Pourquoi ce blog?

Sciences et Philosophie étaient auparavant mélangées et ne formaient qu'un... Aujourd'hui c'est rarement le cas. Ce blog est conçu pour que tous les gens s'intéressant aux Sciences (spécialistes ou non) puissent interagir et donner leurs opinions sur cette chose étrange qui parait retranscrire la réalité en équations.

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Benjamin Bradu


Boursier du CERN

Spécialités : Automatique, Cryogénie, Modelisation, Simulation

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Lundi 10 avril 2006 1 10 /04 /2006 21:35

Ce sont des mots bien à la mode, beaucoup de personnes croient à un avenir « nano » (qui en grec signifie « très petit »). On entend dire que c’est un secteur clé et stratégique, qu’après l’ère de l’information avec Internet, ça sera au tour du « nano » de faire son boom et d’envahir notre quotidien et notre économie mais qu’est-ce que c’est exactement ? 

   Ces termes regroupent les sciences et les technologies intervenant à des échelles extrêmement petites, en général entre 1nm et 100nm (1 nm est égal à un nanomètre, soit un milliardième de mètre, soit 30 000 fois plus fin qu’un cheveu ).

Pour avoir une idée des différentes échelles, vous pouvez aller voir ce lien du CERN :  http://microcosm.web.cern.ch/Microcosm/P10/french/welcome.html

 

A titre de comparaison, tous les composants électroniques (majoritairement les transistors dans les ordinateurs) peuvent être classés dans le monde « micro », on parle d’ailleurs de « microinformatique » car la taille des composants descend jusqu’à 10µm (10 micromètres = 10 000 nanomètres ). Beaucoup de chercheurs et d’entreprises veulent laisser tomber le monde « micro » pour rentrer dans ce nouveau monde « nano ».

 

Dans le monde micro, on venait découper et assembler différents composants, on partait de quelque chose d’assez gros pour arriver à quelque chose d’assez petit, on parle alors d’approche descendante (top-down). Pour le nano, c’est l’inverse, c’est une approche montante (bottom-up) : on vient assembler des petites briques élémentaires (qui sont des atomes soit autour de 0.1nm) pour créer quelque chose de plus gros (enfin c’est relatif, ce quelque chose fait moins de 100nm). Pour manipuler ces atomes, on utilise des microscopes à effet tunnel (STM) pour les matériaux conducteurs et des microscopes à force atomique (AFM) pour les matériaux isolants. Ces deux microscopes permettent de reconstituer des images avec une finesse de l’ordre de l’atome et permettent également d’attraper un atome et de le déposer sur une surface. Pour savoir comment fonctionne ces deux microscopes vous pouvez aller voir ici.

 

 Grâce à ces instruments, on peut alors créer librement un assemblage d’atomes en les manipulant un par un. Les images ci-dessus représentent un bonhomme constitué d’atomes de carbone et un corral quantique (des atomes disposés en cercle) qui ont été créés par le laboratoire d’IBM en Californie à l’aide d’un STM. Evidemment, faire un bonhomme de quelque nanomètres c’est rigolo mais ça ne sert pas à grand chose… Quelles sont les applications pour que ce secteur soit tant convoité par tous les grands groupes technologiques du monde ?

 

 

Pour le moment, on voit trois grands domaines capables d’exploiter les nanotechnologies (les mots ne sont pas encore dans le dictionnaire mais ça ne va tarder à mon avis) :

-         Les nanomatériaux

-         La nanoinformatique

-         La nanobiotechnologie et la nanomédecine

 

Les nanomatériaux constituent la voie la plus prometteuse et c’est également elle qui exploite le plus de ressources humaines et financières depuis leurs découvertes en 1991 par les laboratoires japonais. Les produits phares sont bien entendu les nanotubes de carbones : 7 fois plus légers et 200 fois plus résistants que de l’acier et en plus ils sont souples et peuvent se « tordre ». Les laboratoires arrangent des atomes de carbones en pentagones et en hexagones dans le même plan pour venir ensuite l’enrouler comme du grillage et ainsi fabriquer un tube creux composé à 100% de carbone. Ces matériaux peuvent être utilisés dans l’aérospatiale et l’aéronautique pour des raisons de résistance et de poids mais aussi dans des raquettes de tennis ou dans l’industrie en général.

