Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

Benjamin Bradu

Ingénieur au CERN
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Spécialités : Cryogénie, automatique
et systèmes de contrôle
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Physique

Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 20:35

On pourrait penser que les physiciens et les climatologues savent parfaitement comment les nuages se forment dans notre atmosphère… Eh bien non !

clouds-color.jpg

Des physiciens fabriquant des nuages. © Noémie.


Il y a encore de nombreuses inconnues et nous ne savons toujours pas expliquer pourquoi nous observons autant de nuages ! Les modèles climatiques doivent d’ailleurs être corrigés « à la main » pour les phénomènes de création des nuages.


Les Aérosols et les nuages

Il y a dans notre atmosphère des aérosols autour desquels de la vapeur d’eau se condense sous forme de gouttelettes pour former un nuage.


Les aérosols sont de petites particules solides de l’ordre du milliardième de mètre (nanomètre) en suspension qui sont d’origines naturelles ou industrielles. Certains aérosols sont dangereux pour la couche d’ozone (comme les chlorofluorocarbures aujourd’hui interdits dans les bombes aérosols) mais d’autres sont inoffensifs comme les aérosols soufrés produits entre autres par les incendies de forêt ou la combustion de carburants fossiles dans nos voitures. Ces aérosols permettent la formation des nuages et luttent contre le réchauffement climatique puisqu’ils renvoient la lumière du soleil.  Certains scientifiques estiment d’ailleurs que le rejet d’aérosols par l’activité économique humaine compense le réchauffement climatique entraîné par les gaz à effets de serre. Des études montrent également des différences sur la formation de nuages entre les jours de la semaine et les week-ends à cause de l’activité humaine.


CLOUD

« Cloud » signifie « nuage » en anglais, mais c’est aussi un acronyme pour « Cosmics Leaving OUtdoor Droplets », une expérience menée au CERN par des physiciens pour mieux comprendre comment les nuages se forment, ou plutôt comment les aérosols sont créés dans l’atmosphère. En effet, aujourd’hui la quantité des différents gaz sous forme de vapeur dans l’atmosphère ne peut pas expliquer à elle seule la création d’autant d'aérosols, et donc d’autant de nuages: un autre phénomène doit avoir lieu pour créer ces aérosols.

 Cloud-CERN.JPGL’expérience CLOUD dans le complexe du PS au CERN. © CERN.


La réponse viendrait peut être du cosmos qui nous bombarde constamment de particules énergétiques appelées « rayons cosmiques », découverts au début du 20ème siècle.  Ces rayons cosmiques pourraient, lorsqu’ils traversent notre atmosphère, être responsables de la création d’aérosols entraînant la formation de nuages.


Les physiciens de CLOUD reconstituent un milieu proche de celui de l’atmosphère à différentes altitudes avec des concentrations de gaz extrêmement précises dans différentes chambres. Un accélérateur de particules du CERN, le Proton Synchrotron (PS) est ensuite utilisé pour générer des faisceaux de particules énergétiques (des pions) équivalents à des rayons cosmiques pour bombarder la chambre et observer le résultat. L’analyse des données doit permettre de mieux expliquer la formation de certains aérosols et à améliorer les modèles sur l’impact des aérosols sur le climat en général.  

 

 

cloud chamber

Chambre interne de l’expérience CLOUD. © CERN.


CLOUD est une collaboration internationale regroupant 18 instituts de 9 pays dont le CERN où a lieu l’expérience. Pour la petite info, c’est dans mon groupe de travail qu’est élaboré le système de contrôle de CLOUD manipulant tous les différents gaz pour obtenir des mélanges proches de ceux observés dans l’atmosphère.


Pour plus d’info sur les dernières trouvailles de CLOUD :

http://cloud.web.cern.ch/cloud/


http://press.web.cern.ch/press/PressReleases/Releases2011/downloads/CLOUD_SI_press-briefing_29JUL11-FR.pdf

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 15:23

J’ai une petite nièce qui veut devenir astrophysicienne, un métier qui peut faire effectivement rêver, mais en quoi consiste le métier d’astrophysicien ?

simu magneto

 

Premièrement, il faut distinguer les différentes disciplines de l’étude des astres (« astro » en grec) de manière à bien positionner les disciplines les unes par rapports aux autres. A noter que je ne parlerai pas de l’astrologie qui n’est pas une science mais un ensemble de croyances et de traditions humaines qui peuvent varier selon les civilisations.


L’astronomie

L’astronomie est la science qui s’occupe de l’observation et de la mesure des propriétés des astres (leur distance, leur taille, leur intensité, leur composition chimique, etc.) ainsi que de tous les phénomènes extra-terrestres. L’astronomie est donc essentiellement basée sur les techniques d’observation comme les télescopes permettant de détecter des rayonnements électromagnétiques (la lumière, les ondes radios, etc.) issus des différents astres. Voir un précédent billet sur La nature de la lumière ou l’électromagnétisme pour plus de détails sur le rayonnement électromagnétique.

 

VLTLe plus grand système de télescopes du monde en fonctionnement: le Very Large Telescope (VLT) situé sur un plateau à 2635 m d’altitude au Chili © ESO.


L’astronomie est un domaine très vaste contenant de nombreuses disciplines. On peut distinguer les disciplines selon le type de rayonnement observé (astronomie visible, radio, infrarouge, gamma, neutrino, X, ultraviolet, gravitationnelle) ou selon le type d’objet observé comme les planètes, le soleil, les étoiles, notre galaxie, les objets hors de notre galaxie (galaxies, pulsars, super novae, trous noirs, quasars, etc.). Toutes ces disciplines utilisent des technologies bien spécifiques pour observer et mesurer ces différents objets célestes.


L’astrophysique

L’astrophysique, comme vous l’avez sûrement compris, est un mélange d’astronomie et de physique. Plus précisément, l’astrophysique est une branche entière de la physique s’intéressant à tous les phénomènes physiques qui se produisent dans l’espace. La différence avec l’astronomie est que l’astrophysique a pour mission d’expliquer les phénomènes mis en jeu au sein des astres et de l’Univers alors que l’astronomie s’intéresse à leur observation. On trouve ainsi différentes branches en astrophysique, selon le sujet d’étude ou selon la théorie utilisée pour expliquer les phénomènes.


La planétologie est la science qui étudie toutes les planètes et autres corps en orbite autour d’une étoile comme les satellites naturels, les astéroïdes, les comètes, les micrométéorites (poussières de moins d’un gramme). Il est donc question ici des objets de notre système solaire (la Terre et la Lune incluses) mais également des planètes situées en dehors de notre système solaire depuis la découverte de la première exoplanète en 1995. La planétologie est fortement pluridisciplinaire puisqu’elle s’intéresse à la géologie, la géophysique, la chimie, la cartographie, la climatologie, etc.


L’astrophysique stellaire étudie quant à elle les étoiles. Elle essaye d’expliquer et de comprendre leur naissance, leur développement dans le temps ainsi que leurs structures parfois complexes. Elle fait donc appel à la thermodynamique, la physique des plasmas, la physique nucléaire et l’étude des rayonnements.


L’astrophysique galactique s’intéresse aux galaxies et cherche à connaitre comme pour les étoiles leur formation et leur évolution ainsi que leurs propriétés physiques et leur répartition. La statistique est ainsi fortement utilisée dans cette discipline en plus des autres domaines nécessaires à l’astrophysique stellaire.

 

nebuleuse helixLa nébuleuse de l’hélice (aussi appelée l’œil de Dieu) située à 700 années-lumière de la Terre prise par le VLT  © ESO.


La cosmologie est assez emblématique de l’astrophysique grâce à la théorie du Big-bang connue du grand public et très populaire, et parfois vivement controversée (principalement par les créationnistes). La cosmologie s’intéresse comme son nom l’indique au cosmos, c’est-à-dire à l’Univers dans son intégralité (on parlait de cosmos du temps de la Grèce antique, il désignait alors un monde clos ordonné, s’opposant au chaos). Les cosmologistes comme on les appelle essayent de retracer l’histoire de notre Univers vieux de 14 milliards d’années, ce sont un peu les historiens du cosmos. Il ne faut pas oublier que regarder loin dans l’espace revient à regarder loin dans le temps puisque la lumière voyage à une vitesse finie (300 000 km/s). Lorsqu’on regarde une galaxie à 13 milliards d’années-lumière, on la regarde telle qu’elle était il y a 13 milliards d’années (soit quelques centaines de millions d’années seulement après le Big-bang) : il s’agit du temps nécessaire pour que la lumière qu’elle émet atteigne notre œil.


L’astrophysique relativiste permet de comprendre les phénomènes physiques astronomiques qui se déroulent à très haute pression et densité d’énergie ou à des vitesses proches de celles de la lumière comme dans les trous noirs ou les étoiles à neutrons. Ces phénomènes ne sont généralement pas explicables par la physique dite « classique » comme la mécanique newtonienne et doivent faire appel aux théories relativistes comme la relativité générale ou la relativité restreinte, initialement élaborées par Einstein au début du 20ème siècle.


