Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

Benjamin Bradu

Ingénieur au CERN
ben.jpg
Spécialités : Cryogénie, automatique
et systèmes de contrôle
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Technologies

Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 19:07

Tout le monde connait les images d’échographie faites chez les femmes enceintes pour voir les futurs bébés. Mais comment ces images sont-elles obtenues ?

echo1trim

Echographie d’un fœtus de 3 mois mesurant 4,5 cm.


L’échographie est une technique d’imagerie médicale non invasive (pas de substance à injecter dans les patients) et complètement inoffensive pour l’organisme, contrairement aux autres techniques d’imageries médicales qui peuvent utiliser des rayons ionisants radioactifs (radiographies), de puissants champs magnétiques (IRM) ou des agents de contraste radioactifs (comme la Tomographie par Emission de Positrons).


Des ultrasons qui rebondissent

L’échographie utilise les ultrasons. Ce sont des ondes acoustiques hautes fréquences qui sont inaudibles par l’homme (les ultrasons ont une fréquence de 20kHz à 1GHz). Voir ce billet de blog sur le son pour plus de détails sur les ondes sonores.


Les ultrasons pénètrent plus ou moins bien dans les différents milieux qu’ils traversent. La résistance à la propagation d’une onde acoustique s’appelle une impédance acoustique (généralement notée Z) et se mesure en Pascale seconde par mètre (Pa.s/m). Cette impédance est en fait égale à la densité du matériau multipliée par la vitesse du son dans ce matériau (Z = D * c). Donc plus un matériau est dense et plus la vitesse du son est importante, plus l’impédance acoustique augmente.



Densité

(kg/m3)

Vitesse du son

(m/s)

Impédance acoustique

(Pa.s/m)

Air

1,204

343

413

Eau

1000

1480

1,48 millions

 

De plus, une partie des ondes sonores (et donc les ultrasons) rebondissent lorsque l’impédance acoustique change, c’est-à-dire aux interfaces entre les différents milieux. C’est pour cette raison que sous l’eau, on entend très peu ce qui se passe à la surface car une grande partie des ondes sonores rebondissent sur l’eau et très peu sont transmises sous l’eau car les impédances de l'eau et de l'air sont très differentes.


Le principe de l’échographie revient à balayer à l’aide d’ultrasons une zone à étudier (par exemple l’utérus d’une future maman) et de mesurer et d’analyser les ondes ayant rebondi aux différentes interfaces (l’écho des ultrasons) de manière à reconstituer une image des différents milieux traversés.


Les liquides vont renvoyer très peu d’écho et apparaitront alors en noir à l’écran, les tissus mous renverront un peu d’écho et apparaitront en gris selon l’impédance de ces derniers, et les os ayant une impédance très forte (entre 3,6 et 7 millions Pa.s/m) formeront une image bien blanche.

 

ultrasons foetus

Réflexions des ultrasons aux interfaces des milieux traversés (dessin de Noémie).

 

 

L’échographe

Pour une échographie, le médecin utilise une sonde qui remplit 2 fonctions :


- Emission : La sonde balaye une zone à l’aide d’ultrasons. Ces derniers sont générés à l’aide de matériaux piézoélectriques comme des céramiques qui se déforment lorsqu’ils sont soumis à un champ électrique. Cette déformation entrainent des ondes ultrasonores et la fréquence réglable permet de pénétrer plus ou moins profondément dans le corps selon le type d’échographie réalisée (on augmente la fréquence pour pénétrer plus en profondeur). Le balayage est ensuite assuré soit par un système mécanique, soit par un dispositif électronique de manière à balayer un secteur. C’est pour cette raison que les échographies se présentent généralement sous forme d’une image dans un cône correspondant à la région balayée par la sonde.

 

- Réception : La sonde capte les échos des ultrasons réfléchis aux interfaces. L’écart de temps entre l’émission et la réception permet de connaitre précisément la profondeur où l’onde a rebondi. De plus, la sonde mesure l’amplitude de l’écho permettant de savoir si une partie importante a été réfléchie ou pas.

 

Le signal reçu par la sonde est ensuite amplifié par un système électronique puis chaque ligne de tir est reconstituée pour former une image en 2 dimensions. Un point variant entre le noir et le blanc est alors créé en fonction de l’intensité de l’écho. L’espace entre les lignes de tirs est alors complété par interpolation entre les différentes données obtenues de manière à créer une image continue.

 

matrice echo

Formation d’une image d’échographie ( Source: ENSTA)

 

On applique également un gel échographique sur la zone à analyser. Ce gel possède une impédance acoustique proche de celle de la peau de manière à ce qu’il n’y ait pas d’air entre la peau et la sonde car l’air ayant une impédance très faible fausserait les mesures. C’est également pour cette raison que l’échographie ne peut pas être utilisée comme méthode d’imagerie médicale pour les poumons ou la trachée qui contiennent de l’air.


Echographie 3D

 Une nouvelle technique d’échographie dite « 3D » a vu le jour durant la dernière décennie et est désormais monnaie courante dans les examens gynécologiques pour voir les fœtus en 3D ! La technique de balayage diffère de l’échographie 2D classique car 3 plans de balayages perpendiculaires sont réalisés pour obtenir des informations volumiques. Des techniques perfectionnées de traitement des données et de rendu surfacique permettent ensuite de reconstituer une image en 3 dimensions.

 

echographie-3D

Echographie 3D d’un fœtus de 3 mois (Source : Le journal des Femmes)


Cette « échographie en relief » permet de diagnostiquer plusieurs malformations du fœtus qui sont extrêmement difficiles à diagnostiquer en échographie 2D, particulièrement les malformations de la face, de la colonne vertébrale et des membres.


En conclusion

L’échographie utilise la réflexion des ultrasons aux interfaces des différents milieux pour reconstituer une image interne de notre corps en noir et blanc. Cette méthode est donc entièrement inoffensive et convient particulièrement bien aux femmes enceintes pour voir le fœtus dans l’utérus (échographie gynécologique). De plus, l’échographie est facile à mettre en œuvre et peu chère pour une imagerie médicale.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 20:20

Les sous-marins intriguent les plus petits comme les plus grands et font toujours l’objet de curiosités et de questionnements… D’où vient donc ce pouvoir de fascination ?

 Alex_SousMarin2.jpg

Le Drakkar sous-marin vu par Alex

 

Quel enfant n’a jamais rêvé de pénétrer dans un sous-marin ? C’est aujourd’hui possible dans de nombreux sous-marins démantelés et mis en exposition comme l’Argonaute (sous marin des années 50) à la cité des sciences de la Villette à Paris ou le Redoutable à Cherbourg (le premier sous marin nucléaire français). Cependant, il est souvent difficile de se faire une idée de leur fonctionnement, ce que je vais donc essayer de vous expliquer dans ce billet.


Le sous-marin se différencie du bathyscaphe par sa capacité à pouvoir se déplacer en surface de l’eau ainsi que sous l’eau dans les 3 dimensions (le bathyscaphe ne peut se déplacer que selon l’axe vertical). Un sous-marin est donc doté d’un système de propulsion et de safrans de direction (gouvernails) pour se mouvoir dans les 3 dimensions ainsi que d’un ensemble de ballasts pour plonger et « flotter entre deux eaux ».


Le principe physique

Les sous-marins sont basés sur le principe de la poussée d’Archimède qui dit que « Tout corps plongé dans un fluide au repos, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé ; cette force est appelée poussée d'Archimède ». On peut formuler cette loi de manière mathématique en écrivant que la force résultante de cette poussée verticale vers le haut est égale à : F = rho* V * g où « rho » et « V » sont la densité et le volume du fluide déplacé et « g » est l’accélération gravitationnelle (environ 10 m/s2 pour la Terre).


Appliquée au sous-marin, cette loi physique implique que pour faire demeurer le sous marin sous l’eau à une profondeur constante, sa densité doit être égale à la densité de l’eau. Si la densité du sous-marin est supérieure, il coule et si sa densité est inferieure, il remontera vers la surface.


Comme les sous-marins doivent maitriser leur densité pour monter ou descendre et qu’ils ont un volume constant, un système de ballasts pouvant se remplir d’eau ou d’air permet de modifier la masse et donc la densité du sous-marin. Les ballasts sont des réservoirs situés entre la coque extérieure et la coque intérieure des sous-marins. Elles sont disposées symétriquement de manière à bien équilibrer le sous-marin et peuvent être reparties différemment selon le type de sous-marin. Il existe aussi des volumes plus petits appelés régleurs qui permettent de maitriser précisément la masse du sous-marin pour adapter sa densité exacte en fonction du nombre de personnes et d’équipement à son bord. 