Mais il n’y a pas que les propriétés mécaniques qui font rêver, les propriété électroniques de ces matériaux sont aussi très convoitées. Suivant leur structure spatiale, ils peuvent être conducteurs ou semi-conducteurs (les semi-conducteurs sont les matériaux électroniques par excellence et composent tous les transistors et les diodes dans nos ordinateurs) d’où un avenir très prometteur pour développer la nanoinformatique. C’est bien pour cela qu’IBM et Intel dépensent des sommes gigantesques dans la recherche sur les nanotubes. En effet, IBM étudie très sérieusement la fabrication à échelle industrielle de transistors composés de nanotubes en carbone car ces matériaux seraient la solution pour continuer de respecter la loi de Moore qui va sûrement devenir fausse dans une petite dizaine d’années à cause d’une trop grande miniaturisation des transistors en Silicium. En effet, Gordon Moore, cofondateur de la société Intel avait affirmé en 1965 pour une conférence de presse, que "le nombre de transistors par circuit de même taille va doubler tous les 18 mois". Cette affirmation a marqué les esprits, puisqu'elle est devenue un défi à tenir pour les fabricants de microprocesseurs, et plus particulièrement pour Intel. Entre 1971 et 2001, la densité des transistors a doublé chaque 1,96 année, les PC étaient donc de plus en plus puissants et de moins en moins chers. Mais on est encore loin du compte pour la nanoinformatique car pour le moment on fabrique ces transistors du futur « à la main » en petite quantité et c’est très long, l’étape industrielle va être un pas difficile à franchir. Mais il y a de fortes raisons de penser que nos micro-ordinateurs en silicium vont être détrônés par des nano-odinateurs en carbone.

 

Les nanosciences ont également de vent en poupe pour la biologie et la médecine. Des recherches actives sont menées dans ces domaines et les premières applications commencent à apparaître. Particulièrement des nano-diffuseurs implantés sous la peau qui vont diffuser un produit chimique en continu dans notre corps pour réguler certaines substances. On trouve ce genre de texte en cherchant un peu sur le net : « des nanoparticules implantées sous la peau, qui permettent l'affichage d'un écran de 6cm sur 5, le tout relié à des puces qui surveillent notre corps afin de pouvoir afficher un bilan complet » ou bien encore dans Courrier International : « Des ensembles moléculaires de la taille d'un brin d'ADN s'introduiront dans nos cellules malades afin de les réparer de l'intérieur. Tout cela en cachette de notre système immunitaire ».  Non, ce n’est pas de la science fiction mais bien des projets pour notre avenir qui nous transformera peut être en cyborg ????

Il y a encore les nanorobots, les nanomachines, les nanocequevousvoulez et je suis persuadé qu’ils ne vont pas tarder à remplir notre quotidien….

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Dimanche 10 septembre 2006 7 10 /09 /2006 18:09

Présentation

 

En 2010, vous pourrez mettre vos GPS à la poubelle (non c’est pas tout à fait vrai car les récepteurs GPS et GALILEO seront les mêmes). Eh oui, si vous n’êtes pas encore au courant, l’Union Européenne et l’Agence Spatiale Européenne (ESA) développent un nouveau système de positionnement géodésique par satellites civile dans le but de ne plus être dépendant du système GPS appartenant à l’armée américaine et d’avoir une bien meilleure précision. Nom de code : GALILEO

 

Ce système de positionnement doté de 30 satellites coûtant 3,4 milliards d’euros émettra dix signaux destinés à plusieurs utilisations :

-         Une utilisation gratuite pour tous les gens, style GPS, mais avec une précision de l’ordre de 1 mètre (nettement meilleure que le GPS classique qui fournit une précision de 20m).

-         Une utilisation commerciale pour les professionnels. Dans ce cadre l’intégrité des signaux est garanti, la précision est meilleure et il y a possibilité de faire passer des informations cryptées.

-         Un service de sûreté de la vie pour les applications sensibles comme la navigation maritime et aérienne

-         Une utilisation publique réglementée pour les services publics nécessitant des informations sûres et une bonne fiabilité (services d’urgence, transport de matières dangereuses…)

-         Une utilisation de recherche et de secours pour les balises de détresse maritimes.