L’astrophysique nucléaire est une discipline transverse pouvant étudier les étoiles et l’univers lorsque des réactions nucléaires sont réalisées. Le meilleur exemple est la réaction nucléaire de fusion dans les étoiles transformant l’hydrogène en hélium.


L’astrophysique des particules traite les phénomènes des hautes énergies comme l’étude des rayons cosmiques.

 

soleilLe soleil est le siège de puissantes réactions thermonucléaires de fusion transformant l’hydrogène en hélium. © NASA.


Qui sont les astrophysiciens ?

Les astrophysiciens sont des gens normaux (si si, je vous assure) ayant une formation en physique leur permettant de maîtriser de nombreuses disciplines de la physique telles que la mécanique des fluides, la thermodynamique, la mécanique newtonienne, la mécanique relativiste, la physique des particules, etc. qui sont essentielles pour la compréhension des phénomènes astronomiques très divers et variés.


Aujourd’hui, la majorité des disciplines de l’astrophysique consistent de plus en plus à élaborer des modèles mathématiques basés sur les équations de la physique pour réaliser des simulations numériques sur ordinateurs. Ces simulations permettent de confirmer ou infirmer les différentes théories des astrophysiciens en les comparant avec les observations des astronomes. L’outil informatique et la modélisation sont donc des composantes transverses indispensables à presque toutes les branches de l’astrophysique.

 

simu cea

Simulation de la galaxie NGC 4254 (à droite) reproduisant fidèlement la distribution du gaz et la concentration de gaz de Virgo HI21 observé (à gauche). © CEA/SAp. 

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 13:25

Tout le monde connait les 3 états de la matière : solide, liquide et gaz. Cependant, peu de personnes sont capables de bien définir ces 3 états et il en existe d’autres que peu de gens connaissent.

états de la matière

Les états « classiques »

Prenez un glaçon (solide), mettez le dans une casserole et chauffez le : le glaçon va fondre en eau (liquide) puis l’eau va se vaporiser en vapeur (gaz). Ca y est, vous venez d’explorer la matière dans tous ses états !


Pour comprendre les différents états de la matière, on peut dessiner un diagramme de phases qui représentent les 3 états (ou phases) d’un élément en fonction de sa température et de sa pression. Dans le cas de l’eau à pression atmosphérique (1 bar), la phase est solide en dessous de 0°C, liquide entre 0°C et 100°C et gazeuse au dessus de 100°C. Le passage d’une phase à une autre porte un nom précis et se réalise à pression et à température constante, il y a donc des points (en fait des lignes) où 2 états de la matière coexistent lors du changement de phase.

 

diagramme etats

Diagramme de phases de l’eau


Il faut bien comprendre que pour connaitre l’état d’un élément, il ne suffit pas de connaitre sa température: sa pression est également indispensable! Par exemple, on peut obtenir de la vapeur d’eau à -10°C à très basse pression et de l’eau liquide à 300°C sous haute pression, ce qui peut s’avérer très pratique. L’eau liquide pressurisée à environ 300 °C est par exemple utilisée dans certains réacteurs nucléaires pour refroidir le cœur de la centrale (centrales de type EPR), voir ce billet sur le blog d’Alexandre Moatti.


Il existe également 2 points particuliers :

-  Le point triple où les 3 états coexistent ensemble (0,006 bar et 0,01°C pour l’eau).

-  Le point critique : au-delà de ce point, liquide et gaz ne sont plus distinguables et on parle alors de fluide supercritique (218 bar et 374 °C pour l’eau).  C’est en quelque sorte un état indéfini, car au-delà de ce point, les transitions de phase sont impossibles et donc il n’est plus possible de distinguer gaz et liquide.


Caractéristiques microscopiques et propriétés

Les solides sont caractérisés par un agencement des atomes très ordonnés et rapprochés. Il est donc très difficile de les comprimer car il y a peu d’espace entre les atomes. De plus, tous les atomes sont liés fortement les uns aux autres, ce qui confère aux solides une forme propre bien délimitée dans l’espace.


Les liquides sont caractérisés quant à eux par un agencement désordonnés des atomes mais toujours assez rapprochés, ils sont donc également difficilement compressibles. En revanche, les atomes sont peu liés les uns aux autres et les liquides ne possèdent donc pas de forme propre et peuvent d’évaporer facilement.


Les gaz sont caractérisés par un agencement des atomes désordonnés et espacés et peuvent ainsi être comprimé facilement. Les atomes ne sont pas liés les uns aux autres et sont très agités. Pour ces raisons, les gaz se répandent librement et n’ont pas de forme propre sans pouvoir être délimités.


Le verre

verre fusionLe verre est-il solide ou liquide ? La réponse parait évidente: solide ! Malheureusement, la réalité n’est pas aussi évidente. En effet, le verre serait plutôt un liquide extrêmement visqueux mais là encore, les avis divergent. Du point de vue microscopique, le verre ressemble vraiment à un liquide car il possède des atomes très désordonnés sans aucun schéma répétitif contrairement à un cristal qui lui est bien ordonné et appartient donc à la famille des solides. Du point de vue thermodynamique, là encore il est difficile de trancher, le verre est fabriqué à partir d’une phase liquide très chaude qui quand on la refroidit et ne subit pas la transition de phase normale vers le solide (cristal) mais une transition dite « vitreuse » et caractéristique du verre.

 

Mais attention tout de même, contrairement à certaines croyances, le verre ne coule pas et si les vitres de Versailles sont plus épaisses en bas qu’en haut ce n’est pas parce que le verre a coulé mais à cause du procédé de fabrication de l’époque.


La matière molle

tomate cubeLe problème est que les 3 états que je qualifie de « classiques » ne suffisent parfois pas à bien caractériser un état de la matière. Même des choses communes posent parfois problème. Par exemple, comment qualifieriez-vous la mousse à raser, du dentifrice, un gel douche ou bien de la gelée alimentaire ? La réponse n’est pas si aisée, surtout si on y regarde de plus près au microscope. En fait, on qualifie ces matières de « molles ».

 

La matière molle est une appellation qui regroupe les colloïdes (substances ayant 2 phases dont les particules d’une phase sont très petites et diffusées dans l’autre phase comme une mousse au chocolat), les cristaux liquides (les écrans de vos montres électroniques) et les polymères (ensemble de macromolécules comme les plastiques). Cette physique de la matière molle est très récente et a émergée il y a une quarantaine d’années, particulièrement avec le prix Nobel de physique français Pierre-Gilles De Gennes. L’étude de la matière molle constitue toujours un intérêt majeur pour la recherche qui ne cesse de progresser dans la compréhension de ces états de la matière qui intriguent.


Le plasma

Le plasma est un quatrième état de la matière bien à part qui est caractérisé par le fait que les électrons peuvent se mouvoir librement alors que dans les trois autres phases classiques (solide, liquide et gaz), les électrons sont liés aux noyaux des atomes en gravitant autour. Les plasmas sont obtenus en portant à très haute température un gaz ou en appliquant un important champ électrique, on parle alors de gaz ionisé.


Les plasmas sont très répandus dans l’univers (étoiles, quasars, pulsars)  mais sont également présents dans des phénomènes naturels terrestres comme les aurores boréales ou plus simplement les éclairs. Dans les applications domestiques, certains téléviseurs plats (écrans plasmas) utilisent cet état de la matière ainsi que dans ces fameuses « boules à plasma » qu’on trouve dans certains magasins de gadgets.

 

Lampe Plasma

 

Superfluide

Il existe également d’autres états bien distincts des autres par leurs propriétés exceptionnelles. C’est le cas des superfluides qui ne présentent pas de viscosité (ils s’écoulent parfaitement) à très basse température. Ce phénomène est observé uniquement en laboratoire et se produit avec de l’hélium refroidi en dessous de -271°C (2,2 K). Voir un de mes billets précédents sur les supers états.

 

Il existerait également un phénomène analogue sur les solides (supersolides) mais les observations sont encore controversées… Affaire à suivre.


Tout cela pour vous faire comprendre que la matière est parfois plus complexe qu’il n’y parait et que même les physiciens ont du mal à classer et comprendre toutes ces formes de matière parfois étranges.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 15:49

N’importe quelle personne a déjà entendu la phrase « cet échantillon a été daté au carbone-14 … » de la bouche d’historiens, de géologues, d’anthropologues ou d’archéologues. Mais c’est quoi le carbone-14 ? Quelle est la différence avec ce bon vieux carbone contenu dans nos mines de crayons de papier ? De plus, n’avez-vous jamais remarqué que les fossiles de dinosaures n’étaient JAMAIS datés avec ce fameux carbone-14, mais pourquoi donc ?
 