 

ballastesRépartition des ballasts dans différents types de sous marins.

Source : http://codingrulz.free.fr/fichiers/ballast.htm

 

La coque

Plus on plonge profondément, plus la pression exercée par l’eau sur le sous-marin est importante : c’est le principe de Pascale qui peut s’écrire : dP = rho * g * dz avec « dP » la différence de pression en Pascal, « rho » la densité du liquide ou du gaz, « g » l’accélération gravitationnelle (environ 10 m/s2 pour la Terre) et « dz » la différence de hauteur, c’est-a-dire la profondeur pour un sous-marin.


Dans le cas d’un sous-marin à 10 mètres de profondeur sous l’eau (rho=1000 kg/m3 pour l’eau) la pression augmente donc de dP = rho * g * dz = 1000 * 10 * 10 = 100 000 Pascal = 1 bar.


Pour un sous-marin qui plonge à 200 m, il doit donc endurer des pressions de 20 bars sur sa coque car on veut conserver une pression de 1 bar à l’intérieur. Pour supporter ces pressions, les sous-marins possèdent 2 coques : la coque extérieure permet d’isoler les ballasts et ne subit aucune pression, elle est donc légère et sa forme est calculée pour être aérodynamique dans l’eau alors que la coque intérieure doit être suffisamment épaisse et élastique pour encaisser les changements de pression. Il faut en général augmenter l’épaisseur de la coque intérieure de 10 mm pour pouvoir résister à une augmentation de pression de 10 bar (soit environ 100 m).


Le pilotage

Les sous-marins possèdent un système de propulsion pour se déplacer en translation selon 1 axe ainsi qu’un ensemble de safrans de direction pour modifier la trajectoire et l’inclinaison du sous-marin comme dans un avion. Les salles de contrôles des sous-marins modernes ressemblent donc plus à un cockpit d’avion qu’à une cabine de bateau.


Des caisses d’assiettes permettent également un équilibrage longitudinal du sous-marin de manière à le conserver horizontal ou selon un angle précis avec l’horizon quelques soit les déséquilibres dus aux mouvements de personnes et de matériels à l'intérieur.

 

USS Seawolf Control RoomSalle de contrôle du sous-marin américain USS Seawolf ( SSN 21)

 

Les systèmes de propulsion

Le système de propulsion d’un sous-marin doit répondre à 3 grandes exigences :

- Prendre le moins de place possible en prenant en compte le combustible embarqué.

- Etre le plus silencieux possible pour ne pas se faire repérer par des sonars.

- Fonctionner de manière anaérobie autant que possible, c’est-à-dire sans utiliser d’air vu qu’en immersion totale, le milieu extérieur est l’eau et non l’air.

 

La propulsion mixte diesel-électrique a été la méthode de propulsion la plus utilisée dans la première moitié du 20ème siècle, particulièrement lors des deux guerres mondiales.  Le principe consiste à utiliser un moteur diesel en surface qui est bruyant et nécessite de l’air pour fonctionner tout en rechargeant des accumulateurs électriques qui pourront par la suite alimenter un moteur électrique lors des plongées car les moteurs électriques sont silencieux et anaérobies (ils fonctionnent sans air). Le problème de cette technique est que les accumulateurs électriques prennent beaucoup de place pour une autonomie réduite, en générale une dizaine d’heures.

 

Pour remédier à ce problème majeur entrainant une grande vulnérabilité des sous-marins, les hollandais inventèrent un tube à air périscopique appelé schnorchel qui permet de faire fonctionner les moteurs diesels lorsque le sous-marin est à quelques mètres de profondeur. Ce tube dépasse de 1 mètre environ du niveau de l’eau et permet de faire une entrée et une sortie d’air pour les moteurs diesels (le sous marin est donc nettement moins visible). Les têtes des schnorchels ont par la suite été équipées par les Allemands d’un clapet permettant d’éviter l’entrée d’eau dans le tube en cas de mer agitée.

 

 Alex SousMarin1

Merguez partie au dessus du Schorchel (dessin d'Alex)

 

La propulsion nucléaire est le type de propulsion le plus utilisé dans les 50 dernières années pour les sous-marins militaires qui recherchent une grande autonomie sous-marine de manière à couvrir de grandes distances sans avoir besoin de remonter à la surface. Le premier sous-marin nucléaire de l’histoire est le sous-marin américain Nautilus (1954).

 

Un réacteur nucléaire (généralement à eau pressurisée) fournit de la chaleur grâce à la fission nucléaire de combustible tel que l’uranium. Cette chaleur permet d’évaporer de l’eau entrainant une turbine à haute vitesse. Cette turbine est ensuite couplée à un alternateur produisant de l’électricité pour alimenter un moteur électrique faisant tourner l’hélice du sous-marin (la turbine peut également entrainer directement l’hélice mais il y a toujours un alternateur pour fournir de l’électricité dans tout le sous-marin)

sousmarin nucleaireSchéma de fonctionnement d'un sous-marin nucléaire

 

La propulsion nucléaire comporte tous les avantages requis dans un sous-marin : le combustible prend peu de place et demande peu de réapprovisionnement (à titre d’exemple, le sous-marin nucléaire français Rubis peut fonctionner 30 ans sans approvisionnement). De plus, l’autonomie en plongée est de plusieurs mois tout en gardant une puissance de propulsion importante en immersion totale (contrairement aux autres propulsions).


Les AIP (Air Independent Propulsion) représentent une autre classe de propulsion permettant au sous-marin de fonctionner avec un type de propulsion classique mais sans apport d’air tout en  s'affranchissant du danger que peu représenter un système à propulsion nucléaire. La première solution AIP a été d’utiliser la propulsion classique diesel mais en recyclant les gaz d’échappement en réinjectant de l’oxygène stocké sous forme liquide à bord (peu d’autonomie). Les suédois utilisent quant à eux une propulsion mixte moteur Stirling-électrique pouvant fonctionner sans air. Un moteur Stirling est un moteur à combustion externe nécessitant simplement un gaz à comprimer et à détendre avec une source chaude et une source froide. Enfin la propulsion AIP la plus prometteuse est sans doute l’utilisation de la pile à combustible hydrogène comme le sous-marin allemand Unterseeboot type 212 ayant une autonomie anaérobie complète de 3 semaines avec une signature acoustique faible.


AIP.jpg Schéma de principe du procédé Stirling de Kockums.

Source : Zone sous-marin

 


PS : Encore merci à Alex pour ces petits dessins spécialement faits pour ce billet.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Vendredi 30 avril 2010 5 30 /04 /Avr /2010 21:34

Vous avez sans doute déjà vu de jolies images noir et blanc en trois dimensions prises à l’aide d’un Microscope Electronique à Balayage mais comment fonctionne cet instrument ?

  oeil mouche

Un œil de mouche grossis 100, 1000 et 10 000 fois à l’aide d’un MEB (cliquer pour agrandir)

Images du Service commun de microscopie électronique de l’Institut Carnot de Bourgogne

 

Le microscope Electronique à Balayage (MEB en français ou SEM en anglais pour Scanning Electron Microscope) est un instrument scientifique permettant de réaliser des images de la surface d’objets en 3 dimensions avec une très haute résolution de l’ordre du nanomètre (milliardième de mètre). La résolution d’un instrument de grossissement est définit par la taille minimale détectable par l’œil humain sur l’image produite par cet instrument. Ceci signifie qu’une image produite par un MEB permet de différencier distinctement 2 points séparés de moins d’un nanomètre.

 

Depuis la fin des années 60, le MEB est un instrument commercialisé pour les instituts de recherche dans le monde qui ont besoin de « voir » à l’échelle nanométrique. Aujourd’hui, un MEB coûte entre 150 000 euros et presque un million d’euros pour les modèles ultra perfectionnés avec les logiciels appropriés.