   A l’heure actuelle, 4 pays hors UE ont déjà signé des accords de coopération dans le but d’utiliser le futur système (Chine, Inde, Israël, Ukraine) mais une dizaine d’autres pays sont en négociation.

Bien évidemment l’atout majeur de GALILEO, c’est son aspect civil qui permettra des applications publiques nécessitant une sécurisation et une intégrité minimal. De ce fait, GALILEO sera reçu de manière continu sans risque de brouillage ou cryptage par l’armée comme le GPS. La précision sera meilleure que le GPS brut (je ne parle pas du GPS différentiel, le DGPS, qui fait intervenir des stations fixes au sol car dans ce cas la précision est nettement augmentée) et des signaux de diagnostic seront disponibles pour les applications sensibles dans le but d’avoir une bonne estimation d’erreur.

Il faut aussi souligner que les récepteurs recevront les deux signaux (GPS et GALILEO). Une utilisation harmonieuse des deux systèmes sera possible et la précision sera encore meilleure (l'infrastructure globale de navigation par satellite : GNSS).

Le positionnement géodésique

GALIELO et GPS utilisent le même principe de positionnement. C’est d’ailleurs un des exemples d’un de mes cours de cette année à l’UTC intitulé Méthodes Temps-Réel d’observation pour la Commande et le Diagnostic. Ces systèmes se basent sur de la fusion de données statique. Les données fournies par les satellites sont les éphémérides (c’est à dire la position dans l’espace des satellites) et les temps. On cherche évidemment la position du récepteur sur Terre : x,y,z qui sont la latitude, la longitude et l’altitude. La Terre étant ronde, on doit faire une projection et en général tous les systèmes utilisent le système géodésique WGS84 (World Geodetic System qui date de 1984) pour calculer les coordonnées. Je ne m’étendrais pas sur ce sujet, pourtant très intéressant, ce n’est pas l’objectif de cet article

  Ici, le temps est une donnée clef car tous les satellites et le récepteur doivent indiquer exactement la même heure (un erreur de 1 microseconde provoque une erreur de 300m sur la position terrestre). Tous les satellites sont donc pourvus d’une horloge atomique incluant une correction relativiste (eh oui selon la relativité d’Einstein, le temps ne s’écoule pas à la même vitesse dans le satellite qui va très vite et qui est loin de la Terre que sur Terre mais bon maintenant on sait calculer cette correction parfaitement). Le problème se situe sur récepteur dans votre voiture par exemple, vous n’allez pas vous trimbaler une horloge atomique (bien que ce soit plus très gros). La solution à ce problème est très simple : on considère le décalage temporel entre l’heure du satellite et du récepteur comme une inconnue.

 

On a donc affaire à un nouveau problème à 4 inconnues : on cherche les 3 coordonnées spatiales du récepteur (x,y,z) ainsi que son décalage temporel (dt). Pour cela il nous faut donc 4 équations pour résoudre le problème c’est à dire que l’on doit posséder les informations d’au moins 4 satellites. Avec ce principe, si vous avez moins de 4 satellites à porté de vue, c’est fichu, c’est d’ailleurs ce qui se passe dans des canyons ou des avenues jonchées de grattes-ciel car vous n’avez qu’une zone de ciel étroite et dans ce cas, l’erreur commise est très grande.

 

La suite est réservée au gens un peu scientifique…

Dans cette partie je vais développer les équations de chaque satellite ansi que leur résolution pour avoir une meilleure idée d'un algorithme de positionnement géodésique (GPS ou GALILEO). On se rend compte que c'est vraiment très simple mais attention : ici j'ai fait beaucoup de simplifications, normalement il faut rajouter des termes de corrections pour l'allongement ionosphérique et troposphérique, les erreurs relativistes et une estimation du décalage du décepteur.

 

Les équations fournies par les satellites sont des pseudo-distances.Supposons qu'à un instant donné, "n" satellites soient visibles et on suppose n>4. Comme les satellites diffusent leurs positions, on suppose que leurs coordonnées (xi, yi, zi) sont connues sans erreur.

Le système à résoudre s'écrit :  Ici les pseudo-distances de chaque satellite ri dépendent de la distance réelle et de la pseudo-distance dû au décalage temporel dt entre le satellite et le récepteur (comme ce sont des ondes électromagnétique la vitesse de propagation de l’information est égale à la vitesse de la lumière : c)

On doit alors résoudre ce système de n équations non-linéaires redondant : C’est un problème de fusion de données statique. En général on utilise la méthode de résolution numérique de Newton-Raphson.