La radioactivité

Toute la matière qui nous entoure est composée d’atomes. Certains de ces atomes sont dit « stables » et demeurent invariants dans le temps, contrairement aux atomes dit « instables » qui viennent se désintégrer pour se transformer en d’autres atomes. Ce phénomène de désintégration porte un nom qui peut faire peur : la radioactivité !
 radioactif

Lors de ces désintégrations d’atomes instables, un rayonnement qualifié de « radioactif » est émis et c’est lui qui peut être dangereux pour l’homme. Mais pas de panique tout de même, la radioactivité est un phénomène naturel et nous vivons au milieu de nombreux éléments radioactifs inoffensifs pour l’homme à faible dose. A chaque seconde, des millions d’atomes de notre environnement se désintègrent pour en former d’autres par le phénomène de radioactivité naturelle. Cependant, certains éléments naturellement radioactifs peuvent être extrêmement nocifs pour l’homme lors de simples expositions comme le radium par exemple, découvert par Marie Curie et ayant entrainé sa mort (les rayonnements issus du radium, encore inconnu à cette époque, avait provoqué une leucémie).

 

Il existe aussi des éléments radioactifs issus de réactions nucléaires faites par l’homme pour produire de l’énergie dans les centrales nucléaires ou pour faire des bombes. Dans ce cas, on parle de radioactivité artificielle. La radioactivité artificielle fait généralement intervenir des atomes massifs avec des rayonnements radioactifs intenses qui sont extrêmement nocifs pour l’homme.
 

Les isotopes

Chaque élément qui nous entoure peut se présenter sous différentes formes selon la structure de son noyau atomique. Le noyau d’un atome est fait de protons et de neutrons normalement en nombre égal. Cependant, il existe des éléments dérivés ayant un nombre de neutrons différents et que l’on appelle isotopes. Ces éléments ayant le même nombre de protons mais un nombre différent de neutrons ont les mêmes propriétés chimiques et paraissent semblables mais ont une masse différente pouvant parfois entrainer des instabilités du noyau et les rendre ainsi radioactifs.

 

Exemple avec le carbone :

- Le carbone « normal » présent dans nos mines de crayons de papier possède 6 protons et 6 neutrons, soit 12 nucléons. On l’appelle alors « carbone-12 » ou « carbone » tout court.

- Il existe un isotope avec 2 neutrons supplémentaires (6 protons et 8 neutrons, soit 14 nucléons) appelé en conséquence « carbone-14 » ou encore « radio-carbone » car cet isotope est radioactif.
 

A ce jour, 117 éléments chimiques dans le tableau de Mendeleïev ont été observés (les plus lourds ont été créés artificiellement) et 2934 isotopes sont recensés par l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA). Tous les éléments possèdent des isotopes qui peuvent être stables ou instables. Presque tous les éléments possèdent un isotope stable entre l’hydrogène-1 et le bismuth-83 et ensuite, tous les atomes plus lourds sont instables. On peut observer jusqu’à 30 isotopes pour un même élément mais la plupart sont instables.

  carbone-14

Le carbone-14 dans un extrait de la  table des isotopes fournie par le  Services des Données Nucléaires de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique. 

Voir la Table des isotopes dans Wikipédia

Voir la Table des nucléides de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique

 

Le principe de la datation radiométrique

Tous les isotopes instables (et donc radioactifs) sont appelés des radio-isotopes car ce sont des isotopes radioactifs (on trouve également les termes synonymes radionucléides et radioéléments).
 

Les radio-isotopes présents sur Terre se désintègrent donc au fur et à mesure dans le temps mais certains peuvent être également créés par des réactions nucléaires naturelles dans notre atmosphère. L’idée de la datation radiométrique est de comparer la quantité de plusieurs radio-isotopes dans des échantillons de manière à retrouver l’époque à laquelle ils ont été formés.
 

Le radio-isotope le plus célèbre pour la datation est le carbone-14. Notre atmosphère possède une concentration constante de carbone-14 dans le temps, ceci signifie qu’il y a autant de carbone-14 qui se désintègre que de carbone-14 qui se créé dans notre atmosphère : lorsqu’un neutron énergétique venu du cosmos vient « frapper » un atome d’azote de l’air, ce dernier se transforme en carbone-14 et un proton est expulsé en même temps.

 cycle carbone

Le cycle du carbone-12 et du carbone-14

(source : Pierre-André Bourque, Planète Terre)

 

Toutes les plantes absorbent du carbone contenu dans l’atmosphère (du carbone-12 et du carbone-14 de manière indifférente) et la chaine alimentaire fait que tous les animaux et les hommes en contiennent également. Lorsqu’un organisme vivant meurt, le carbone qu’il contient est piégé et seule la proportion de carbone-14 va diminuer à cause de la désintégration de ce dernier qui est un isotope radioactif.
 

Les radio-isotopes se désintègrent plus moins vite selon une exponentielle décroissante (voir la figure ci-dessous). Chaque radio-isotope possède une propriété appelée « demi-vie » ou « période radioactive » qui correspond au temps nécessaire pour que la moitié d’une population de ce radio-isotope se désintègre. Dans le cas du carbone-14, cette demi-vie est d’environ 5730 ans.

  C14 pourcentage

Evolution du nombre d’atomes de carbone-14 dans le temps

 

Pour dater un échantillon organique (comme un os d’homme préhistorique par exemple), il suffit alors de « compter » le nombre d’atomes de carbone-12 et de carbone-14 et d’en déduire combien de temps s’est écoulé depuis que cet organisme est mort. La proportion normale de carbone-14 par rapport au carbone total est d’environ 14C/C = 10-12. Ceci signifie qu’il y a 1 atome de carbone-14 pour mille milliards d’atomes de carbone dans un organisme vivant !
 

Exemple : Si dans un échantillon, on mesure 10 milles milliards d’atomes de carbone, il devait y avoir 10 atomes de carbone-14 lorsque cet organisme est mort. Si aujourd’hui, on dénombre seulement 5 atomes de carbone-14, cet échantillon sera daté de 5730 ans car la moitié des atomes de carbone-14 auront été désintégrés !
 

Les instruments de datation

Les 2 principales méthodes utilisées pour dater des échantillons organiques contenant du carbone-14 sont la scintillation liquide et la spectrométrie de masse.
 

La scintillation liquide consiste à « compter » des produits de la désintégration du carbone-14. Ce dernier se désintègre naturellement et émet un neutron et un électron un peu spécial surnommé particule « beta moins » (désintégration β-). La scintillation liquide consiste alors à placer un mélange scintillant qui va venir émettre un photon à une énergie bien précise qui pourra ensuite être détecté par un système électronique lorsque cette fameuse particule beta la traversera.
       beta moins

La spectroscopie de masse consiste quant à elle à « compter » les atomes de carbone-12 (stable) et de carbone-14 (radioactif) directement grâce au fait que ces 2 isotopes ont des masses différentes. Cependant, comme la proportion de carbone-14 est extrêmement faible, le spectromètre de masse doit être couplé à un accélérateur de particules permettant alors de mettre en place des techniques de détection beaucoup plus fiable.

 

Pour plus d’info sur ces deux techniques, je vous conseille de visiter le site du centre de datation par le radiocarbone de Lyon (CNRS).

 

La fiabilité de la méthode

Comme toute méthode scientifique expérimentale, la datation au carbone-14 peut subir des biais expérimentaux qu’il faut prendre en compte de manière à effectuer des datations précises.
 

Depuis la révolution industrielle, l’homme a produit du carbone-12 en très grande quantité via son industrie (mais pas de carbone-14), ce qui a pour effet de modifier le rapport entre le carbone-12 et le carbone-14 dans notre atmosphère. A contrario, les premiers essais thermonucléaires dans l'atmosphère ont produit de très grandes quantités de carbone-14. L’homme a donc « déréglé » le cycle du carbone et donc déséquilibré la proportion de carbone-14 durant le siècle dernier ce qui rend la datation au carbone-14 difficile pour le 20ème siècle. Si on effectuait une datation au carbone-14 sur un arbre au bord d’une autoroute, on pourrait le dater vieux de 2000 ans à cause de sa grande concentration en carbone-12 absorbé à cause des rejets des pots d’échappements des voitures.
 

De plus, des évènements géologiques majeurs comme des éruptions volcaniques ou des grands feux de forêt ont pu dégager une très grande quantité de carbone-12 dans l’atmosphère déréglant également la proportion de carbone-14 dans certaines régions à certaines époques.

 

Cependant, l’histoire de la Terre est de mieux en mieux connus et les résultats bruts obtenus par les analyses de carbone-14 sont ajustés par des courbes de calibration réalisées par d’autres méthodes de datation. La dernière courbe de calibration s’appelle InitCal04 et permet de corriger précisément les données obtenues par analyse de carbone-14 jusqu’à 26 000 ans calendaires (26000 ans depuis aujourd’hui, soit 24000 ans av. JC). D’autres courbes peuvent néanmoins faire des corrections jusqu’à 50 000 ans comme CalPal.