 

Les microscopes optiques

Les microscopes « classiques », c’est-à-dire « optiques », utilisent des lentilles pour focaliser la lumière traversant un échantillon placé sur une lamelle de verre de manière à grossir l’image de l’objet. Ces microscopes ne peuvent donc observer que des échantillons « plats » et la résolution maximale de ces microscopes est de l’ordre de 200 nanomètres. Ceci signifie qu’il est impossible avec un microscope optique de discerner des détails inférieurs à 200 nanomètres. Cette limite physique s’explique par le fait que la lumière visible possède une certaine longueur d’onde (entre 400 et 700 nanomètres) et qu’il est impossible d’observer des détails ayant une taille inférieure à environ la moitié de cette longueur d’onde (voir la nature électromagnétique de la lumière pour plus de détails sur la lumière).

  microscope optique Un microscope optique et une cellule humaine vue à l’aide de ce microscope

 

Fonctionnement du MEB

 Le MEB n’utilise plus la lumière comme vecteur pour « voir » mais un faisceau d’électrons comme son nom le laisse suggérer car la longueur d’onde des faisceaux d’électron est beaucoup plus petite que celle des photons. De plus, le rayon d'un faisceau d’électron peut avoisiner le nanomètre. Les MEB ont une résolution qui se situe entre 0,4 et 20 nanomètres (soit 500 fois plus que le meilleur microscope optique réalisable).

 MEB hitachi

Un MEB  commercialisé par Hitachi

 

Le principe général est en somme assez simple: l’échantillon à observer est balayé par un faisceau électronique et on vient détecter les électrons secondaires de très faible énergie qui sont produits suite au bombardement de l’échantillon. Ces électrons secondaires sont amplifiés, détectés puis interprétés pour reconstruire une image en fonction de l’intensité du courant électrique produit. Le MEB réalise donc une topographie de l’échantillon à analyser, c’est pourquoi le MEB fournit des images en noir et blanc où chaque nuance de gris est le résultat de l’intensité du courant détecté.

 

Un MEB est constitué des éléments suivants :

-Un canon à électron qui envoie un faisceau d’électrons (source d’électrons primaire).

-Une lentille magnétique qui focalise les électrons comme peut le faire une lentille optique avec la lumière de manière à obtenir un faisceau très fin et focalisé.

-Des bobines de balayage permettant balayer la surface de l’échantillon à observer avec le faisceau d’électrons. Ces bobines sont positionnées perpendiculairement de manière à faire parcourir des lignes au faisceau de la même manière que dans une télévision.

-Une pompe à vide permettant de faire le vide dans l’enceinte où se trouve l’échantillon. En effet, pour obtenir une mesure précise, il est important de faire le vide dans l’enceinte (environ 10-3 Pascal).

-Un détecteur permettant de détecter les électrons secondaires. Un détecteur d’Everhart-Thornley est généralement utilisé. Les électrons secondaires sont « captés » grâce à un champ électrique positif d’environ 500 Volts de manière à diriger les électrons vers un scintillateur convertissant ces derniers en photons. Les photons ainsi produits sont envoyés vers un photomultiplicateur via une fibre optique pour retransformer les photons en un nombre important d’électrons qui sera mesurable par un dispositif électronique classique. Ce type de détecteur est utilisé pour faire de l’imagerie en électron secondaire mais il existe d’autres techniques d’imagerie comme l’imagerie en diffraction d’électrons rétrodiffusés (EBSD) ou l’imagerie en courant d’échantillon (EBIC).

 

fourmiTête d’une fourmi (cliquer pour agrandir)

 image de l’Ecole Catholique d’Arts et Métiers de Lyon


Pour plus de détails sur les différents modes de fonctionnement des MEB, je vous suggère la lecture de ce cours de microscopie électronique donné par M. Perrin : http://www.cmeba.univ-rennes1.fr/Principe_MEB.html

 

Les applications

La Microélectronique et les nanotechnologies utilisent massivement le MEB comme outil d’observation. En revanche, pour l’observation et la manipulation d’atome individuellement, c’est un microscope à effet tunnel qui est utilisé dans les nanotechnologies. Les Sciences des matériaux ont recours au MEB pour étudier les micro-structures de matériaux ainsi que leur surface de manière à mieux comprendre certaines propriétés physiques et mécaniques.  

 

788px-Misc pollen

Grains de pollen de quelques plantes communes grossis 500 fois (cliquer pour agrandir)

Image du collège de Darthmouth

 

La Biologie utilise également des MEB en plus des microscopes optiques traditionnels qui sont utilisés pour observer les cellules. Le MEB permet d’obtenir des images de micro-organismes comme des bactéries ou des virus. Il est également utilisé pour observer des détails de plantes ou d’insectes.


La question du jour : que représente l’image suivante prise au MEB :

(la réponse est désormais dans les commentaires)

MEB img dart

(cliquer pour agrandir)

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /Jan /2010 20:38

Tous les skieurs de randonnée sont familiers à cet appareil qui peut sauver des vies en cas d’avalanches. 

avalanche.jpg
Trois skieurs passant devant une avalanche
 
Hier, j’ai participé pour la deuxième fois à la journée sécurité de la section de ski de randonnée du CERN pour s’entrainer à utiliser cet appareil. Explication de son fonctionnement ici ! 

Attention : ce billet n’est pas une explication de l’utilisation d’un ARVA qui est propre à chaque appareil et que tous les utilisateurs doivent connaitre avant de faire des sorties! Il est conseillé pour cela de faire des formations pratiques sur le terrain avec des professionnels.
 

Le terme ARVA représente en France l’ensemble des appareils capables d’émettre ou de chercher un signal électromagnétique dans le but de localiser des personnes ensevelies par une avalanche. Notez qu’en Suisse, on parle de DVA (Détecteur de Victimes d'Avalanche).
 

Un ARVA peut fonctionner soit en monde émission (mode par défaut pendant la randonnée), soit en mode réception pour détecter d’éventuels signaux provenant d’un autre appareil enseveli sous la neige.

 

L’émission

L’ARVA émet un signal électromagnétique haute fréquence bien précis de 457 kHz (norme internationale depuis 1992). Il est équipé d’une antenne dipolaire créant un champ électromagnétique dans son entourage. 

arva_dipole.jpg

Lignes de champ électromagnétiques crées par un ARVA

 

L’antenne est constituée d’un barreau de ferrite entouré d’une bobine électrique généralement orientée selon le plus grand côté de l’appareil. En alimentant cette bobine par un signal électrique, on créé un champ électromagnétique. Si les piles de l’ARVA sont usées, le signal sera moins fort : il est donc indispensable d’avoir des piles bien chargées ! Pour économiser les piles, le signal n’est pas émis de manière continue mais par des impulsions brèves. La portée du signal peut variée entre 30m et 60m selon les modèles et les piles.

arva_signal.jpg  

Signal émis par un ARVA selon la norme ETS300718

 La réception

Si une avalanche se produit et ensevelie plusieurs personnes, toutes les personnes à la surface éteignent leur ARVA (s’ils sont dans une zone sécurisée) et une (ou plusieurs) personnes va passer son ARVA en position «récepteur» de manière à localiser les signaux émis par les ARVA des personnes sous la neige.

avalanche tintin

      A l'époque de Tintin, l'ARVA n'existait pas encore, mieux valait avoir un chien...
 

Le signal reçu est maximal lorsque les 2 antennes se rapprochent et lorsqu’elles sont parallèles (enfin lorsque l'antenne réceptrice est parallèle à la ligne de champ). La position de l’ARVA de la personne ensevelie par rapport à la position de l’ARVA de la personne effectuant les recherches est donc très importante et difficile à gérer comme on ne connait pas la position de la personne ensevelie.
 

Il existe des ARVA analogiques dans lesquels un « BIP » sonore augmente lorsque le signal reçu augmente (il y a en général une molette de calibrage pour obtenir un réglage plus fin). Dans ce cas, il n’y a pas d’indication de distance ou de direction et leur utilisation demande un entrainement régulier pour être efficace en situation réelle (en général, on dispose de 15 minutes pour retrouver une personne vivante).
 

Depuis quelques années, le marché a vu l’apparition d’ARVA numériques qui permettent d’évaluer la distance (en fonction de la force du signal) ainsi que la direction de l’émetteur grâce à une deuxième antenne réceptrice perpendiculaire à la première (voir même une troisième de manière à former un trièdre dans les 3 dimensions).

ARVA
Un ARVA analogique et un ARVA numérique

 

Attention : la distance et la direction données par les ARVA (analogiques et numériques) ne sont pas forcément très bonnes et peuvent induire en erreur, particulièrement pour des récepteurs à une seule antenne :
 

- La position entre l’antenne émettrice et l’antenne réceptrice affecte l’intensité du signal reçu. Si l'antenne réceptrice est orientée selon la ligne de champ, le signal est maximal, à 45° le signal est divisé par environ 1,4 et si l'antenne est perpendiculaire aux lignes de champ, le signal est quasi-nul !! On voit ici l’intérêt d’avoir un ARVA possédant 2 ou 3 antennes pour être sûr de toujours détecter un signal assez fort.