Si on met le système précédent sous forme matricielle on obtient une équation matricielle : Z=h(X) où X=(x,y,z,dt). Dans ce cas cela revient à trouver X tel que h(X)-Z = 0 , c’est à dire trouver X tel que f(X)=0. Pour résoudre ce système on vient linéariser le système autour d’un point X: f(X0 + dX) = f(X0) + f ’(X0).dX

Cherchons dX tel que la tangente coupe l’axe des abscisses :

f(X0)+f’(X0).dX=0 <=> f’(X0).dX= - f(X0) or f’(X0)= h’(X0)=M

M.dX= - f(X0)

Si il y a 4 satellites et si M est inversible dX= - M-1. f(X0).

Si il y a plus de 4 satellites, dX=-[MT . M]-1.MT.f(X0) à condition que [MT . M] soit inversible et bien conditionnée

On obtient ainsi un nouveau point X1=X0+dX Tant que la norme de dX n'est pas plus petite qu'un seuil prédéterminé, on itère le processus. En pratique, on constate que le processus converge souvent en une ou deux itérations. Des facteurs caractérisant la qualité de la configuration géométrique des satellites sont souvent utilisés pour décrire la "dilution de précision" c'est-à-dire la confiance que l'on peut accorder aux résultats. Le plus connu est le GDOP (Global Dilution Of Precision).

 où Mj est la dernière matrice jacobienne calculée lors de la méthode de Newton- Raphson. On admet que des valeurs de 1 à 3 sont bonnes et, qu'au delà d'une valeur de 6, la position est à rejeter à cause d'une configuration géométrique trop défavorable.

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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 15:03

C’est arrivé à tout le monde, une photo avec flash et surprise: les yeux sont rouges vifs tel un lapin atteint de myxomatose! Cet effet n’est pas un problème des appareils photos comme beaucoup de gens le croient, nous avons vraiment les yeux rouges lors d’une photo prise de face avec un flash, mais pourquoi ?

Notre œil est composé de l’iris qui fait la couleur de nos yeux et d’une pupille noire en son centre. Les rayons lumineux entrent par la pupille et une image se forme sur notre rétine. La zone de convergence des faisceaux au centre de la rétine est appelée la macula. De nombreux vaisseaux sanguins irriguent la rétine et la macula, ce qui confère une couleur rouge à cette zone. Nos pupilles se dilatent plus ou moins selon la lumière, ainsi, dans la nuit, notre pupille est dilatée au maximum pour absorber le maximum de lumière. Si un éclair bref et violent comme un flash est émis, notre pupille n’a pas le temps de se rétracter et le flash éclaire alors directement le fond de notre œil. Si la photo est prise de face, le flash éclaire directement la macula qui est bel et bien rouge. Résultat : Nos pupilles apparaissent rouges sur la photo.
  Fond de l’œil : la rétine parcourue par des vaisseaux sanguins avec au centre la macula

Pour éviter cet effet yeux rouges, certains appareils possèdent un flash anti-yeux rouges qui émet un premier flash avant d’émettre le flash final permettant de prendre la photo dans l’obscurité. De cette manière, notre pupille se rétracte lors du premier flash et nous n’avons donc plus les yeux rouges lors du second flash vu que la pupille n’est plus dilatée.

Pour conclure, on peut éviter les yeux rouges sur une photo avec un « pré-flash » ou en prenant la photo de biais de manière à ne pas éclairer le fond de l’œil directement. On trouve également des filtres anti-yeux rouges dans les logiciels de retouche photo afin de remplacer le rouge par une couleur foncée. Cela marche bien mais il ne faut pas trop zoomer auquel cas la retouche est visible.

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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Mercredi 31 décembre 2008 3 31 /12 /2008 17:45
Depuis la fin des années 60, les lasers ont envahi notre quotidien et notre industrie. Que ce soit dans les procédés de découpe ou de soudure, les méthodes de lecture de l'information, les méthodes de guidage, les moyens de communication, les systèmes de mesure, les techniques de sondage de la matière, la médecine, les films de science-fiction: ils sont omniprésents, mais qu'est-ce qu'un laser exactement? Comment fonctionnent t-ils ? Y a-t-il plusieurs sortes de laser? Où sont-ils utilisés? C'est ce que je vais essayer de détailler dans ce billet.