  C14 calibration

Dérive des dates obtenues par analyse de carbone-14 par rapport aux âges calendaires obtenus par la méthode uranium -  thorium sur des coraux

  

Et les dinosaures dans tout ca ?

Les dinosaures sont apparus il y a 250 millions d’années et se sont éteints il y a 65 millions d’années. Les traces de carbone-14 de cette époque ont complètement disparues. La plupart des chercheurs estiment qu’au-delà de 30 000 ans, il y a trop peu de carbone-14 restant pour permettre une datation précise. Il faut donc utiliser d’autres isotopes, ayant une durée de vie beaucoup plus longue.
dino
      

Dans le cas des dinosaures, on utilise les isotopes d’uranium-238, d’uranium-235 et de potassium-40 qui possèdent des durées de demi-vie supérieures au million d’années. Le problème est que les os et les fossiles n’absorbent pas ces isotopes mais en revanche, les roches et les sédiments environnant le peuvent. L’idée est donc la suivante : on utilise la radiométrie sur les sédiments entourant les fossiles pour les dater à l’aide d’un radio-isotope approprié (style potassium-40) ce qui permet ensuite de donner une fourchette sur l’âge du fossile contenu dans ces sédiments.
 

D’autres techniques de datation ont permis de conforter les résultats obtenus à l’aide de ces méthodes en analysant des échantillons d’acides aminés ou les changements du champ magnétique terrestre au cours du temps.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 13:10

Le son est une chose si familière dans notre vie quotidienne que l’on en oublie souvent la signification physique qui est loin d’être facile à comprendre. Je vais donc essayer ici de vous en donner un meilleur aperçu.

onde_sonore.jpg

J’ouvre mon petit robert sur mon bureau et je vais à la page 2396, là où se trouve le mot ‘son’ : « Sensation auditive causée par les perturbations d’un milieu matériel élastique fluide ou solide (spécialement l’air). »

 

Je n’aime pas trop cette définition, je fonce ouvrir mon dictionnaire de physique pour voir ce qu’il dit : « Onde mécanique correspondant à la propagation de déformations et de contraintes dans un milieu élastique ou visco-élastique. » C’est mieux mais déjà plein de mots compliqués dans cette courte phrase qui demande une analyse détaillée…

 

Le son est une onde

Une onde, c’est simplement une oscillation qui se propage comme une vague dans la mer ou les cercles autour d’une pierre jetée dans un lac. Attention, il n’y a pas forcément transport de matière, on le voit bien quand on regarde une mouette flotter sur la houle : elle monte et descend au gré des vagues sans véritablement avancer. Ce qui avance, c’est la vague, et c’est ce que les physiciens appellent une onde. On parle d’ondes mécaniques lorsque ce qui se propage est une déformation mécanique (comme une vague qui déforme la surface de l’eau ou séisme qui fait « trembler » la surface de la Terre).

 

cercles_eau.jpg


 

Une onde dans les milieux élastiques

Voilà donc la nature du son : une onde mécanique. On parle alors d’ondes acoustiques, ou plus communément d’ondes sonores, lorsqu’une déformation se propage dans un milieu élastique.

 

Un milieu élastique est un élément qui peut se déformer sous l’action d’une contrainte mécanique (une force) et reprend sa forme initiale lorsque cette contrainte disparait.

 

Par exemple, une éponge est un milieu élastique : lorsque qu’on la compresse, elle se déforme puis quand on la relâche, elle reprend sa forme initiale. Les liquides comme l’eau sont également des milieux élastiques ainsi que les gaz comme l’air mais aussi les solides ! Eh oui, lorsqu’on applique une faible force sur un solide comme un mur de béton, il se déforme (très faiblement) et reprend ensuite sa forme. Même si cette déformation est extrêmement faible, cela permet au son de se propager !

 

Conclusion : le son se propage partout du moment qu’il y a un support matériel : il se propage dans le béton, dans les éponges, dans l’eau, et bien évidemment dans l’air ! En fait, le son est le résultat de la vibration des molécules (ou des atomes) les unes par rapport aux autres.

 

Le son est créé par ce que les physiciens appellent une onde de compression longitudinale, encore un mot barbare ! Une onde de compression est le résultat de la compression et de la dilatation des molécules du support en question (l’air, l’eau, le béton, etc.) de manière oscillatoire. Ce phénomène a pour conséquence de faire osciller la pression locale et de produire du son. Cette oscillation est le fruit de 2 causes antagonistes :

- Une force de rappel : si une molécule bouge, elle bouscule sa voisine qui se met alors en mouvement. Il y a alors une propagation du mouvement de proche en proche.

- L’inertie du milieu qui tend à « freiner » ce mouvement et à ramener les molécules dans leur position initiale.

  son_onde.jpg

 

On parle en plus d’ondes longitudinales car le son se propage dans le même sens que l’onde (contrairement à une vague en mer qui est transversale car l’eau monte et descend alors que la vague avance horizontalement).

 

Dans le cas des solides cristallins, ce sont les atomes qui vibrent les uns par rapport aux autres et cette vibration est transportée par une quasi-particule appelée phonon (une quasi-particule n’a pas de réalité matérielle mais on peut assimiler ce phénomène physique à une particule virtuelle se propageant dans le solide).

 

Le vide est le royaume du silence

En revanche, s’il n’y a rien (dans le vide), le son ne peut pas se propager car il n’y a pas de support pour véhiculer une déformation mécanique quelconque : un vaisseau spatial qui explose dans l’espace comme dans la guerre des étoiles ne peut pas propager de son à travers l’espace car ce dernier est ‘rempli’ de vide !!


Une fameuse expérience est l’expérience du réveil dans une cloche à vide : on enferme un réveil dans une cloche en verre et on le fait sonner : on entend parfaitement le son. On commence alors à pomper l’air dans la cloche en verre de manière à faire le vide : le son du réveil diminue petit à petit jusqu’à disparaitre complètement !!


 


Exemple de la voix

Dans le cas d’une conversation entre 2 personnes dans une pièce, la vibration des cordes vocales fait « vibrer » l’air provenant de nos poumons qui est ensuite modulé à l’aide de notre larynx puis de notre bouche (lèvre, palais, lèvres). L’air expulsé déforme ainsi l’air à proximité de notre bouche et cette déformation se propage dans l’air ambiant de proche en proche dans toutes les directions jusqu’à arriver à un éventuel auditeur où cette onde sonore est « décodée » dans ses oreilles puis interprétée par son cerveau.

C'est le même phénomène avec une enceinte qui va bouger d'avant en arrière pour faire bouger l'air à proximité et provoquer une onde sonore (sur les grosses enceintes, on voit nettement le déplacement de la membrane de l'enceinte).

 

 

La vitesse du son

Comme le son est une onde, elle se déplace à une vitesse finie (c’est-à-dire non infinie). Cette vitesse dépend principalement de la densité du matériau dans lequel le son se propage. La vitesse du son dépend ainsi du matériau, de la température et de la pression ambiante qui modifie la densité des matériaux.

 

On apprend à l’école que le son se propage à une vitesse de 300 mètres par seconde dans l’air (c’est-à-dire 1080 km/h). Cette vitesse peut paraitre rapide au premier abord mais il est très facile d’ « observer » cette vitesse pendant les orages où l’on voit les éclairs avant  d'entendre les coups de tonnerre associés. Explication : l’éclair et le tonnerre se produisent au même moment là où la foudre tombe. Pour un observateur situé à quelques kilomètres, l’éclair est vue quasi instantanément car la lumière de l’éclair se propage à 300 000 kilomètres par seconde : même si la foudre tombe à 5 kilomètres, l’éclair est vu en 0,000016 seconde alors que le son du tonnerre va mettre 5000/300 = 16 secondes à arriver à nos oreilles. D’où la technique qui consiste à compter les secondes entre éclair et tonnerre et à diviser les secondes par 3 pour obtenir la distance à laquelle la foudre est tombée en kilomètres (quand j’étais gamin j’adorais faire ce calcul et je continue à le faire car ça m’impressionne toujours).

  foudre

 

La vitesse du son dans l’air augmente avec la température et si on compare la vitesse du son dans l’air avec d’autres milieux on s’aperçoit que le son est très lent dans l’air :

- Vitesse du son dans l’air à -10°C : 325 m/s

- Vitesse du son dans l’air à 20°C : 340 m/s

- Vitesse du son dans l’air à 30°C : 350 m/s

- Vitesse du son dans l’eau : 1 480 m/s

- Vitesse du son à travers un mur en béton : 3 100 m/s

- Vitesse du son à travers une fenêtre en verre : 5 300m/s

 

Mesurer le son

Comme toutes les ondes, une onde sonore peut être défini par 2 grandeurs : sa fréquence et son amplitude.