- Il est important de savoir que les appareils fournissant une direction et une distance sont basés sur les lignes de champ du signal reçu. Ceci implique que la distance n’est pas la distance en ligne droite mais la distance en suivant la ligne de champ qui est courbe. De plus, la direction n’est pas la direction en ligne droite mais la direction de la ligne de champ, sachant que le sens n’est pas connu : on peut donc partir à priori dans le sens opposé, d’où l’importance de vérifier que la distance diminue bien lorsqu’on suit une direction (ne pas hésiter à faire demi-tour).

 avalanche_arva.jpg

 

Evolution d'une recherche avec un ARVA

Plusieurs situations possibles selon l'orientation de la personne ensevelie :

ARVA_cas1.jpg

Personne enfouie horizontalement (le cas le plus courant) : le maximum est atteint juste au dessus de la victime (b) si on tient son ARVA horizontalement au sol et les maxima locaux sont symétriques (a et c).
 
 
 
ARVA_cas2.jpg

Personne enfouie verticalement (rare) : on détecte 2 maxima de part et d’autre de la victime (a et c) et un minimum juste au dessus (b) si on tient son ARVA horizontalement au sol.


ARVA_cas3.jpg

Personne enfouis en biais (fréquent) : On détecte un maximum à proximité de la victime mais pas à l’aplomb (b) et les maxima locaux (a et c) ne sont pas symétriques.

 

Pour faire face à ces différents problèmes de recherche, il existe différentes techniques spécifiques (que je ne détaillerai pas ici, ce n’est pas le propos de ce billet) mais celles-ci demandent un entrainement vraiment régulier et allongent significativement le temps de recherche. Les ARVA équipés de plusieurs antennes de réception sont une première solution car ils permettent de gérer plusieurs directions à la fois et sont donc plus efficace lorsque la personne n’est pas parfaitement horizontale mais ils ne résolvent pas non plus tous les problèmes étant donnée que la position de l’ARVA enseveli est inconnue. Il faut simplement avoir en tête ces lignes de champ et ne pas suivre aveuglément les indications tout en évitant de « brusquer » les ARVA en les faisant tourner dans tous les sens pour ne pas les « perdre ».

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 22:10

Les raffineries de pétrole, les centrales nucléaires, les sucreries, les chaines d’assemblage automobile, les stations d’épuration, les fabriques de textiles, les aciéries, etc. Toutes ces industries ont un point commun : elles sont pilotées de manière plus ou moins automatique, mais comment ?

Chaplin Modern Times

La discipline qui s’occupe de répondre à cette question s’appelle le contrôle industriel et regroupe un ensemble très divers de techniques, de technologies et de disciplines scientifiques pour automatiser les différents processus industriels.

 

L’industrie

Un processus industriel représente un ensemble de machines et d’équipements permettant la fabrication ou la transformation de produits identiques en grande quantité.

 

Le contrôle industriel est né naturellement avec l’Organisation Scientifique du Travail (OST) à la fin du 19ème siècle (taylorisme puis fordisme) dont l’objectif était de développer scientifiquement une nouvelle technique pour chaque aspect de la tâche d'un travailleur, pour remplacer la méthode empirique utilisée traditionnellement. En gros: remplacer les hommes par des machines !

 

fordisme


 

Les systèmes de contrôle

Pour contrôler ces machines industrielles modernes, l’homme a du créer des systèmes de contrôle capables de piloter ces machines. Ainsi, on voit se dessiner naturellement 3 entités distinctes interagissant au sein des industries :

1 – Les hommes (directions, ingénieurs, techniciens, opérateurs)

2 – Les systèmes de contrôle (systèmes de communication, d’archivage et de calcul)

3 – Les processus (les équipements et les machines)

 

Entre chaque entité, il existe des interfaces permettant d’échanger des informations. Ces interfaces ont fortement évoluées durant les dernières décennies grâce au « boom » des télécommunications. Ces 3 interfaces sont les suivantes:

- L’instrumentation : communication entre le système de contrôle et les machines au travers de capteurs (capteur de température, de pression, etc.) et d’actionneurs (vannes, vérins, moteurs, etc.).

- L'Interface Homme Machine (IHM ou HMI en anglais) : système de supervision permettant de surveiller et de diagnostiquer l’état des équipements mais aussi d’agir sur eux en dialoguant avec le système de contrôle.

- L'Interface locale : interaction physique directe entre les hommes et les machines en cas d’opération manuelle nécessaire sans avoir recours au système de contrôle (ex : ouverture d’une vanne à la main).

 

Le système de contrôle peut alors être divisé en 3 couches distinctes:

a) Couche de terrain : système de communication avec le processus. Cette communication se fait généralement par le biais de bus de terrain (un réseau robuste adapté au milieu industriel pour dialoguer avec les capteurs et actionneurs).

b) Couche de contrôle : contient la logique de fonctionnement du processus pour le piloter. C’est ici que toute la connaissance est stockée et que les calculs sont effectués, généralement par des PC industriels ou des Automates Programmables Industriels (API ou PLC anglais). En général, c’est un algorithme informatique qui est exécuté de manière cyclique en temps réel. Cet algorithme lit les données du processus (entrées) et calcule la position des différents actionneurs (sorties) pour piloter le processus.

c) Couche de supervision : permet de réaliser l’Interface Homme Machine. En général un système de base de données archive les données des processus et les opérateurs agissent et surveillent les installations via des terminaux de supervision comme des ordinateurs ou des écrans tactiles reliés à cette base de données via un réseau Ethernet.

 

syst controle

L’automatique

Une fois toutes ces infrastructures de contrôle mises en place, il faut étudier le fonctionnement et la dynamique des processus pour pouvoir les contrôler à partir d’un programme informatique exécuté dans la couche de contrôle.

 

La science qui étudie la modélisation, l’analyse, la commande et la régulation des systèmes dynamiques s’appelle l’automatique. Cette discipline (qui est le cœur de mon métier) peut faire partie de la physique, de l’informatique ou des sciences de l’ingénieur selon l’approche adoptée (c’est d’ailleurs une question qui divise malheureusement notre communauté). Dans l’industrie, on parle le plus souvent de contrôle-commande pour parler de cette discipline lorsqu’elle est appliquée à un système industriel.

 

J’ai déjà fait sur ce blog trois billets pour l’automatique (une Introduction, La Modélisation et La Commande) et je ne vais pas donc entrer dans les détails ici. Il faut juste retenir que pour mettre en place des systèmes de régulation (par exemple maintenir la température d’un four à 1000°C ou maintenir un ratio précis entre du propane et du butane dans une colonne de distillation), une modélisation dynamique des processus est nécessaire (il faut mettre les différentes grandeurs physiques des processus en équations) de manière à venir étudier la stabilité et le comportement des systèmes pour pouvoir mettre en place une loi de commande pour piloter les actionneurs (vannes, chauffages, moteurs, vérins, etc).

 

 

Les applications

Il est impossible de lister de manière exhaustive tous les domaines d’application du contrôle industriel car il intervient dans absolument tous les domaines de l’industrie. On peut juste citer l’aérospatial, l’agroalimentaire, l’automobile, la chimie, l’énergie, l’environnement, la médecine, l’extraction des sols (mines), le pétrole, la pharmacie, le papier, le transport, les textiles, le verre, la céramique, la sidérurgie, etc.

 

Cependant, il est utile de préciser que les techniques du contrôle industriel peuvent être utilisées en dehors des industries et des usines. C’est le cas par exemple dans les grands instruments scientifiques comme les accélérateurs de particules. En effet, ces machines sont très similaires aux installations industrielles et elles utilisent les mêmes outils que l’industrie en matière de contrôle, même si parfois il faut développer des solutions spécifiques à ces machines uniques au monde. Ainsi, tout le système de contrôle permettant le refroidissement des 27 km d’aimants supraconducteurs du LHC (le plus puissant accélérateur de particules du monde au CERN à Genève) est analogue aux systèmes de contrôle que l’on pourrait trouver dans une raffinerie de pétrole. Pour info, le système de contrôle pour le refroidissement des aimants (un système parmi tant d’autres dans le LHC) comprend à lui seul 42 000 entrées/sorties et plus de 5000 boucles de régulation: on voit bien ici l’intérêt d’un système de contrôle industriel !!