Pour l'étymologie, le mot « laser » est un acronyme anglais. Un laser est un dispositif permettant une amplification de la lumière par émission stimulée de rayonnement, soit en anglais, Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation: L.A.S.E.R. La définition courte qui revient souvent est la suivante : Dispositif émettant de la lumière très cohérente, grâce au processus d'émission induite. L'acronyme et cette définition sont quelque peu absconses à première vue, essayons de détailler les différents mots et concepts...
La première apparition du LASER au cinéma en 1964 dans le James Bond GoldFinger.

Le principe de base
Le principe physique utilisé dans les lasers est l'émission stimulée (on parle aussi d'émission induite). Ce principe est issu de la physique quantique et a été décrit la première fois par un certain Albert Einstein en 1917 dans un article intitulé « sur la théorie quantique du rayonnement ».  L'émission stimulée est apparentée à deux autres phénomènes quantiques: l'absorption et l'émission spontanée.

Pour introduire ces concepts, un petit rappel de l'atome est nécessaire: il existe un modèle de l'atome appelé le modèle de Bohr dans lequel l'atome est composé d'un noyau contenant des nucléons (protons+neutrons) et les électrons gravitent autour sur des orbites bien définies (ce n'est qu'un modèle car les électrons ne possèdent pas vraiment de trajectoire dans la théorie quantique).

Les électrons se trouvent obligatoirement sur une de ces orbites prédéfinies. Chaque orbite possède une énergie propre qui est quantifiée (on parle alors de niveaux d'énergie). Si on considère 2 niveaux d'énergie (2 orbites) ayant respectivement des énergies E1 et E2 avec E1 < E2 et que l'on apporte une énergie dE = E2-E1 à un électron qui se trouve dans le niveau E1, il peut « sauter » au niveau E2. La réciproque est également vraie.

Voici une brève illustration en BD. Le "bonhomme" jaune est un photon, le ""bonhomme" bleu est un électron, et les 2 étages représentent 2 niveaux d'énergie (2 orbites) d'un atome.

 L'absorption (stimulée). Un photon est envoyé sur l'électron d'un atome (1), ce dernier absorbe le photon (2) et emmagasine ainsi son énergie, ce qui lui permet de « sauter » au niveau supérieur. L'électron est alors excité (3).

L'émission spontanée. Un électron excité (1) peut perdre spontanément son état d'excitation en émettant un photon (2) pour retrouver son état d'énergie inférieur (3). Dans ce cas, le photon est émis dans une direction aléatoire.

L'émission stimulée. Un photon est émis vers un électron excité (1). L'électron, « bousculé » par le photon incident, libère un deuxième photon exactement égal au premier (2) et retombe dans son état d'énergie inférieur (3). Le photon émis possède la même fréquence, la même direction, la même phase et la même polarité que le photon incident: on dit qu'ils sont dans le même état.

L'effet laser
Imaginez maintenant qu'on se serve des 2 photons identiques issus de l'émission stimulée pour exciter 2 autres atomes, on obtiendra alors 4 photons dans le même état et ainsi de suite par effet cascade: c'est l'effet laser. Les photons émis constituent une onde électromagnétique ayant une fréquence propre. On peut donc obtenir un rayon laser lumineux (dans le spectre visible) mais également  des rayons micro-ondes, infra-rouges, ultraviolets ou X. Voir un précédent billet intitulé « la nature de la lumière ou l'électromagnétisme » pour plus de détails sur la lumière, les ondes et les photons. On comprend aisément que dans l'effet laser, il y a eu amplification de l'intensité lumineuse et tous les photons sont dans le même état, on parle alors de lumière cohérente. La caractéristique même du laser est cette cohérence de la lumière où tous les photons sont dans le même état (direction, fréquence, polarisation, phase). Comme la fréquence de l'onde lumineuse correspond à une couleur (dans le spectre visible), on obtient un rayon très directionnel d'une couleur unique très pure. La couleur en question dépend de l'atome de base que l'on a utilisé car la fréquence de la lumière émise est fonction de la distance entre les 2 niveaux d'énergie entre lesquels les électrons « sautent ».