 

La fréquence d’une onde sonore reflète la hauteur d’un son et se mesure en Hertz (Hz). Plus la fréquence est grande, plus le son est aigu et plus la fréquence est faible, plus le son est grave. L’oreille humaine est capable de détecter les sons entre 20 Hz (basse extrêmement grave) de 20 kHz (bruit strident très aigu). Sur un piano classique, le ‘la’ moyen est à 440 Hz alors que le ‘la’ le plus grave est à 27 Hz et le ’do’ le plus aigu est à 4186 Hz. Vous pouvez visiter cette page pour tester votre ouïe et écouter différents sons à différentes fréquences. Au-delà de 20kHz, on parle d’ultrasons et en dessous de 20Hz d’infrasons.

 

L’amplitude d’une onde sonore reflète le volume sonore (ou l’intensité). En physique, l’intensité sonore se mesure en Watt par mètre carré mais cette unité de mesure est peu pratique et ne reflète pas la sensibilité de l’oreille humaine qui accepte mieux les sons graves qu’aigus. On utilise alors une échelle en décibel qui permet de mesurer l’intensité d’un son à partir d’un son de référence. On prend comme référence 0 dB qui correspond au seuil de détection de l’oreille humaine (équivalent à 10-12 W/m²). De plus, pour compenser le fait que l’oreille humaine tolère mieux les sons graves qu’aigus, une correction est apportée de manière à pondérer les intensités selon les fréquences. On parle alors de décibel pondéré « A », noté dB(A), dans le cas de l’oreille humaine (pas d’atténuation à 1kHz, -50dB à 20Hz et -10dB à 20kHz).

 

decibelA

Pondération de l’intensité sonore pour rendre compte de la sensibilité de l’oreille humaine selon des fréquences (courbe A)

 

Attention, le décibel est une échelle logarithmique, ce mot compliqué veut dire qu’une augmentation de 3dB correspond au doublement de la puissance sonore (ce n’est pas linéaire). Donc quand on dit qu’un spectateur reçoit 110 dB lors d’un concert et qu’un marteau piqueur produit un bruit de 120 dB, cela signifie que le marteau piqueur est 8 fois plus bruyant que le concert ! Une différence de 100 dB correspond donc à une multiplication du niveau sonore d’un facteur 10 milliards! On comprend alors pourquoi on utilise le décibel et pas une échelle linéaire.

 

Une petite échelle de comparaison pour mieux se rendre compte:

- 0dB : seuil audible pour une oreille humaine (en général on détecte plutôt à 4dB)

- 30 dB : lieu très calme à la campagne, chuchotement

- 60dB : conversation courante

- 80 dB : restaurant bruyant, grand magasin

- 110 dB : concert ou discothèque

- 120 dB : marteau piquer

- 140 dB : avion au décollage

- 180 dB : fusé Ariane au décollage

 

Bon à savoir : à partir de 85 dB, il y a danger pour l’oreille humaine et à partir de 130 dB, c’est de la douleur pure et simple. Pour lutter contre le bruit trop présent dans notre société : http://www.moinsdebruit.com/.

 

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 13:37

J'étais presque étonné de voir que je n'avais jamais publié de billet sur les unités physiques en presque trois ans de blog ! Voici chose réparée !

Les unités sont essentielles en physique, c'est même une caractéristique. En y réfléchissant bien, les mathématiques permettent l'élaboration de théories abstraites en formant des relations logiques entre des nombres et des lettres. S'il vous vient l'idée saugrenue de rajouter des unités appropriées derrière ces nombres et ces lettres, vous ne faites plus des mathématiques, c'est de la physique !!

 

Je rappelle qu’il n’y a jamais de majuscule aux unités écrites en toutes lettres, même quand c’est un nom propre comme pour le newton. En revanche, l’abréviation comporte une majuscule si c’est un nom propre comme le « N » pour le newton.

Historique

Une des premières unités physiques au sens moderne a sans doute été la coudée de Nippour en Mésopotamie, vieille de plus de 5000 ans, permettant la mesure des longueurs. Elle représente la distance entre le coude et l’extrémité de la main (elle est évaluée à 51,8cm, +/- 1mm). Cette unité était largement utilisée dans tout le monde antique. La coudée était divisée en pieds et en doigts mais les valeurs et les divisions pouvaient changer selon les différentes civilisations. Ainsi, le pied de Nippour était de 27,65cm, le pied romain mesurait 29,5cm et le pied français environ 33,34cm. Oui, Charlemagne devait avoir de grands pieds, cela correspond à une pointure de 53, ce qui est étonnant car il était tout petit, et même sa mère « Berthe au grand pied » était surnommée de la sorte car elle avait un pied plus grand que l’autre...

Si la longueur a été la première quantification physique, il a ensuite fallu quantifier beaucoup d’autres grandeurs. La mécanique est une des premières « vraies » disciplines de la physique. Pour faire de la mécanique, il faut avant tout quantifier des longueurs, des temps et des masses. On peut ensuite déduire des vitesses, des accélérations et des forces. On comprend bien ici l’importance des unités et des mesures, d’une part pour faire des calculs cohérents et d’autre part pour vérifier expérimentalement les différentes théories.

Lorsqu'un nouveau concept physique est découvert, il faut parfois créer de nouvelles unités. L’électricité a ainsi nécessité la création de nouvelles unités comme l’Ampère qui quantifie un courant électrique et le volt qui a été défini en fonction d’autres unités (1 V = 1 (m².kg) / (s3.A)).

Unités, équations

La première règle pour vérifier une équation physique est de vérifier son homogénéité : en effet, chaque côté d’une égalité (ou d’une inégalité) doit avoir la même unité sous peine de non sens. 3 bananes ne peuvent pas être comparées à 3 pommes ! Le meilleur exemple est le calcul d’une vitesse : Une vitesse (V, en mètre par seconde) doit être égale à d’autres vitesses ou à des longueurs (L, en mètre) divisées pas des temps (T, en seconde). De cette manière on obtient bien des m/s de chaque coté du signe égal. Ex : V1 = V2 + L / T est homogène. Cette vérification de base apparemment triviale peut devenir très compliquée à vérifier dans des équations comportant plusieurs dizaines d’unités différentes dépendantes les unes des autres.

Etalon et métrologie

Pour valider une théorie physique, il faut faire des mesures et plus l’on veut « tester » une théorie, plus il faut réaliser une « bonne » mesure. Un étalon est essentiel pour que tout le monde ait la même référence. Un étalon est un objet (fabriqué par l’homme ou non) qui joue le rôle de référence. Le premier étalon d’origine humaine date de 2650 av JC pour définir la coudée de Nippour (voir le lien ici). Je ferai dans l’avenir un billet dédicacé à la métrologie que l’on peut considérer comme une science à part entière : la science de la mesure.

Les Systèmes d'unités

Un système d'unités est un ensemble d'unités indépendantes entre elles permettant de définir toutes les autres.  Le Système International d'unités (SI), également appelé système métrique, a été adopté en 1960 par la Conférence Générales des Poids et Mesures par pratiquement tous les pays du monde. Il définit les 7 unités suivantes comme indépendantes:

- Le mètre (m) définit la longueur.  Nicolas Sarkozy mesure 1,65 m.

- La seconde (s)  définit la durée. Le record du monde du 100m est 9,69 s.

- Le kilogramme (kg)  définit la masse. Mon dictionnaire de physique a une masse de 1 kg.

- Le kelvin (K)  définit la température. La température moyenne à la surface de la Terre est de 288 K.

- L'ampère (A)  définit l'intensité électrique. Une ampoule classique est traversée par un courant de 0,3 A.

- La mole (mol)  définit une quantité de matière. Un verre d'eau contient environ 11 mol.

- Le candela (cd)  définit une intensité lumineuse. Une bougie classique émet environ 1 cd.

Les scientifiques essayent autant que possible de définir ces unités à partir de constantes physiques invariantes dans le temps et dans l’espace, évitant au maximum de se baser sur un étalon d’origine humaine ayant des imperfections et pouvant être altéré dans le temps. Ainsi, le mètre a été redéfini en 1983. Il était auparavant défini à partir d’une barre étalon fabriquée dans un alliage de platine et d’iridium conservée précieusement au pavillon de Breteuil à Sèvres (Hauts-de-Seine). Désormais, un mètre est défini comme la distance parcourue par la lumière pendant 1/299 792 458 secondes dans le vide, cette dernière étant considérée constante selon la théorie de la relativité. Dans toutes les unités du Système International, seul le kilogramme est toujours défini à partir d’un étalon, un cylindre en platine iridié conçu en 1889 par le Bureau des poids et mesures. La seconde est basée sur la période de radiation des atomes de césium 133, le kelvin sur le point triple de l’eau, la mole sur le nombre d’atomes dans 12g de carbone 12, le candela selon un rayonnement lumineux très précis. L ‘ampère, quant à lui, est un peu plus compliqué car défini dans un cadre théorique et aucune autre définition satisfaisante n’a été trouvée.