 

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Ecran de supervision du système de contrôle pilotant un réfrigérateur à hélium pour le LHC

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 16:32

Avant-hier à 15h12, heure française, la fusée Ariane 5 a décollée avec succès pour la 44ième fois depuis Kourou en Guyane. Cette mission n'est pas anodine puisque Ariane 5 transportait 2 bijoux technologiques dédiés à la Science dans son « petit » chapeau : les satellites européens Planck et Herschel.


Planck et Herschel sont 2 télescopes spatiaux mais ils sont très différents l'un de l'autre. Herschel est un télescope relativement classique permettant l'observation dans l'infrarouge moyen et lointain à l'aide d'un miroir de 3,5 m de diamètre alors que Planck permet l'observation du rayonnement fossile micro-onde à l'aide de bolomètres ultrasensibles fonctionnant à très basses températures.


Ce billet est spécialement consacré au satellite Planck qui est un peu spécial. Planck doit d'abord atteindre un point particulier de l'espace (le point de Lagrange L2 qu'il atteindra dans 3 mois) pour pouvoir commencer à fonctionner pendant un peu moins de 2 ans.


Planck : comme Max

Le nom de ce satellite vient du physicien allemand Max Planck,  un des pères de la physique quantique, mais quel est le rapport ? Ce satellite a pour ambition de déterminer avec une extrême précision ce que les astrophysiciens appellent le rayonnement de fond cosmologique. Ce rayonnement est une application parfaite de ce qu'on appelle le rayonnement du corps noir, problème justement résolu par Max Planck à la fin du 19ième siècle et qui permettra à Planck d'élaborer en 1900 à la théorie des quanta qui deviendra plus tard la fameuse physique quantique. L'étude du rayonnement électromagnétique d'un corps noir permet de calculer la température d'un objet à partir de l'analyse de son spectre, voir le billet Comment mesurer la température d'une étoile qui explique en détail tout ceci.


Le fond diffus cosmologique

On l'appelle aussi le rayonnement de fond cosmologique, le bruit de fond cosmologique ou plus simplement le rayonnement fossile, car il constitue le plus vieux fossile de notre Univers. D'après la théorie du Big-Bang, la première « lumière » a été émise par l'Univers 380 000 ans après sa création il y a 13 milliards d'années quand ce dernier c'était suffisamment refroidi à cause de son expansion (l'Univers s'était alors refroidi à 3000°C). A cet instant, les photons ont enfin pu se libérer pour aller vaquer à leur occupation favorite : se balader librement (on appelle cela rayonner en physique) créant ainsi de la lumière qui inondât l'Univers tout entier !

 

Ce rayonnement fossile primordial a été pensé théoriquement dans les années 40 et il a été détecté pour la première fois par le plus grand des hasards par 2 ingénieurs américains des laboratoires Bell en 1965 alors qu'ils travaillaient sur des antennes. Ils avaient détecté un « bruit de fond» qui perturbait leurs antennes dans toutes les directions du ciel. Ce bruit de fond constant présent dans toutes les directions autour des 160 GHz (micro-ondes) s'avéra être le fameux fond diffus cosmologique qui avait été prédit théoriquement mais qui demeurerait introuvable. Ce fut une énorme avancée pour la théorie du Big-Bang. Désormais ce rayonnement possède une température de 2,726 K comme l'Univers n'a pas cessé son expansion et donc son refroidissement.


Planck le cartographe

Un des objectifs scientifiques du satellite Planck est d'élaborer la « cartographie » la plus précise possible de ce rayonnement fossile qui possède d'infimes fluctuations. Deux missions américaines de la NASA ont déjà établi une cartographie relativement fine (COBE lancé en 1989 puis WMAP lancé en 2001) mais on cherche à quantifier encore plus précisément ces fluctuations qui ont certainement été à l'origine des futures grandes structures de notre Univers (Galaxies, amas, superamas....). Toute la cosmologie moderne se base essentiellement sur les fluctuations de ce rayonnement, d'où l'importance capitale de cette mission.


Des Bolomètres à ultra basse température

Pour détecter un rayonnement, on utilise un détecteur appelé « bolomètre » qui permet de mesurer précisément une quantité d'énergie électromagnétique reçue en convertissant l'énergie du rayonnement en chaleur. Au final on mesure la température du bolomètre de manière à déduire la quantité de chaleur issue du rayonnement. On comprend alors aisément que plus le bolomètre est chaud, et plus une petite variation de chaleur sera difficile à détecter. Conclusion : plus le bolomètre est froid, plus il est précis !

 

Planck est équipé de 54 bolomètres permettant de mesurer les rayonnements à différentes fréquences constituant le spectre du fond diffus cosmologique. Pour obtenir la précision requise par la mission, les bolomètres seront refroidis à d'ultra-basses températures, entre 90 mK et 130 mK (soit environ un centième de degré au dessus du zéro absolu, -273,15°C). La résolution ainsi obtenue sera 600 fois meilleure que la première mission américaine COBE.


Le réfrigérateur à dilution

Pour refroidir ces bolomètres, le satellite Planck embarque à son bord un réfrigérateur à dilution. Ce type de réfrigérateur fonctionne avec un mélange de 2 isotopes stables de l'hélium (3He et 4He). Les frigos à dilution commencent à une température de 4,2 K (avec de l'hélium liquide classique) pour fournir une puissance de réfrigération continue jusqu'à 2 millikelvins sans aucune partie mobile ! En général ils fonctionnent plutôt aux alentours des 100 mK.

En gros, le fait de « diluer » de l'hélium-3 liquide (très rare sur Terre) dans de l'hélium-4 liquide (l'hélium classique) permet de faire du froid. Ces 2 fluides cryogéniques sont assez particuliers car ils possèdent des points de liquéfaction très bas (4,2 K pour 4He et 3,2 K pour 3He à  pression atmosphérique). En dessous de 0,9 K 3He et 4He se séparent spontanément en 2 phases (1 phase riche en 3He et une phase pauvre en 4He) et quand l'hélium-3 « traverse » cette phase diluée pour ensuite s'évaporer, il y a création de froid (je ne rentrerai pas dans les détails ici), voir figure ci-dessous qui représente ce qu'on appelle la chambre de mélange qui se trouve en bas du réfrigérateur :

 


La dilution spatiale

Le principe de la dilution utilise la gravité pour séparer les mélanges, ce qui n'est pas possible dans un satellite! Un nouveau type de réfrigérateur à dilution pouvant fonctionner dans l'espace a donc été développé à Grenoble, le pôle de la cryogénie française. Le démonstrateur de la dilution a été construit à l'institut Néel (CNRS) à Grenoble par Alain Benoît, son équipe et les services techniques de son laboratoire. J'ai d'ailleurs eu la chance de voir un prototype de ce réfrigérateur à Grenoble il y a environ 2 ans alors que j'assistais à des cours de cryogénie. Le mélange 3He/4He circule dans des tubes de très petites dimensions qui rendent le système insensible à la gravité. Le réfrigérateur à dilution a ensuite été construit par la société française Air Liquide à Sassenage, à proximité de Grenoble. En revanche, le réfrigérateur de Planck fonctionne en boucle ouverte: le mélange est ensuite rejeté dans l'espace et la durée de vie du système dépend alors de la quantité d'hélium qui est embarquée au décollage (environ 2 ans de vie dans le cas de Planck). On souhaite une grande réeussite à cette mission européenne!

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /Déc /2008 17:45
Depuis la fin des années 60, les lasers ont envahi notre quotidien et notre industrie. Que ce soit dans les procédés de découpe ou de soudure, les méthodes de lecture de l'information, les méthodes de guidage, les moyens de communication, les systèmes de mesure, les techniques de sondage de la matière, la médecine, les films de science-fiction: ils sont omniprésents, mais qu'est-ce qu'un laser exactement? Comment fonctionnent t-ils ? Y a-t-il plusieurs sortes de laser? Où sont-ils utilisés? C'est ce que je vais essayer de détailler dans ce billet.