Le fonctionnement d'un laser
Un laser est composé de 4 organes principaux :

1 - Le milieu actif du laser : il est composé des atomes que l'on va venir exciter (ou pomper). Ce milieu peut être solide, liquide ou gazeux.

2 - Une source de pompage : elle permet d'exciter les atomes du milieu actif en injectant de l'énergie. Cette source peut être d'origine électrique ou lumineuse (un autre laser par ex).

3 - Un miroir qui réfléchit tous les photons incidents.

4 - Un miroir semi-réfléchissant qui laisse passer entre 1% et 10% des photons incidents et réfléchit le reste du rayonnement.



Le principe de fonctionnement du laser est le suivant (voir illustration ci-dessous) :

1 - Le milieu actif est au repos.

2 - Le milieu actif est excité par une source de pompage externe. Pour obtenir une amplification, on doit faire en sorte que le maximum d'atomes soient excités pour qu'ils puissent provoquer le maximum d'émissions stimulées car les atomes non-excités sont susceptibles de faire une absorption de photons qui va à l'encontre de l'amplification. On dit qu'il doit y avoir une inversion de population (il doit y avoir plus d'atomes excités qu'au repos).

3 - Une partie des atomes excités se désexcite provoquant un faible rayonnement de photons cohérents.

4 - Grâce aux miroirs, le rayonnement est réfléchi et est amplifié par effet cascade, le rayonnement oscille dans le milieu actif qui constitue alors une cavité. Une faible partie du rayonnement est émis vers l'extérieur par le miroir semi-réfléchissant sous forme de rayon laser exploitable.
Les types de lasers
On peut séparer les lasers selon leur mode de fonctionnement et le type de milieu actif qu'ils utilisent (solide, liquide, gaz, semi-conducteur, ...).

Il existe deux modes de fonctionnement distincts :

- Soit la source de pompage donne de l'énergie au milieu actif en permanence pour réexciter les atomes désexcités par émission stimulée. On obtient alors un rayon laser continu à la sortie.

- Soit la source de pompage fonctionne de manière pulsée. Pendant un pulse, un rayon laser très bref est produit, la durée peu aller de quelques femtosecondes (millionième de milliardième de secondes) à quelques millisecondes. Ce mode de fonctionnement permet la création de rayons laser très brefs et plus puissants.

Les lasers solides (dit cristallins) peuvent fournir des puissances de l'ordre du kW en régime continu et des pics de puissance avoisinant le GW en régime pulsé.

Voici les 2 types de lasers les plus courants :

- Les lasers Nd-YaG. Le milieu actif est un solide, plus précisément un cristal de grenat d'yttrium aluminium dopé au néodyme (neodymium-doped yttrium aluminium garnet). La source de pompage est en général une lampe flash (un stroboscope) fournissant des flashs lumineux puissants au milieu actif pour exciter les atomes. Le rayon obtenu se situe à 1065 nanomètres (infra-rouge), il n'est donc pas visible à l'œil nu (spectre visible entre 400 et 700 nanomètres). La puissance maximale est d'environ 5kW en régime continu et 25kW en régime pulsé. Le gros avantage de ce laser est que le rayon laser produit peut être très facilement transportable dans des fibres optiques à cause de sa longueur d'onde. Il sont utilisés en ophtalmologie, en médecine esthétique,  en gravure, découpe, soudure et perçage. La fréquence de l'onde lumineuse peut également être doublée pour fournir un rayon laser dans le spectre visible de couleur verte (532 nanomètres).

Les lasers CO2. Le milieu actif est en général un mélange de différents gaz (dioxyde de carbone, azote, hydrogène et hélium). Ces lasers peuvent fournir de grosses puissances (plusieurs centaines de kW et jusqu'à 1GW avec des systèmes amplificateurs) et sont très utilisés dans les techniques de marquage et gravure mais également en découpe, en soudure et en chirurgie plastique. Les lasers CO2 fournissent un rayon ayant une longueur d'onde de 10,6 micromètres (milieu infra-rouge): le rayon n'est donc pas visible à l'œil nu.

Les différentes applications
Les applications du laser sont très nombreuses. Le laser a permis de remplacer bon nombre de procédés en améliorant la précision et l'efficacité tout en étant moins invasif. Voici une énumération non exhaustive :
 
Médecine
-Ophtalmologie : découpes
-Dermatologie : épilation
-Dentisterie : nombreuses applications, remplacement de la « fraise »
-Chirurgie plastique : découpe, resurfaçage,...
 