 

Le cylindre de platine iridié faisant officie de kilogramme-étalon 

Autres unités

Ces 7 unités permettent de définir les autres grandeurs physiques, appelées unités dérivées. Ces unités dérivées peuvent encore être reconverties en d'autres unités arbitraires. Il en existe ainsi une quantité impressionnante. Dans mon dictionnaire de physique récemment acheté, il y a environ 150 unités physiques définies à la fin. Prenons par exemple, la pression, qui s'exprime en de nombreuses unités « parlantes ». Une pression s'exprime à partir du système SI en pascal. 1 pascal est équivalent à 1 Newton par mètre carré : 1 Pa = 1N/m².

Néanmoins, on exprime souvent les pressions à l'aide d'autres unités par commodité ou pour des raisons historiques. En hydraulique, on utilise souvent comme unité de pression le bar (1 bar = 100 000 Pa),  les météorologues parlent en hecto pascal (100 Pa), ce qui est équivalent à 1 mbar (0,001 bar) mais on emploie également l'atmosphère normale (atm) qui est égale à 102 325 Pa ou encore l'atmosphère technique (at) égale à 98066,5 Pa. En revanche, les médecins utilisent le torr comme unité de pression dans le corps (1 Torr = 133,322 Pa), ce qui correspond à la pression exercée par une colonne de 1 mm de mercure. Cependant, votre médecin vous parlera plutôt en centimètres de mercure (cmHg). Quand le médecin vous dit que vous avez une tension de 12/8, cela signifie que vous avez une pression systolique de 12 cmHg et une pression diastolique de 8 cmHg, soit respectivement 15986 Pa et 10658 Pa.

Tout cela pour dire qu'il est parfois difficile de se retrouver dans toutes ces unités et qu'il est fort utile d'utiliser les unités du système SI pour une meilleure compréhension de tous. De plus en plus, les Etats-Unis passent au système métrique mais ce n'est pas toujours le cas. Je lis régulièrement des articles ou des livres scientifiques américains et dans certains, tout est en degré fahrenheit, foot, gallon, pound, pound per square inch (psi), et autres délires du système anglo-saxon. En fait, tous les pays du monde utilisent officiellement le système SI sauf le Libéria, la Birmanie et les Etats-Unis !

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 17:33


Je viens d’acquérir un dictionnaire que je vous conseille vivement : le dictionnaire de physique de Richard Taillet, Loïc Villain et Pascal Febvre édité chez De Boeck, il vient juste de paraître. Il y a plus de 5300 définitions de physique succinctes mais suffisantes dans tous les domaines : mécanique solide et fluide, thermodynamique, acoustique, électromagnétisme, optique, physique des particules, physique quantique, astrophysique, etc. On y trouve également les grands personnages ayant marqué la Science. En plus, à la fin figure un index anglais-français (fort utile pour écrire une thèse) et quelques rappels de mathématique ainsi que la liste des constantes et unités utilisées en physique. Le tout pour la somme modique de 35€ !

Le mouvement
Quel rapport avec le titre ? Eh bien les pages 209, 210, 211 et 212 de ce dictionnaire sont pleines de forces : 23 entrées commençant par le mot « force » ! Qu’est-ce qu’une force en physique ? En mécanique, une force permet le mouvement d’un objet. Une force est un vecteur, cela signifie qu’elle possède une intensité qui se mesure en Newton mais également une direction et un sens qui correspondent à la direction et au sens du mouvement engendré.

Histoire de Twingo

Par définition, une force de 1 Newton permet d’accélérer un objet de 1 kilogramme de 1 mètre par seconde à chaque seconde. Avec ma Twingo de 850 kilogrammes, je fais 0-100km/h en 20 secondes sur du plat, le moteur a donc fourni en moyenne une force de 850*(100/3.6)/20 = 1200 Newton pendant 20 secondes! En fait, c’est faux, la Twingo a dû fournir beaucoup plus ! Ce calcul est valable uniquement dans l’espace (dans le vide) et ma Twingo n’est pas équipée pour. Sur Terre, il faut rajouter la force de gravité de la Terre, les frottements de l’air qui génèrent une force inverse au déplacement de la Twingo (donc qui freine), dite force de frottement ou de friction (tiens, encore 7 entrées commençant par le mot « frottement » dans le fameux dictionnaire). Il y a également les frottements des roues sur le sol qui freinent la voiture. Le calcul complet avec les frottements est tout de même assez simple et se fait en classe de terminale il me semble…


La Terre génère des forces

Voici la raison des 4 pages de forces dans le dictionnaire ! Il existe une multitude forces, de diverses origines. La plus connue, c’est le poids, également appelée force gravitationnelle, à ne pas confondre avec la masse !!! Le poids correspond à la force que la Terre exerce sur les objets possédants une masse, il est égal à notre masse multipliée par l’accélération gravitationnelle de la Terre (le fameux « g » égale en moyenne à 9,81 m/s²). Une personne ayant une masse de 80 kg pèse 785 Newton sur Terre en moyenne. Je dis « en moyenne » car le poids varie selon l’emplacement sur Terre. J’ai d’ailleurs fait un billet spécial à ce sujet : Le poids sur Terre.

Outre la force gravitationnelle que l’on ressent constamment, la Terre exerce 2 autres forces plus subtiles, la force centrifuge due à la rotation de la Terre sur elle-même qui tend à nous expulser vers le ciel et la force de Coriolis qui agit sur les objets en mouvement sur la Terre qui est en rotation. On la ressent également quand on se déplace sur un manège qui tourne, c’est elle qui nous fait « dévier » par rapport au référentiel du manège. La force de Coriolis est en fait une force fictive car elle résulte de l’accélération d’un référentiel en rotation par rapport à un autre. La force de Coriolis créée par la Terre se ressent sur les objets de grandes tailles en mouvement comme les cyclones qui tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère nord et dans le sens inverse dans l’hémisphère sud.

Le cyclone Katrina tourne dans le sens des aiguilles d’une montre à cause de la Force de Coriolis

Attention : le sens de rotation de l’eau dans les éviers n’a rien à voir avec la force de Coriolis comme on peut l’entendre dans des conversations de comptoir, c’est une idée reçue !

Les Souris tournent dans l’évier dans un sens aléatoire (qui dépend de la forme du récipient, de la position du robinet, de l’agitation des souris, etc.)

Les forces en physique des particules

En physique des particules, on ne parle que de 4 forces fondamentales, ou plutôt de 4 interactions fondamentales qui expliquent toutes les interactions de la matière !

1 – Force de gravité

La première est la force de gravitation que nous avons déjà abordée avant. Elle est véhiculée par des particules appelées gravitons mais elles sont encore mal connues car difficiles à détecter, je ne rentre pas dans les détails…

2 – Force électromagnétique

Il y a les forces d’origine électrique issues des interactions entre les charges électriques, c’est la force de Coulomb qui fait de l’électricité statique sur votre pull-over. On observe également des forces magnétiques comme dans les aimants que l’on colle sur nos réfrigérateurs. En combinant ces 2 forces (électrique + magnétique) on obtient la force électromagnétique, dite de Lorentz . Elle est véhiculée par les photons (oui, ce sont ces petits grains de lumière).

Détails dans des précédents billets : Le magnétisme et la nature de la lumière ou l’électromagnétisme

3 – Force Faible

Souvent appelée interaction nucléaire faible, elle est relativement complexe à comprendre. C’est elle qui permet la désintégration (bêta) de certaines particules en d’autres, entraînant un phénomène découvert par Becquerel et Marie Curie : la radioactivité. On la surnomme « faible » car son intensité est très faible comparée aux autres forces et elle n’est observable que sur de très courtes distances, de l’ordre du milliardième de milliardième de mètre. Seuls les quarks et les leptons y sont sensibles (comme l’électron par exemple). Elle est véhiculée par les bosons W et Z, découverts au CERN dans les années 80.

Collisions entre protons et anti-protons au CERN à Genève dans le SPS ayant permis la découverte des bosons W et Z en 1982.

A haute énergie, la force faible peut être couplée avec l’interaction électromagnétique, ces 2 interactions unifiées forment alors l’interaction électrofaible, encore plus fondamentale donc :  2 en 1 !

4 – Force Forte

C’est elle qui nous tient « collé » en un seul morceau. En effet, cette force permet la cohésion entre les particules qui constituent les noyaux des atomes, c’est-à-dire les quarks. Je rappelle que les protons et les neutrons ne sont pas des particules élémentaires car ils sont constitués de ces fameux quarks.

J’aime utiliser la métaphore de l’élastique pour expliquer cette force : vous tendez un gros élastique à peine tendu entre vos 2 mains, la force exercée sur chaque main est relativement faible. Maintenant vous écartez les mains, l’élastique se tend et la force qui tend à rapprocher vos main augmente, vous avez de plus en plus de mal à écarter les mains ! La force forte, c’est comme un élastique qui tient les quarks : plus ils s’éloignent les uns des autres, plus la force augmente et ils restent donc bien groupés. Pour les séparer, ils faut apporter une énergie colossale, c’est ce que les accélérateurs de particules font… Evidemment il n’y a pas d’élastique dans l’histoire mais des gluons, ce sont eux qui sont porteurs de cette force, jouant le rôle de « glu ».