Pour l'étymologie, le mot « laser » est un acronyme anglais. Un laser est un dispositif permettant une amplification de la lumière par émission stimulée de rayonnement, soit en anglais, Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation: L.A.S.E.R. La définition courte qui revient souvent est la suivante : Dispositif émettant de la lumière très cohérente, grâce au processus d'émission induite. L'acronyme et cette définition sont quelque peu absconses à première vue, essayons de détailler les différents mots et concepts...
La première apparition du LASER au cinéma en 1964 dans le James Bond GoldFinger.

Le principe de base
Le principe physique utilisé dans les lasers est l'émission stimulée (on parle aussi d'émission induite). Ce principe est issu de la physique quantique et a été décrit la première fois par un certain Albert Einstein en 1917 dans un article intitulé « sur la théorie quantique du rayonnement ».  L'émission stimulée est apparentée à deux autres phénomènes quantiques: l'absorption et l'émission spontanée.

Pour introduire ces concepts, un petit rappel de l'atome est nécessaire: il existe un modèle de l'atome appelé le modèle de Bohr dans lequel l'atome est composé d'un noyau contenant des nucléons (protons+neutrons) et les électrons gravitent autour sur des orbites bien définies (ce n'est qu'un modèle car les électrons ne possèdent pas vraiment de trajectoire dans la théorie quantique).

Les électrons se trouvent obligatoirement sur une de ces orbites prédéfinies. Chaque orbite possède une énergie propre qui est quantifiée (on parle alors de niveaux d'énergie). Si on considère 2 niveaux d'énergie (2 orbites) ayant respectivement des énergies E1 et E2 avec E1 < E2 et que l'on apporte une énergie dE = E2-E1 à un électron qui se trouve dans le niveau E1, il peut « sauter » au niveau E2. La réciproque est également vraie.

Voici une brève illustration en BD. Le "bonhomme" jaune est un photon, le ""bonhomme" bleu est un électron, et les 2 étages représentent 2 niveaux d'énergie (2 orbites) d'un atome.

 L'absorption (stimulée). Un photon est envoyé sur l'électron d'un atome (1), ce dernier absorbe le photon (2) et emmagasine ainsi son énergie, ce qui lui permet de « sauter » au niveau supérieur. L'électron est alors excité (3).

L'émission spontanée. Un électron excité (1) peut perdre spontanément son état d'excitation en émettant un photon (2) pour retrouver son état d'énergie inférieur (3). Dans ce cas, le photon est émis dans une direction aléatoire.

L'émission stimulée. Un photon est émis vers un électron excité (1). L'électron, « bousculé » par le photon incident, libère un deuxième photon exactement égal au premier (2) et retombe dans son état d'énergie inférieur (3). Le photon émis possède la même fréquence, la même direction, la même phase et la même polarité que le photon incident: on dit qu'ils sont dans le même état.

L'effet laser
Imaginez maintenant qu'on se serve des 2 photons identiques issus de l'émission stimulée pour exciter 2 autres atomes, on obtiendra alors 4 photons dans le même état et ainsi de suite par effet cascade: c'est l'effet laser. Les photons émis constituent une onde électromagnétique ayant une fréquence propre. On peut donc obtenir un rayon laser lumineux (dans le spectre visible) mais également  des rayons micro-ondes, infra-rouges, ultraviolets ou X. Voir un précédent billet intitulé « la nature de la lumière ou l'électromagnétisme » pour plus de détails sur la lumière, les ondes et les photons. On comprend aisément que dans l'effet laser, il y a eu amplification de l'intensité lumineuse et tous les photons sont dans le même état, on parle alors de lumière cohérente. La caractéristique même du laser est cette cohérence de la lumière où tous les photons sont dans le même état (direction, fréquence, polarisation, phase). Comme la fréquence de l'onde lumineuse correspond à une couleur (dans le spectre visible), on obtient un rayon très directionnel d'une couleur unique très pure. La couleur en question dépend de l'atome de base que l'on a utilisé car la fréquence de la lumière émise est fonction de la distance entre les 2 niveaux d'énergie entre lesquels les électrons « sautent ».

Le fonctionnement d'un laser
Un laser est composé de 4 organes principaux :

1 - Le milieu actif du laser : il est composé des atomes que l'on va venir exciter (ou pomper). Ce milieu peut être solide, liquide ou gazeux.

2 - Une source de pompage : elle permet d'exciter les atomes du milieu actif en injectant de l'énergie. Cette source peut être d'origine électrique ou lumineuse (un autre laser par ex).

3 - Un miroir qui réfléchit tous les photons incidents.

4 - Un miroir semi-réfléchissant qui laisse passer entre 1% et 10% des photons incidents et réfléchit le reste du rayonnement.



Le principe de fonctionnement du laser est le suivant (voir illustration ci-dessous) :

1 - Le milieu actif est au repos.

2 - Le milieu actif est excité par une source de pompage externe. Pour obtenir une amplification, on doit faire en sorte que le maximum d'atomes soient excités pour qu'ils puissent provoquer le maximum d'émissions stimulées car les atomes non-excités sont susceptibles de faire une absorption de photons qui va à l'encontre de l'amplification. On dit qu'il doit y avoir une inversion de population (il doit y avoir plus d'atomes excités qu'au repos).

3 - Une partie des atomes excités se désexcite provoquant un faible rayonnement de photons cohérents.

4 - Grâce aux miroirs, le rayonnement est réfléchi et est amplifié par effet cascade, le rayonnement oscille dans le milieu actif qui constitue alors une cavité. Une faible partie du rayonnement est émis vers l'extérieur par le miroir semi-réfléchissant sous forme de rayon laser exploitable.
Les types de lasers
On peut séparer les lasers selon leur mode de fonctionnement et le type de milieu actif qu'ils utilisent (solide, liquide, gaz, semi-conducteur, ...).

Il existe deux modes de fonctionnement distincts :

- Soit la source de pompage donne de l'énergie au milieu actif en permanence pour réexciter les atomes désexcités par émission stimulée. On obtient alors un rayon laser continu à la sortie.

- Soit la source de pompage fonctionne de manière pulsée. Pendant un pulse, un rayon laser très bref est produit, la durée peu aller de quelques femtosecondes (millionième de milliardième de secondes) à quelques millisecondes. Ce mode de fonctionnement permet la création de rayons laser très brefs et plus puissants.

Les lasers solides (dit cristallins) peuvent fournir des puissances de l'ordre du kW en régime continu et des pics de puissance avoisinant le GW en régime pulsé.

Voici les 2 types de lasers les plus courants :

- Les lasers Nd-YaG. Le milieu actif est un solide, plus précisément un cristal de grenat d'yttrium aluminium dopé au néodyme (neodymium-doped yttrium aluminium garnet). La source de pompage est en général une lampe flash (un stroboscope) fournissant des flashs lumineux puissants au milieu actif pour exciter les atomes. Le rayon obtenu se situe à 1065 nanomètres (infra-rouge), il n'est donc pas visible à l'œil nu (spectre visible entre 400 et 700 nanomètres). La puissance maximale est d'environ 5kW en régime continu et 25kW en régime pulsé. Le gros avantage de ce laser est que le rayon laser produit peut être très facilement transportable dans des fibres optiques à cause de sa longueur d'onde. Il sont utilisés en ophtalmologie, en médecine esthétique,  en gravure, découpe, soudure et perçage. La fréquence de l'onde lumineuse peut également être doublée pour fournir un rayon laser dans le spectre visible de couleur verte (532 nanomètres).

Les lasers CO2. Le milieu actif est en général un mélange de différents gaz (dioxyde de carbone, azote, hydrogène et hélium). Ces lasers peuvent fournir de grosses puissances (plusieurs centaines de kW et jusqu'à 1GW avec des systèmes amplificateurs) et sont très utilisés dans les techniques de marquage et gravure mais également en découpe, en soudure et en chirurgie plastique. Les lasers CO2 fournissent un rayon ayant une longueur d'onde de 10,6 micromètres (milieu infra-rouge): le rayon n'est donc pas visible à l'œil nu.

Les différentes applications
Les applications du laser sont très nombreuses. Le laser a permis de remplacer bon nombre de procédés en améliorant la précision et l'efficacité tout en étant moins invasif. Voici une énumération non exhaustive :
 
Médecine
-Ophtalmologie : découpes
-Dermatologie : épilation
-Dentisterie : nombreuses applications, remplacement de la « fraise »
-Chirurgie plastique : découpe, resurfaçage,...
 
Industrie
-Soudure
-Découpe
-Perçage
-Décapage
-Marquage
-Gravure

Armement
-Anti-missile (au sol ou aérien)
-Désignateur laser : source laser permettant de guider un projectile (missile) ou de faciliter la visée à l'aide d'un pointage laser sur les armes légères.
 