Industrie
-Soudure
-Découpe
-Perçage
-Décapage
-Marquage
-Gravure

Armement
-Anti-missile (au sol ou aérien)
-Désignateur laser : source laser permettant de guider un projectile (missile) ou de faciliter la visée à l'aide d'un pointage laser sur les armes légères.
 
Technologies de l'information
-Télécommunication par fibres optiques
-Lecture/enregistrement sur support optique (CD, DVD, ...)
-Télémétrie : Mesure de longueurs ou de vitesses à distance
 
Matériaux
-Spectroscopie : analyse des spectres lumineux
-Ellipsométrie : analyse de surface de matériaux

Physique quantique
-Refroidissement par pompage laser : permet de refroidir des atomes à des températures très proches du zéro absolu.
-Manipulation de photons pour leur étude et la réalisation d'expériences

Si vous désirez plus d'informations scientifiques sur les lasers, vous pouvez trouver de bons cours niveau Licence, Master ou Doctorat à l'adresse suivante :

http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/ressources-laser.html
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /2009 16:32

Avant-hier à 15h12, heure française, la fusée Ariane 5 a décollée avec succès pour la 44ième fois depuis Kourou en Guyane. Cette mission n'est pas anodine puisque Ariane 5 transportait 2 bijoux technologiques dédiés à la Science dans son « petit » chapeau : les satellites européens Planck et Herschel.


Planck et Herschel sont 2 télescopes spatiaux mais ils sont très différents l'un de l'autre. Herschel est un télescope relativement classique permettant l'observation dans l'infrarouge moyen et lointain à l'aide d'un miroir de 3,5 m de diamètre alors que Planck permet l'observation du rayonnement fossile micro-onde à l'aide de bolomètres ultrasensibles fonctionnant à très basses températures.


Ce billet est spécialement consacré au satellite Planck qui est un peu spécial. Planck doit d'abord atteindre un point particulier de l'espace (le point de Lagrange L2 qu'il atteindra dans 3 mois) pour pouvoir commencer à fonctionner pendant un peu moins de 2 ans.


Planck : comme Max

Le nom de ce satellite vient du physicien allemand Max Planck,  un des pères de la physique quantique, mais quel est le rapport ? Ce satellite a pour ambition de déterminer avec une extrême précision ce que les astrophysiciens appellent le rayonnement de fond cosmologique. Ce rayonnement est une application parfaite de ce qu'on appelle le rayonnement du corps noir, problème justement résolu par Max Planck à la fin du 19ième siècle et qui permettra à Planck d'élaborer en 1900 à la théorie des quanta qui deviendra plus tard la fameuse physique quantique. L'étude du rayonnement électromagnétique d'un corps noir permet de calculer la température d'un objet à partir de l'analyse de son spectre, voir le billet Comment mesurer la température d'une étoile qui explique en détail tout ceci.


Le fond diffus cosmologique

On l'appelle aussi le rayonnement de fond cosmologique, le bruit de fond cosmologique ou plus simplement le rayonnement fossile, car il constitue le plus vieux fossile de notre Univers. D'après la théorie du Big-Bang, la première « lumière » a été émise par l'Univers 380 000 ans après sa création il y a 13 milliards d'années quand ce dernier c'était suffisamment refroidi à cause de son expansion (l'Univers s'était alors refroidi à 3000°C). A cet instant, les photons ont enfin pu se libérer pour aller vaquer à leur occupation favorite : se balader librement (on appelle cela rayonner en physique) créant ainsi de la lumière qui inondât l'Univers tout entier !

 

Ce rayonnement fossile primordial a été pensé théoriquement dans les années 40 et il a été détecté pour la première fois par le plus grand des hasards par 2 ingénieurs américains des laboratoires Bell en 1965 alors qu'ils travaillaient sur des antennes. Ils avaient détecté un « bruit de fond» qui perturbait leurs antennes dans toutes les directions du ciel. Ce bruit de fond constant présent dans toutes les directions autour des 160 GHz (micro-ondes) s'avéra être le fameux fond diffus cosmologique qui avait été prédit théoriquement mais qui demeurerait introuvable. Ce fut une énorme avancée pour la théorie du Big-Bang. Désormais ce rayonnement possède une température de 2,726 K comme l'Univers n'a pas cessé son expansion et donc son refroidissement.