Plasma de quarks et de gluons issu de la collisions d’ions d’or dans l’accélérateur RHIC au Brookhaven National Laboratory près de New York

On appelle désormais l’interaction forte l’interaction de couleur, mais pourquoi ? Un physicien des particules vous répondra : « facile, c’est parce que les quarks possèdent une couleur !» . Je vous sens septique ? vous avez raison, rien à voir avec une vraie « couleur » au sens propre, c’est juste un délire des physiciens qui ont attribué aux quarks les couleurs verte, bleue et rouge pour illustrer leurs propriétés physiques au même titre qu’une charge électrique dans l’interaction électromagnétique. Il y a aussi du jaune, du cyan et du magenta pour les anti-quark (les anti particules des quarks) et nos chers gluons sont bicolores, il y en a donc 9 mais en fait il ne sont que 8 pour des histoires symétriques bien compliquées… Oui, la physique des particules est étrange… Pour votre gouverne, cette histoire de couleur, c’est la théorie de la chromodynamique quantique, essayez donc de placer ce mot dans une conversation mondaine, vous ferez sensation !

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 30 mars 2008 7 30 /03 /Mars /2008 19:26

La semaine dernière, une ancienne camarade de promotion qui travaille en Floride me demande :

« Sais-tu ou je peux trouver la valeur de l’accélération gravitationnelle de la Floride. Il semble qu'il y ait une différente significative entre Paris et ici, du coup problème pour la vente d'instruments de mesure en Floride si le calibrage est fait à Paris!!! »



Elle travaille dans une boite qui fabrique des appareils de mesure de force et de couple (Com-Ten) à Saint Petersburg en Floride et si ces appareils sont assez sensibles, il y a effectivement une différence entre Paris et la Floride. C’est pour cette raison que les fusées américaines décollent de la Floride à Cap Canaveral (le Cap Kennedy) et que les fusées françaises décollent depuis Kourou en Guyane Française, juste au dessus du Brésil. Reste à comprendre pourquoi exactement nous sommes moins lourds près de l’équateur que près des pôles.

Je vous rappelle rapidement la différence entre le poids et la masse. Un objet possède une masse exprimée en kilogramme, elle est intrinsèque à l’objet. Par exemple ma voiture à une masse de 820Kg (oui c’est peu, c’est parce que je roule en Twingo). Le poids, quant à lui, est une force exercée par la Terre sur les objets possédant une masse et il s’exprime en Newton (l’unité officiel pour les forces). Toute masse produit un champ de gravité exerçant une accélération gravitationnelle (c’est la fameuse force de gravitation). L’accélération provoquée par la Terre est d’environ 9,8 m/s² sur les objets.

Cela signifie qu’un objet qui « tombe » dans le champ de gravité de la Terre est accéléré de 9,8 m/s à chaque seconde (9,8m/s = 35,28 km/h). Notez que la vitesse est indépendante de la masse de l’objet qui tombe. Si ma Twingo de 820Kg, un Hummer H1 de 3500 Kg et mon stylo de 30g tombent sur Terre en chute libre (en négligeant les frottements de l’air) les 2 voitures et le stylo auront une vitesse de 35 km/h après 1seconde de chute, 353 km/h après 10 secondes de chute etc… A cause des frottements de l’air, ces vitesses sont évidemment réduites.

On pose comme hypothèse que l’objet pesé est immobile (pas de force de Coriolis), qu’il est pesé sous vide (on néglige le Poids de l’air) et que les forces de marées dus à la Lune et au Soleil sont négligeables. Dans ce cadre, l’accélération gravitationnelle ressentie g (en magenta sur la figure) à la surface de la Terre (autrement dit, notre poids apparent) est principalement composée de 2 forces :

- La force de gravité exercée par la masse de la Terre (en rouge). Elle est inversement proportionnelle au carré du rayon de la Terre et de l’altitude et est dirigée vers le centre de la Terre. ga = (G * M)/(R+z)²  avec G la constante de gravitation, M la masse de la Terre, R  le rayon de la Terre et z l’altitude.

- La force centrifuge provoquée par la rotation de la Terre sur elle-même (en bleu). Cette force varie selon la latitude. Elle est maximale à l’équateur et inexistante aux pôles. gc = d * O² avec d la distance entre l’objet pesant de l’axe de rotation de la Terre et O la vitesse angulaire de rotation de la Terre.

 



En faisant quelques recherches, je me suis aperçu qu’il est extrêmement difficile (voir impossible) de calculer à partir de formules simples sa distance jusqu’au centre de la Terre avec une bonne précision car la Terre n’est pas ronde et le rayon n'est donc pas constant. Elle est très irrégulière et aplatie aux pôles. Le meilleur modèle que j’ai pu trouvé est le modèle de la Terre ellipsoïde utilisé dans les GPS avec le système géodésique WGS 84. On assimile dans ce cas la Terre à une ellipse, son demi grand axe à l ‘équateur est égale à a= 6378.137 km et son demi petit axe au pôle est égale à b= 6356,7523142 km. De cette manière on peut calculer le rayon à une latitude donnée telle que :

 

J’ai donc appliqué tous ces petits calculs pour calculer l’accélération gravitationelle à l’équateur, au pôle, à Paris et à Miami. Voici mes résultats :

  EQUATEUR POLE PARIS MIAMI
Latitude 90° 48,51° 25,47°
rayon 6378 km 6357 km 6366 km 6374 km
g
9,766 m/s² 9,866 m/s² 9,822 m/s² 9,785 m/s²


J’ai comparé mes résultats avec les résultats fournis par l’Agence Nationale d’Imagerie et de Cartographie américaine qui s’occupe du GPS et j’observe une erreur relative maximum de 0,1%, ce qui est raisonnable…

On observe une différence d’accélération supérieure à 1% entre les pôles et l’équateur et de 0,38% entre Paris et Miami, ce qui n’est pas négligeable.

Une personne vivant à Paris de 80kg aura l'impression d'être plus légère de 300 grammes à Miami (environ 3 Newtons de moins sur le Poids).

Mieux, pour une fusée style Ariane 5 qui à une masse de 750 tonnes au décollage, il y a un écart de 28 000 Newton entre Paris et Miami. C’est comme si la fusée « pèse » 2,8 tonnes de moins à Miami qu’à Paris. Voilà donc pourquoi on lance les fusées près de l’équateur !!

 

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 21:05

On entend souvent: « La lumière est une onde électromagnétique ». Ce qui est vrai dans un sens mais la nature est subtile et cette définition de la lumière est insuffisante. La lumière peut être assimilée à une onde électromagnétique dans une certaine mesure mais tous les phénomènes observés ne peuvent être expliqués par cette onde.

La physique quantique nous explique que la lumière peut être assimilée, soit à une onde, soit à des petits corpuscules (appelés photons) selon les expériences réalisées: c’est la dualité onde-corpuscule. Je n’irai pas plus loin dans l’explication quantique de ce concept complexe, je vous propose ici une tentative d’explication de cette « onde » qui se prétend « électromagnétique ». Quelques équations sont écrites mais n’ayez pas peur.

Le mot « électromagnétisme » est un mélange d’ électricité et de magnétisme.

- L‘électricité, est définie en physique, comme un déplacement d’électrons. Pour une description plus approfondie, voir un billet précédent intitulé L’électricité.

- Le magnétisme a été défini dans le billet précédent : Le magnétisme

Maintenant, fusion et interaction des deux phénomènes : la théorie électromagnétique, établie par James Maxwell vers 1860, eh oui, cela ne date pas d’hier. Outre Maxwell, on compte un grand nombre de génies qui ont contribué à cette grande théorie :Lorentz, Gauss, Ampère et Faraday !!

L’électromagnétisme est une théorie d’unification. Cela veut dire qu’à partir des mêmes équations, tous les phénomènes électriques et magnétiques peuvent être expliqués. Le but étant évidemment de faire interagir les phénomènes avec un minimum d’équations. Pour l’électromagnétisme il y a juste 4 équations aux dérivées partielles (les fameuses équations de Maxwell), qui s’écrivent à l’aide de quelques lettres uniquement mais qui renferment une quantité incroyable d’informations. Maxwell lui même ne soupçonnait pas tout. C’est grâce à l’électromagnétisme qu’est née la théorie de la relativité restreinte d’Einstein. L’existence des ondes électromagnétiques est contenue dans ces équations.