Technologies de l'information
-Télécommunication par fibres optiques
-Lecture/enregistrement sur support optique (CD, DVD, ...)
-Télémétrie : Mesure de longueurs ou de vitesses à distance
 
Matériaux
-Spectroscopie : analyse des spectres lumineux
-Ellipsométrie : analyse de surface de matériaux

Physique quantique
-Refroidissement par pompage laser : permet de refroidir des atomes à des températures très proches du zéro absolu.
-Manipulation de photons pour leur étude et la réalisation d'expériences

Si vous désirez plus d'informations scientifiques sur les lasers, vous pouvez trouver de bons cours niveau Licence, Master ou Doctorat à l'adresse suivante :

http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/ressources-laser.html
Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 15:03

C’est arrivé à tout le monde, une photo avec flash et surprise: les yeux sont rouges vifs tel un lapin atteint de myxomatose! Cet effet n’est pas un problème des appareils photos comme beaucoup de gens le croient, nous avons vraiment les yeux rouges lors d’une photo prise de face avec un flash, mais pourquoi ?

Notre œil est composé de l’iris qui fait la couleur de nos yeux et d’une pupille noire en son centre. Les rayons lumineux entrent par la pupille et une image se forme sur notre rétine. La zone de convergence des faisceaux au centre de la rétine est appelée la macula. De nombreux vaisseaux sanguins irriguent la rétine et la macula, ce qui confère une couleur rouge à cette zone. Nos pupilles se dilatent plus ou moins selon la lumière, ainsi, dans la nuit, notre pupille est dilatée au maximum pour absorber le maximum de lumière. Si un éclair bref et violent comme un flash est émis, notre pupille n’a pas le temps de se rétracter et le flash éclaire alors directement le fond de notre œil. Si la photo est prise de face, le flash éclaire directement la macula qui est bel et bien rouge. Résultat : Nos pupilles apparaissent rouges sur la photo.
  Fond de l’œil : la rétine parcourue par des vaisseaux sanguins avec au centre la macula

Pour éviter cet effet yeux rouges, certains appareils possèdent un flash anti-yeux rouges qui émet un premier flash avant d’émettre le flash final permettant de prendre la photo dans l’obscurité. De cette manière, notre pupille se rétracte lors du premier flash et nous n’avons donc plus les yeux rouges lors du second flash vu que la pupille n’est plus dilatée.

Pour conclure, on peut éviter les yeux rouges sur une photo avec un « pré-flash » ou en prenant la photo de biais de manière à ne pas éclairer le fond de l’œil directement. On trouve également des filtres anti-yeux rouges dans les logiciels de retouche photo afin de remplacer le rouge par une couleur foncée. Cela marche bien mais il ne faut pas trop zoomer auquel cas la retouche est visible.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Dimanche 10 septembre 2006 7 10 /09 /Sep /2006 18:09

Présentation

 

En 2010, vous pourrez mettre vos GPS à la poubelle (non c’est pas tout à fait vrai car les récepteurs GPS et GALILEO seront les mêmes). Eh oui, si vous n’êtes pas encore au courant, l’Union Européenne et l’Agence Spatiale Européenne (ESA) développent un nouveau système de positionnement géodésique par satellites civile dans le but de ne plus être dépendant du système GPS appartenant à l’armée américaine et d’avoir une bien meilleure précision. Nom de code : GALILEO

 

Ce système de positionnement doté de 30 satellites coûtant 3,4 milliards d’euros émettra dix signaux destinés à plusieurs utilisations :

-         Une utilisation gratuite pour tous les gens, style GPS, mais avec une précision de l’ordre de 1 mètre (nettement meilleure que le GPS classique qui fournit une précision de 20m).

-         Une utilisation commerciale pour les professionnels. Dans ce cadre l’intégrité des signaux est garanti, la précision est meilleure et il y a possibilité de faire passer des informations cryptées.

-         Un service de sûreté de la vie pour les applications sensibles comme la navigation maritime et aérienne

-         Une utilisation publique réglementée pour les services publics nécessitant des informations sûres et une bonne fiabilité (services d’urgence, transport de matières dangereuses…)

-         Une utilisation de recherche et de secours pour les balises de détresse maritimes.

   A l’heure actuelle, 4 pays hors UE ont déjà signé des accords de coopération dans le but d’utiliser le futur système (Chine, Inde, Israël, Ukraine) mais une dizaine d’autres pays sont en négociation.

Bien évidemment l’atout majeur de GALILEO, c’est son aspect civil qui permettra des applications publiques nécessitant une sécurisation et une intégrité minimal. De ce fait, GALILEO sera reçu de manière continu sans risque de brouillage ou cryptage par l’armée comme le GPS. La précision sera meilleure que le GPS brut (je ne parle pas du GPS différentiel, le DGPS, qui fait intervenir des stations fixes au sol car dans ce cas la précision est nettement augmentée) et des signaux de diagnostic seront disponibles pour les applications sensibles dans le but d’avoir une bonne estimation d’erreur.

Il faut aussi souligner que les récepteurs recevront les deux signaux (GPS et GALILEO). Une utilisation harmonieuse des deux systèmes sera possible et la précision sera encore meilleure (l'infrastructure globale de navigation par satellite : GNSS).

Le positionnement géodésique

GALIELO et GPS utilisent le même principe de positionnement. C’est d’ailleurs un des exemples d’un de mes cours de cette année à l’UTC intitulé Méthodes Temps-Réel d’observation pour la Commande et le Diagnostic. Ces systèmes se basent sur de la fusion de données statique. Les données fournies par les satellites sont les éphémérides (c’est à dire la position dans l’espace des satellites) et les temps. On cherche évidemment la position du récepteur sur Terre : x,y,z qui sont la latitude, la longitude et l’altitude. La Terre étant ronde, on doit faire une projection et en général tous les systèmes utilisent le système géodésique WGS84 (World Geodetic System qui date de 1984) pour calculer les coordonnées. Je ne m’étendrais pas sur ce sujet, pourtant très intéressant, ce n’est pas l’objectif de cet article

  Ici, le temps est une donnée clef car tous les satellites et le récepteur doivent indiquer exactement la même heure (un erreur de 1 microseconde provoque une erreur de 300m sur la position terrestre). Tous les satellites sont donc pourvus d’une horloge atomique incluant une correction relativiste (eh oui selon la relativité d’Einstein, le temps ne s’écoule pas à la même vitesse dans le satellite qui va très vite et qui est loin de la Terre que sur Terre mais bon maintenant on sait calculer cette correction parfaitement). Le problème se situe sur récepteur dans votre voiture par exemple, vous n’allez pas vous trimbaler une horloge atomique (bien que ce soit plus très gros). La solution à ce problème est très simple : on considère le décalage temporel entre l’heure du satellite et du récepteur comme une inconnue.

 

On a donc affaire à un nouveau problème à 4 inconnues : on cherche les 3 coordonnées spatiales du récepteur (x,y,z) ainsi que son décalage temporel (dt). Pour cela il nous faut donc 4 équations pour résoudre le problème c’est à dire que l’on doit posséder les informations d’au moins 4 satellites. Avec ce principe, si vous avez moins de 4 satellites à porté de vue, c’est fichu, c’est d’ailleurs ce qui se passe dans des canyons ou des avenues jonchées de grattes-ciel car vous n’avez qu’une zone de ciel étroite et dans ce cas, l’erreur commise est très grande.

 

La suite est réservée au gens un peu scientifique…

Dans cette partie je vais développer les équations de chaque satellite ansi que leur résolution pour avoir une meilleure idée d'un algorithme de positionnement géodésique (GPS ou GALILEO). On se rend compte que c'est vraiment très simple mais attention : ici j'ai fait beaucoup de simplifications, normalement il faut rajouter des termes de corrections pour l'allongement ionosphérique et troposphérique, les erreurs relativistes et une estimation du décalage du décepteur.

 

Les équations fournies par les satellites sont des pseudo-distances.Supposons qu'à un instant donné, "n" satellites soient visibles et on suppose n>4. Comme les satellites diffusent leurs positions, on suppose que leurs coordonnées (xi, yi, zi) sont connues sans erreur.

