise (une collision, une réaction nucléaire, etc). Plus la section efficace est élevée, plus la réaction étudiée a des chances de se réaliser. Par exemple, la section efficace de l’absorption d’un neutron lent dans la matière est supérieure à 1000 barns alors que la section efficace des phénomènes étudiés dans les collisions des accélérateurs de particules comme le LHC est de l’ordre du picobarn (10-12 barn), voir du femtobarn (10-15 barn).  Un femtobarn, c’est comme si les noyaux étaient un million de milliards de fois plus petits (et dieu sait s’ils sont déjà petits).


Autant dire que les accélérateurs recherchent des évènements extrêmement rares à observer dans une collision. Prenons le cas du LHC et du fameux boson de Higgs tant recherché. Nous ne connaissons pas encore sa masse exacte, si elle existe, mais on peut toutefois calculer la section efficace de différents phénomènes pouvant lui donner naissance dans le LHC. La figure ci-dessous nous dit que la section efficace du boson de Higgs pourrait se situer entre 10 picobarns et 0,1 femtobarn selon les différents phénomènes possibles si sa masse est comprise entre 300 GeV et 1000 GeV. Autrement dit: Il faut enregistrer au moins dix milles milliards de collisions pour avoir la chance de voir un Higgs !!!

 

Higgs CrosssectionSections efficaces possibles pour la production d’un boson de Higgs dans le LHC en fonction de la masse de ce dernier. Dan Green, Fermilab (2005)

 

La luminosité

On aura donc compris la chose suivante: ce qui intéresse les accélérateurs de particules, c’est de produire le plus de collisions possibles.


Pour évaluer cette capacité, on calcule une grandeur appelée luminosité. Le principe en est simple : compter le nombre de particules qui se croisent dans un cm² à chaque seconde. Ainsi, la luminosité est calculée par la formule suivante : Eq luminosite

avec f la fréquence de croisement des paquets de particules, n le nombre de particules par paquet et A la section géométrique du faisceau de particules. Dans le cas du LHC, au point nominal, on obtient :

Eq lum LHC

Ce grand chiffre signifie que dix millions de milliards de milliards de milliards de particules se croisent dans un centimètre carré toute les secondes dans le LHC…

 

Luminosité intégrée

Le paramètre intéressant à calculer par la suite est naturellement la luminosité intégrée qui correspond à la luminosité accumulée dans le temps (c’est-à-dire la luminosité multipliée par le temps de collision de la machine). Si on reprend le cas du LHC au point de fonctionnement maximum, en 90 secondes, la machine peut ainsi fournir une luminosité intégrée de 1,3*1034 * 90 = 1036 cm-2. Pour plus de facilité, on convertit ce chiffre en barn inverse (1 b-1 = 1024 cm-2), on obtient alors une luminosité intégrée de 1012 b-1 = 1 pb-1, soit un inverse picobarn pour 90 secondes de collision dans le LHC.

ATLAS lumLe 10 août dernier, un détecteur de particules du LHC, ATLAS, annonçait avoir franchis la barre de 1 inverse picobarn. © ATLAS.

 

 

Etat des lieux du LHC

En ce mois d’octobre, le LHC a accumulé 2 inverse picobarns depuis sa mise en route fin mars 2010 car la machine ne fonctionne pas encore à sa luminosité maximale. Cependant, cette machine fonctionne de mieux en mieux : entre mars et août, le LHC avait fournit environ 1 inverse picobarn alors que  la semaine dernière, il lui a fallu seulement 13h pour fournir un autre inverse picobarn (la luminosité maximale était de 1032, soit 100 inverse microbarns par seconde). A titre de comparaison, il a fallu 2 ans au Tevatron  pour atteindre cette luminosité (l’autre grand accélérateur de particules aux Etats-Unis).

 

L’objectif du LHC pour 2010 a ainsi été accompli en ce mois d’octobre (2 inverse picobarns). Pour 2011, la machine doit atteindre un total de 1 inverse femtobarn, soit 500 fois plus. Il ne faut pas oublier que la plupart des particules recherchées par les détecteurs du LHC sont  produites par des collisions ayant une section efficace entre 1 picobarn et 1 femtobarn, il faudra donc attendre que cette quantité de données soit dépassée pour pouvoir annoncer des résultats sérieux. A suivre en 2011...

 

LHC_lumi-copie-1.jpg

Etat du LHC en ce dimanche 24 octobre au soir : les détecteurs ont une luminosité d'environ 100 inverse microbarn par seconde chacun.

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Phys. Particules/Quantique

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