MAXWELL-copie-2.jpg
Ecrit de cette manière on ne le voit pas, mais la vitesse de la lumière est cachée dedans. Le coefficient du deuxième terme de l’équation (4) est égale à e0.m0. Ces deux constantes représentent la permittivité électrique et la perméabilité magnétique du vide. Peu importe leurs significations physiques, retenons juste que la première (e0, prononcez epsilon zéro) se rapporte aux phénomènes électriques et la deuxième (m0, prononcez mu zéro) aux phénomènes magnétiques. Ce sont 2 constantes intrinsèques au vide, et ce qui est « magique » c’est que la vitesse de la lumière dans le vide (représentée par la lettre ‘c’ comme célérité) découle directement de ces 2 constantes (étonnant non ?) : lightspeed-copie-1.jpg

Désormais, c’est la vitesse de la lumière (c) et la perméabilité magnétique (m0) qui permettent de calculer la permittivité électrique e0 car c et m0 peuvent être mesurés avec une grande précision expérimentalement. On peut « sentir », juste en regardant ces dépendances entre grandeurs, que la lumière est directement liée à l’électricité et au magnétisme.

On parle d’interaction électromagnétique car une particule chargée se déplaçant à une certaine vitesse interagit avec le champ électrique ET avec le champ magnétique. Le champ électromagnétique entraîne une force électromagnétique F appelée force de Lorentz qui est la somme de la force électrique et de la force magnétique : F=qE + qv x B.

Si on a un champ magnétique et un champ électrique perpendiculaires l’un à l’autre et que ces 2 champs oscillent, on obtient une onde, appelée onde électromagnétique qui se propage à la vitesse de la lumière, tout cela se déduit des équations de Maxwell et cette onde, c’est tout simplement LA lumière !!

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Cette onde est caractérisée (entre autre) par sa longueur d’onde (appelée lambda) qui est la distance entre 2 crêtes. Cette longueur, peut varier de plusieurs mètres jusqu’à quelque cent millième de milliardième de mètre, l’ensemble de ces longueurs s’appelle un spectre et celui des ondes électromagnétiques est décomposé en 7 grandes tranches selon la taille de la longueur d’onde :

-         Plus de 10cm, ce sont nos ondes radio. Ce sont elles que votre antenne de voiture capte pour écouter de la musique.

-         Entre 1mm et 10cm, ce sont les micro-ondes qui permettent de chauffer votre café le matin dans votre four micro-onde (si vous en avez un, pas comme moi).

-         De 1 à 500 millionième de mètre, ce sont les infra-rouges. Votre corps en dégage par rayonnement, c’est comme ça dans les films que le héros peut ‘voir’ des personnes à travers les murs.

-         De 400 à 700 milliardième de mètre, c’est la lumière !! Oui notre fameuse lumière qu’on cherchait est en fait une onde électromagnétique ayant une certaine longueur d’onde. Nos yeux sont en fait capable de détecter uniquement ces ondes électromagnétiques. Chaque longueur d'onde est 'capturée' par notre oeil et 'interprétée' par notre cerveau par une couleur. Cette plage de longueur d’onde va du rouge au violet.

-         De 10 à 400 milliardième de mètre, ce sont les ultra-violets. Ceux que nous envoie le Soleil peuvent provoquer des coups de soleil.

-         Entre 10 et un centième de milliardième de mètre, ce sont les fameux rayons X. Ces ondes électromagnétiques sont utilisées dans les hôpitaux pour faire les radios car nos os arrêtent ces ondes mais pas le reste de notre corps.

-         Pour des longueurs encore plus petites, ce sont des ondes très énergétiques, appelées rayons gamma. Elles sont en général produites par des processus nucléaires et accompagnent la radioactivité.

Il faut bien comprendre ici que tous ces rayonnement ont le même support et proviennent du même phénomène : l’électromagnétisme. On voit ici que ces ondes font parties de notre quotidien, ne serait-ce que pour « voir », il me semble donc important que monsieur tout le monde ait une petite idée, même si elle est un peu fausse ou pas très juste, de ce qu’est une onde électromagnétique !

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Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 23:54

On m’a demandé quelques renseignements le mois dernier sur le magnétisme et l’électromagnétisme. J’en profite donc pour faire une petite introduction au magnétisme permettant ensuite d’introduire dans un prochain billet l’électromagnétisme. 

Le magnétisme est subtil à saisir. Pour une personne n’ayant pas été trop contaminée dans sa jeunesse par les sciences, quand elle pense à magnétisme, elle voit en premier un aimant permanent, ces petits magnets (en anglais) qui se collent sur le réfrigérateur.
1magnet.jpg Ces aimants permanents sont constitués d’un matériau magnétique dur ayant comme caractéristique de générer un champ magnétique permanent. Ah… Encore un mot qui fait peur : champ magnétique. Voilà mon explication, qui me paraît ni trop compliquée, ni trop fausse : un champ magnétique possède une intensité (qui se mesure en Tesla) et une direction dans l’espace en exerçant une force sur les objets qui « baignent » dans ce champ. C’est comme une rivière qui coule : elle coule dans une direction avec une certaine force entraînant avec elle le sable, les poissons, les nageurs… Le champ magnétique est créé, non par une source d’eau, mais par des aimants, des électroaimants et des déplacements de charges électriques. Un électroaimant est une bobine de fil conducteur (comme du cuivre) dans laquelle circule un courant. La circulation de ce courant dans la bobine produit un champs magnétique.

Le champ magnétique entraîne (entre autre) 4 phénomènes importants :

-        La force de Laplace. Le champ produit une force qui s’exerce sur les charges électriques en déplacement. C’est grâce à cette force que l’on vient modifier la trajectoire des particules chargées électriquement (électrons, protons…) dans les accélérateurs de particules et les détecteurs. Pour les matheux, F= qv x B où ‘F’ est la force en question, ‘q’ est la charge électrique, ‘v’ est la vitesse de la charge, ‘B’ est le champs magnétique et le symbole ‘x’ est un produit vectoriel.  

-      Le ferromagnétisme est le phénomène qui permet de rendre fortement magnétique certains  métaux lorsque ces derniers sont soumis à un champ magnétique. Il existe des matériaux magnétiques doux  (Fer, Cobalt, Nickel…) qui s’aimantent et se désaimantent facilement et des matériaux magnétiques durs (Néodyme-fer-bore, samarium-cobalt) qui ont ensuite une aimantation permanente, ce sont nos petits aimants de réfrigérateur. 

-        Le paramagnétisme. On peut considérer les atomes comme de petits aimants permanents (l’explication quantique vient du fait que les atomes possèdent un spin et un moment orbital cinétique dû aux électrons, le spin nucléaire est quant à lui négligeable). Lorsqu’un champ magnétique est appliqué sur ces matériaux (Aluminium, Sodium, Uranium, Calcium, Mathésium, Lithium…), tous les atomes de ces matériaux vont venir s’aligner dans la direction du champ magnétique. 

-      Le diamagnétisme. Lorsque un matériau, quel qu’il soit, est soumis à un champ magnétique, un champs magnétique inverse est alors créé par ce matériau. Ce champ magnétique résultant est proportionnel mais très inférieur au champs magnétique appliqué, ce phénomène est toujours masqué par le ferromagnétisme et le paramagnétisme. Il existe néanmoins une exception : les supraconducteurs. Dans ces matériaux, le diamagnétisme est parfait. Cela veut dire que le champ magnétique créé par un supraconducteur est égal au champ qu’on lui a appliqué, c’est ainsi que l’on peut faire léviter un aimant permanent au dessus d’un supraconducteur (la photo est réalisée sans trucage) !!!
1levitation.JPG

 Voilà pour les raisons et les effets des champs magnétiques. On parle également de champ magnétique terrestre ou solaire, qu’est-ce donc ?


Notre belle planète bleue (bleue pour longtemps encore j’espère bien que ce soit mal barré), possède un noyau métallique liquide (de fer et de nickel) qui bouge. On obtient donc des électrons qui se déplacent, un courant électrique est ainsi créé dans une boucle conductrice se déplaçant dans un champ magnétique : c'est l’effet dynamo. Notre planète est une dynamo géante ! C’est une force mécanique (le mouvement du noyau liquide) qui induit une force électromagnétique. Le phénomène qui peut paraître simple en apparence est en fait très complexe et de nombreux scientifiques travaillent sur des simulations numériques de ce phénomène encore mal compris, on appelle cela la magnétohydrodynamique.

1terre_magnetique.jpg
De plus, le champ magnétique de la Terre aurait tendance à s’inverser, parfois stable pendant 100 000 ans, parfois pendant plusieurs millions d’années, ce phénomène est également encore mal compris. Ce champ magnétique est de 47 millionième de Tesla en France, relativement élevé. On peut assimiler la Terre à un aimant droit permanent, ayant un 
pôle nord et un  pôle sud. On utilise le mot «  pôle nord » à tort car ce que nous appelons généralement le « pôle nord » sur nos cartes est en fait le « pôle sud magnétique» de la planète. On le constate bien sur une boussole ou le « pôle nord » de l’aiguille (qui est généralement rouge) s’oriente vers le « pôle sud magnétique » de la planète que nous avons appelé par erreur historique « pôle nord » !!

 

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Physique
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