Le système à résoudre s'écrit :  Ici les pseudo-distances de chaque satellite ri dépendent de la distance réelle et de la pseudo-distance dû au décalage temporel dt entre le satellite et le récepteur (comme ce sont des ondes électromagnétique la vitesse de propagation de l’information est égale à la vitesse de la lumière : c)

On doit alors résoudre ce système de n équations non-linéaires redondant : C’est un problème de fusion de données statique. En général on utilise la méthode de résolution numérique de Newton-Raphson.

Si on met le système précédent sous forme matricielle on obtient une équation matricielle : Z=h(X) où X=(x,y,z,dt). Dans ce cas cela revient à trouver X tel que h(X)-Z = 0 , c’est à dire trouver X tel que f(X)=0. Pour résoudre ce système on vient linéariser le système autour d’un point X: f(X0 + dX) = f(X0) + f ’(X0).dX

Cherchons dX tel que la tangente coupe l’axe des abscisses :

f(X0)+f’(X0).dX=0 <=> f’(X0).dX= - f(X0) or f’(X0)= h’(X0)=M

M.dX= - f(X0)

Si il y a 4 satellites et si M est inversible dX= - M-1. f(X0).

Si il y a plus de 4 satellites, dX=-[MT . M]-1.MT.f(X0) à condition que [MT . M] soit inversible et bien conditionnée

On obtient ainsi un nouveau point X1=X0+dX Tant que la norme de dX n'est pas plus petite qu'un seuil prédéterminé, on itère le processus. En pratique, on constate que le processus converge souvent en une ou deux itérations. Des facteurs caractérisant la qualité de la configuration géométrique des satellites sont souvent utilisés pour décrire la "dilution de précision" c'est-à-dire la confiance que l'on peut accorder aux résultats. Le plus connu est le GDOP (Global Dilution Of Precision).

 où Mj est la dernière matrice jacobienne calculée lors de la méthode de Newton- Raphson. On admet que des valeurs de 1 à 3 sont bonnes et, qu'au delà d'une valeur de 6, la position est à rejeter à cause d'une configuration géométrique trop défavorable.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Lundi 10 avril 2006 1 10 /04 /Avr /2006 21:35

Ce sont des mots bien à la mode, beaucoup de personnes croient à un avenir « nano » (qui en grec signifie « très petit »). On entend dire que c’est un secteur clé et stratégique, qu’après l’ère de l’information avec Internet, ça sera au tour du « nano » de faire son boom et d’envahir notre quotidien et notre économie mais qu’est-ce que c’est exactement ? 

   Ces termes regroupent les sciences et les technologies intervenant à des échelles extrêmement petites, en général entre 1nm et 100nm (1 nm est égal à un nanomètre, soit un milliardième de mètre, soit 30 000 fois plus fin qu’un cheveu ).

Pour avoir une idée des différentes échelles, vous pouvez aller voir ce lien du CERN :  http://microcosm.web.cern.ch/Microcosm/P10/french/welcome.html

 

A titre de comparaison, tous les composants électroniques (majoritairement les transistors dans les ordinateurs) peuvent être classés dans le monde « micro », on parle d’ailleurs de « microinformatique » car la taille des composants descend jusqu’à 10µm (10 micromètres = 10 000 nanomètres ). Beaucoup de chercheurs et d’entreprises veulent laisser tomber le monde « micro » pour rentrer dans ce nouveau monde « nano ».

 

Dans le monde micro, on venait découper et assembler différents composants, on partait de quelque chose d’assez gros pour arriver à quelque chose d’assez petit, on parle alors d’approche descendante (top-down). Pour le nano, c’est l’inverse, c’est une approche montante (bottom-up) : on vient assembler des petites briques élémentaires (qui sont des atomes soit autour de 0.1nm) pour créer quelque chose de plus gros (enfin c’est relatif, ce quelque chose fait moins de 100nm). Pour manipuler ces atomes, on utilise des microscopes à effet tunnel (STM) pour les matériaux conducteurs et des microscopes à force atomique (AFM) pour les matériaux isolants. Ces deux microscopes permettent de reconstituer des images avec une finesse de l’ordre de l’atome et permettent également d’attraper un atome et de le déposer sur une surface. Pour savoir comment fonctionne ces deux microscopes vous pouvez aller voir ici.

 

 Grâce à ces instruments, on peut alors créer librement un assemblage d’atomes en les manipulant un par un. Les images ci-dessus représentent un bonhomme constitué d’atomes de carbone et un corral quantique (des atomes disposés en cercle) qui ont été créés par le laboratoire d’IBM en Californie à l’aide d’un STM. Evidemment, faire un bonhomme de quelque nanomètres c’est rigolo mais ça ne sert pas à grand chose… Quelles sont les applications pour que ce secteur soit tant convoité par tous les grands groupes technologiques du monde ?

 

 

Pour le moment, on voit trois grands domaines capables d’exploiter les nanotechnologies (les mots ne sont pas encore dans le dictionnaire mais ça ne va tarder à mon avis) :

-         Les nanomatériaux

-         La nanoinformatique

-         La nanobiotechnologie et la nanomédecine

 

Les nanomatériaux constituent la voie la plus prometteuse et c’est également elle qui exploite le plus de ressources humaines et financières depuis leurs découvertes en 1991 par les laboratoires japonais. Les produits phares sont bien entendu les nanotubes de carbones : 7 fois plus légers et 200 fois plus résistants que de l’acier et en plus ils sont souples et peuvent se « tordre ». Les laboratoires arrangent des atomes de carbones en pentagones et en hexagones dans le même plan pour venir ensuite l’enrouler comme du grillage et ainsi fabriquer un tube creux composé à 100% de carbone. Ces matériaux peuvent être utilisés dans l’aérospatiale et l’aéronautique pour des raisons de résistance et de poids mais aussi dans des raquettes de tennis ou dans l’industrie en général.

Mais il n’y a pas que les propriétés mécaniques qui font rêver, les propriété électroniques de ces matériaux sont aussi très convoitées. Suivant leur structure spatiale, ils peuvent être conducteurs ou semi-conducteurs (les semi-conducteurs sont les matériaux électroniques par excellence et composent tous les transistors et les diodes dans nos ordinateurs) d’où un avenir très prometteur pour développer la nanoinformatique. C’est bien pour cela qu’IBM et Intel dépensent des sommes gigantesques dans la recherche sur les nanotubes. En effet, IBM étudie très sérieusement la fabrication à échelle industrielle de transistors composés de nanotubes en carbone car ces matériaux seraient la solution pour continuer de respecter la loi de Moore qui va sûrement devenir fausse dans une petite dizaine d’années à cause d’une trop grande miniaturisation des transistors en Silicium. En effet, Gordon Moore, cofondateur de la société Intel avait affirmé en 1965 pour une conférence de presse, que "le nombre de transistors par circuit de même taille va doubler tous les 18 mois". Cette affirmation a marqué les esprits, puisqu'elle est devenue un défi à tenir pour les fabricants de microprocesseurs, et plus particulièrement pour Intel. Entre 1971 et 2001, la densité des transistors a doublé chaque 1,96 année, les PC étaient donc de plus en plus puissants et de moins en moins chers. Mais on est encore loin du compte pour la nanoinformatique car pour le moment on fabrique ces transistors du futur « à la main » en petite quantité et c’est très long, l’étape industrielle va être un pas difficile à franchir. Mais il y a de fortes raisons de penser que nos micro-ordinateurs en silicium vont être détrônés par des nano-odinateurs en carbone.

 

Les nanosciences ont également de vent en poupe pour la biologie et la médecine. Des recherches actives sont menées dans ces domaines et les premières applications commencent à apparaître. Particulièrement des nano-diffuseurs implantés sous la peau qui vont diffuser un produit chimique en continu dans notre corps pour réguler certaines substances. On trouve ce genre de texte en cherchant un peu sur le net : « des nanoparticules implantées sous la peau, qui permettent l'affichage d'un écran de 6cm sur 5, le tout relié à des puces qui surveillent notre corps afin de pouvoir afficher un bilan complet » ou bien encore dans Courrier International : « Des ensembles moléculaires de la taille d'un brin d'ADN s'introduiront dans nos cellules malades afin de les réparer de l'intérieur. Tout cela en cachette de notre système immunitaire ».  Non, ce n’est pas de la science fiction mais bien des projets pour notre avenir qui nous transformera peut être en cyborg ????

Il y a encore les nanorobots, les nanomachines, les nanocequevousvoulez et je suis persuadé qu’ils ne vont pas tarder à remplir notre quotidien….

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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