Planck le cartographe

Un des objectifs scientifiques du satellite Planck est d'élaborer la « cartographie » la plus précise possible de ce rayonnement fossile qui possède d'infimes fluctuations. Deux missions américaines de la NASA ont déjà établi une cartographie relativement fine (COBE lancé en 1989 puis WMAP lancé en 2001) mais on cherche à quantifier encore plus précisément ces fluctuations qui ont certainement été à l'origine des futures grandes structures de notre Univers (Galaxies, amas, superamas....). Toute la cosmologie moderne se base essentiellement sur les fluctuations de ce rayonnement, d'où l'importance capitale de cette mission.


Des Bolomètres à ultra basse température

Pour détecter un rayonnement, on utilise un détecteur appelé « bolomètre » qui permet de mesurer précisément une quantité d'énergie électromagnétique reçue en convertissant l'énergie du rayonnement en chaleur. Au final on mesure la température du bolomètre de manière à déduire la quantité de chaleur issue du rayonnement. On comprend alors aisément que plus le bolomètre est chaud, et plus une petite variation de chaleur sera difficile à détecter. Conclusion : plus le bolomètre est froid, plus il est précis !

 

Planck est équipé de 54 bolomètres permettant de mesurer les rayonnements à différentes fréquences constituant le spectre du fond diffus cosmologique. Pour obtenir la précision requise par la mission, les bolomètres seront refroidis à d'ultra-basses températures, entre 90 mK et 130 mK (soit environ un centième de degré au dessus du zéro absolu, -273,15°C). La résolution ainsi obtenue sera 600 fois meilleure que la première mission américaine COBE.


Le réfrigérateur à dilution

Pour refroidir ces bolomètres, le satellite Planck embarque à son bord un réfrigérateur à dilution. Ce type de réfrigérateur fonctionne avec un mélange de 2 isotopes stables de l'hélium (3He et 4He). Les frigos à dilution commencent à une température de 4,2 K (avec de l'hélium liquide classique) pour fournir une puissance de réfrigération continue jusqu'à 2 millikelvins sans aucune partie mobile ! En général ils fonctionnent plutôt aux alentours des 100 mK.

En gros, le fait de « diluer » de l'hélium-3 liquide (très rare sur Terre) dans de l'hélium-4 liquide (l'hélium classique) permet de faire du froid. Ces 2 fluides cryogéniques sont assez particuliers car ils possèdent des points de liquéfaction très bas (4,2 K pour 4He et 3,2 K pour 3He à  pression atmosphérique). En dessous de 0,9 K 3He et 4He se séparent spontanément en 2 phases (1 phase riche en 3He et une phase pauvre en 4He) et quand l'hélium-3 « traverse » cette phase diluée pour ensuite s'évaporer, il y a création de froid (je ne rentrerai pas dans les détails ici), voir figure ci-dessous qui représente ce qu'on appelle la chambre de mélange qui se trouve en bas du réfrigérateur :

 


La dilution spatiale

Le principe de la dilution utilise la gravité pour séparer les mélanges, ce qui n'est pas possible dans un satellite! Un nouveau type de réfrigérateur à dilution pouvant fonctionner dans l'espace a donc été développé à Grenoble, le pôle de la cryogénie française. Le démonstrateur de la dilution a été construit à l'institut Néel (CNRS) à Grenoble par Alain Benoît, son équipe et les services techniques de son laboratoire. J'ai d'ailleurs eu la chance de voir un prototype de ce réfrigérateur à Grenoble il y a environ 2 ans alors que j'assistais à des cours de cryogénie. Le mélange 3He/4He circule dans des tubes de très petites dimensions qui rendent le système insensible à la gravité. Le réfrigérateur à dilution a ensuite été construit par la société française Air Liquide à Sassenage, à proximité de Grenoble. En revanche, le réfrigérateur de Planck fonctionne en boucle ouverte: le mélange est ensuite rejeté dans l'espace et la durée de vie du système dépend alors de la quantité d'hélium qui est embarquée au décollage (environ 2 ans de vie dans le cas de Planck). On souhaite une grande réeussite à cette mission européenne!

Par Benjamin Bradu - Publié dans : Technologies
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